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Tunisie - Affrontement de l'UGTT : Que s'est-il passé ?
Publié dans Business News le 04 - 12 - 2012

« Nous aurions aimé que la commémoration du 60ème anniversaire de la mort de Farhat Hached soit une fête »… Le vœu de Houcine Abassi, secrétaire général de la principale Centrale syndicale tunisienne, l'UGTT, ne sera pas exaucé, loin s'en faut. Aujourd'hui 4 décembre 2012, à la veille de l'anniversaire de la mort du leader syndicaliste historique, Farhat Hached, assassiné le 5 décembre 1952, les festivités auront un autre goût, celui de la violence et du sang. L'UGTT, provoquée chez elle, par des manifestants appartenant aux Ligues de protection de la révolution (LPR), en ce jour symbolique, ne compte pas laisser passer l'affront et déclare « la porte des affrontements ouverte», selon les propos de M. Abassi. Comment en est-on arrivé là ?
La tension était palpable dès la fin de matinée, aussi bien au Bardo, au siège de l'Assemblée nationale constituante (ANC), que dans le centre-ville de Tunis. Les Ligues de protection de la révolution ont décidé de sévir. Au Bardo, des membres de ces Ligues s'infiltrent au sein de l'Assemblée pour agresser les élus qui s'y trouvent. Intervenant sur les ondes de Mosaïque Fm, Jalel Bouzid, élu d'Ettakatol, s'indigne du fait qu'on laisse entrer ces individus à l'intérieur de l'Assemblée et fait porter la responsabilité à la présidence de l'ANC. D'autres députés accuseront Ennahdha de leur avoir ouvert les portes, ce que niera le président du bloc parlementaire du parti islamiste, lors d'une séance plénière des plus tendues.
En début d'après-midi, plusieurs militants de ces Ligues, pour la plupart se présentant comme des militants ou sympathisants d'Ennahdha, selon les témoignages concordants de plusieurs journalistes sur place, sont rassemblés place Mohamed-Ali, devant le siège de l'UGTT. Les slogans scandés appellent à l'assainissement (ou à l'épuration) de la Centrale syndicale, considérée par le pouvoir comme partiale dans ses prises de position, voire « contre-révolutionnaire ».
Les syndicalistes se rassemblent à leur tour devant leur local, faisant face aux manifestants. Selon les vidéos et différents témoignages, des objets, chaises ou bâtons, sont jetés de part et d'autre, y compris par des personnes non identifiées, voire cagoulées, se trouvant sur les toits. Là l'atmosphère déjà électrique, se détériore et les deux camps s'affrontent. Alors que le service d'ordre de l'UGTT a sorti les bâtons pour faire reculer les manifestants, ces derniers répliquent à coup de banderoles, bâtons ou barrières en métal utilisées généralement pour couper la circulation. Dans une cacophonie ambiante, les affrontements dégénèrent. Les syndicalistes sont contraints de se replier à l'intérieur de leurs locaux, tandis que d'autres, moins chanceux, resteront dehors, livrés à la colère de la foule… certains d'entre eux se feront littéralement lyncher à coups de bâtons. Plus de 20 blessés seront ainsi dénombrés lors de ces affrontements sanglants, parmi lesquels deux membres du bureau exécutif de l'UGTT, Hfaïedh Hfaïedh et Sami Cheffi, d'autres syndicalistes, dont certains sortiront avec des contusions diverses ou des blessures ouvertes, à la tête notamment. Des blessés sont également répertoriés côté manifestants.
« Nous avons prévenu le ministère de l'Intérieur de ce qui se passait, les forces de l'ordre ne sont intervenues qu'après une heure ! Nous faisons porter l'entière responsabilité au gouvernement et particulièrement au ministre de l'Intérieur de ce qui s'est produit. Ces Ligues bénéficient de la protection du gouvernement qui couvre leur méfaits », a déclaré M. Hfaïedh sur Mosaïque Fm.
Les forces de l'ordre ne sont, en effet, intervenues qu'après les premières violences et le siège des locaux de l'UGTT par les manifestants, selon des vidéos diffusées lors du Journal télévisé de Nessma Tv. Un cordon de police s'est alors formé, ce qui n'a pas empêché les provocations de se poursuivre et les bâtons ou objets divers d'être projetés de part et d'autre.
A l'Assemblée constituante, la séance plénière consacrée à la poursuite des débats sur le projet de loi relatif à la nouvelle Instance des élections (ISIE) est suspendue pour évoquer les récents évènements. Du côté d'Ennahdha, Sahbi Atig et Ahmed Mechergui, tout en affirmant leur soutien à l'UGTT, font porter le chapeau aux syndicalistes, les accusant de stocker des armes dans leurs locaux, notamment des cocktails molotov, des bâtons ou encore des armes blanches. Les élus de l'opposition s'indignent. Ahmed Néjib Chebbi qualifiera ces violences comme étant plus graves que celles survenues ces derniers jours à Siliana, quant à Issam Chebbi, revenu de la place Mohamed Ali, témoignera des violences provoquées par les manifestants des LPR, s'indignant que ces derniers aient usé d'armes blanches et de bombes à gaz lacrymogène pour s'attaquer aux membres de l'UGTT. Le gouvernement a été appelé, par les différentes parties, à se justifier.
Alors que le calme était revenu sur la place Mohamed-Ali, l'UGTT parvient à effectuer sa marche vers la Kasbah, où se trouve le tombeau de Farhat Hached. Mais là encore, les manifestants des LPR sont au rendez-vous et, malgré un dispositif sécuritaire renforcé, les provocations se sont poursuivies et se sont soldées par de multiples agressions physiques, notamment celle de Saïd Aïdi, ancien ministre au sein du gouvernement transitoire de Béji Caïed Essebsi et actuel membre d'Al Joumhouri, frappé à la tête notamment.
Vers 18h30, le ministère de l'Intérieur publie un communiqué où il déclare que les violences sont survenues suite à la présence de militants affiliés à la Ligue de protection de la révolution, devant le siège de l'UGTT, ce qui a donné lieu à des violences des deux côtés. Dans ce communiqué, le ministère de l'Intérieur affirme également son attachement et soutien à la Centrale syndicale et à son histoire, tout en déclarant que la marche de l'UGTT était prévue et que les forces de l'ordre étaient présentes pour séparer les syndicalistes et les manifestants qui leur sont hostiles.
A la cantine de l'Assemblée constituante, la tension est perceptible. Une anecdote rapportée par Karima Souid est à relever : La télévision allumée sur Nessma Tv, lors de son JT, ne sera pas du goût d'Ameur Laârayedh, qui s'empressera de zapper sur la première chaîne nationale. Là, Slaheddine Jourchi analyse l'actualité tunisienne, ce qui lui vaudra les huées de certains députés du parti islamiste. « Mettez une chaîne qatarie ! », lancera finalement Selim Ben Abdessalem…
Toujours sur la Wataniya 1, Mohamed Ben Salem, officiellement ministre de l'Agriculture et officieusement nouvelle recrue d'Ennahdha en charge des médias, n'aura de cesse de répéter que les manifestants étaient pacifiques et que les syndicalistes seront les premiers à ouvrir les hostilités. Il déclarera également que ces manifestants venaient également commémorer la mort de Farhat Hached, ce à quoi Samir Ben Amor répondra : « On ne vient pas à un mariage pour insulter ceux qui sont présents », s'écartant, une fois n'est pas coutume, de la position d'Ennahdha.
Le bureau exécutif de l'UGTT, quant à lui, s'est réuni dans la soirée. Une grève générale est à prévoir et il a été d'ores et déjà décidé de boycotter la Troïka (particulièrement Ennahdha et le CPR) au pouvoir, que ce soit dans les médias ou pour la cérémonie officielle en l'honneur de Farhat Hached, prévue demain 5 décembre 2012. Les responsables de la Centrale syndicale, parmi lesquels le secrétaire général, Houcine Abassi, promettent de réagir à l'affront que le Syndicat a subi en cette date historique : « C'est un deuxième assassinat de Farhat Hached qui s'est produit aujourd'hui… Ceux qui pensent pouvoir affaiblir l'UGTT et sa lutte pour la démocratie et la justice sociale se trompent ! A présent, la porte des affrontements est ouverte, et c'est eux qui l'ont voulu ! », menace le leader de l'UGTT.


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