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La microfinance : remède ou consécration de la pauvreté
Publié dans Business News le 26 - 06 - 2014

La microfinance permet, théoriquement, l'accès des franges sociales exclues du système financier conventionnel à une gamme de produits dédiés incluant le crédit, l'épargne, l'assurance et les transferts de fonds par l'intervention d'institutions, fréquemment, dénommées institutions de microfinance ou IMF.
La lecture du parcours de cette finance jugée, par certains, comme alternative, la revue des critiques qui lui ont été adressées quant à son rôle pour lutter contre la pauvreté et son utilisation controversée de l'argent des donateurs, nécessitent de s'arrêter sur plusieurs aspects de sa réalité et de ses perspectives.
La microfinance, a fait son apparition en Europe, au milieu du 19ème siècle, suite à la fondation de sociétés coopératives offrant des services aux populations ouvrières et pauvres. Le système s'est propagé, par la suite, en Amérique du Nord puis dans les pays du Sud.
Avec la fondation de Grameen Bank à partir des années 1970 par Muhammad Yunus, au Bangladesh, une nouvelle dimension a été donnée à ce créneau. Mais des problématiques le concernant ont été soulevées se rapportant aux voies de réunir les conditions de rentabilité pour créer des services et commerces viables pour les pauvres compte tenu des taux d'intérêt élevés, d'une part, et de la capacité de l'institution à couvrir ses propres coûts opérationnels et du capital, d'autre part.
Le paysage de la microfinance en Tunisie
La filière du microcrédit en Tunisie est sous la supervision du ministère des Finances. Au cours de la période 1999-2010, une première loi a créé le statut d'Association de Microcrédit (AMC), en fixant le montant maximal du crédit à 5.000 dinars pour le financement de l'entrepreneuriat et 1.000 dinars pour l'amélioration du cadre de vie tout en plafonnant le taux d'intérêt à 5% par an.
Deux réformes ont été promulguées, par la suite, pour une mobilisation soutenue des ressources étatiques et pour l'ajustement des conditions des taux d'intérêt et des plafonds de crédit. D'un autre côté, les organismes non gouvernementaux et internationaux, reconnus en Tunisie, pourraient solliciter des agréments pour effectuer des opérations de microcrédit.
Toutefois, signalons que plus d'un million de Tunisiens ont aujourd'hui besoin de micro-crédits pour développer leurs activités et créer des sources de revenu. Des besoins urgents qui incitent à la réflexion sur les moyens permettant de mettre à niveau le secteur de la microfinance.
Concernant les intervenants, on cite des caisses d'épargne et de crédit établies pour améliorer le financement des coopératives principalement agricoles, des sociétés de cautionnement mutuel, un tissu dense d'associations de développement local et le réseau enda inter-arabe spécialisé dans le microcrédit. Le pilier principal, n'est autre que La Banque tunisienne de Solidarité (BTS).
De ce fait, le secteur du microcrédit regroupe deux dispositifs évoluant parallèlement : le système centré autour de la BTS, inséré dans une politique nationale de soutien à la création de revenu; et enda qui opère aux conditions du marché sur des dérogations spéciales.
Défis et perspectives
Actuellement, plusieurs analystes financiers et acteurs économiques et de la société civile remettent en question la logique de gouvernance du tissu du microcrédit en Tunisie. Ce tissu est largement dispersé, émietté et avait jusque-là prévalu dans une vision de couverture nationale et de contrôle qui a conduit à l'établissement de petites associations à couverture limitée et entièrement dépendantes des subventions étatiques pour fournir une gamme de services très réduite.
C'est ainsi que les IMF tunisiennes se concentrent exclusivement sur le microcrédit. Toutefois, les Tunisiens sont relativement mieux lotis que d'autres pays en termes d'épargne, de transferts, de paiement et d'assurance.
Il est judicieux, de même, de préciser que la microfinance dans le contexte local, montre plusieurs insuffisances en termes de déconcentration de la formation du capital national. En cas de pauvreté extrême, les personnes n'ont pas forcément la capacité de rembourser un microcrédit. En effet, si la personne n'a pas de revenu lié à une petite activité rémunératrice, un prêt risque plus de l'endetter que de la sortir de la pauvreté.
Il est tout de même objectif de noter que le microcrédit peut s'avérer efficace et pertinent pour une infime partie des personnes démunies, ayant une petite activité existante ou une opportunité économique qu'ils peuvent développer si on leur prête une petite somme d'argent au moment opportun.
Mais la dérive classique que l'on reproche à certaines organisations de microfinance, c'est d'être trop commerciales. Cela se traduit par l'application de taux d'intérêts trop élevés en comparaison à la marge que les micro-entrepreneurs peuvent dégager. Dans ce cas, la microfinance ne représente qu'un intérêt mineur par rapport à l'usurier classique. L'emprunteur passera simplement d'une dépendance à l'usurier à une dépendance à l'IMF, ce qui est certes moins dangereux en termes de représailles, mais tout aussi inutile au niveau de l'impact social du prêt.
Précisons enfin que la commercialisation de la microfinance s'amplifie avec son ouverture aux investisseurs privés qui y voient parfois une occasion de diversifier leurs produits d'investissement, mais qui attendent malgré tout un retour financier, ce qui a parfois pour effet de détourner les IMF de leur mission sociale au profit de la performance financière. Ceci sans parler d'autres dérives possibles que l'on peut constater dans le sens hypersocial de la microfinance vu que si une organisation opérant dans ce domaine distribue des prêts avec des taux d'intérêts trop faibles, si elle collecte les remboursements de façon peu rigoureuse, si elle reste dépendante de larges subventions publiques pour exercer son activité, cela peut aussi être très mauvais pour la population "aidée".
En effet, un micro-entrepreneur recevant de l'argent trop facilement, ne va pas être incité économiquement à améliorer l'efficacité de son projet, bien au contraire, on risque au final de dévaloriser son potentiel à créer une micro-entreprise économiquement viable.
Dans le même ordre d'idées, on note un ciblage de plusieurs IMF qui ont tendance à soutenir des bénéficiaires plus crédibles ou plus accessibles en axant leur activité en zone urbaine. Ainsi, la population cible aurait tendance à s'enrichir, délaissant ainsi une partie de la population la plus nécessiteuse, comme les populations rurales, isolées ou portant des projets agricoles à faible et lente rentabilité, pas toujours compatible avec les produits développés en microfinance.
*Spécialiste en gestion des risques financiers


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