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Interview de Me Taïeb Bessadok: Maher Manaï condamné à mort pour un crime qu'il n'a pas commis!
Publié dans Business News le 07 - 08 - 2015

C'est le cas tragique de Maher Manaï, jeune tunisien condamné à mort pour un meurtre qu'il n'a sans doute pas commis. Depuis quelques années, un témoignage de taille a révélé le nom du véritable assassin, sauf que Maher continue à croupir en prison. Nous avons rencontré, Me Taïeb Ben Sadok, avocat du jeune homme, qui est revenu sur l'affaire et les déboires rencontrés avec les différents gouvernements, pour que justice soit rendue. Interview.

Racontez-nous l'histoire de Maher Manaï

Le jeune Maher Manaï est venu du Kef pour travailler dans les chantiers à Sfax. Il avait à l'époque 19 ans. Une blessure au bras l'avait contraint d'arrêter le travail pendant quelques temps. Il passait ses après-midi dans un café où, avec ses amis, il avait ses habitudes. Il restait au café tous les jours de 16h aux environs de 19h. Un jour on l'appelle pour lui dire qu'un parent à lui est au poste de police, il s'y rend pour voir ce qui se passe. A l'entrée du poste on relève son identité on vérifie ses antécédents, il n'y avait rien le concernant dans les fichiers de la police. Mais ils ont enregistré son visage. Au retour, Maher Manaï passe par l'endroit où a été commis un crime. Une foule s'était massée pour regarder ce qui se passe et Maher a rejoint les gens. Comme à son habitude, dans de pareils cas, la police procède à des rafles, histoire d'attraper quelqu'un qui serait en fuite ou qui aurait commis des délits.

La police a arrêté Maher, alors qu'il découvrait la scène. Il a été inculpé du meurtre à coups de baston. Meurtre qu'il n'a jamais avoué. Son Ami Hatem dont nous avons recueilli les propos avait affirmé qu'ils étaient quatre et que ce jour-là, Maher était là et jouait aux cartes avec ses amis de 16h à 19h. Hatem s'était rendu au poste de police, quand il a su que Maher s'est fait arrêter, pour innocenter son ami et prouver qu'ils étaient ensemble à l'heure où le meurtre était censé avoir été commis.

L'arrestation de Maher était arbitraire, il était jeune, avait eu quelques heurts avec la police et il a été directement visé. Maintenant qu'ils l'avaient « attrapé » ils pouvaient lui fabriquer un dossier en béton. Sans la présence d'un avocat et sous les coups, Maher avait posé son empreinte sur un PV sans pour autant avouer le crime.

Aucun témoin n'a pourtant identifié Maher, ils avaient parlé d'un homme avec un t-shirt noir et une casquette, qui aurait son allure, mais personne ne l'a clairement identifié.
Je ne peux affirmer avec certitude que Maher ne l'ait pas fait, mais disons que j'en suis sûr à 99%. Et puis les témoignages et les circonstances jettent quand même un doute, il fallait creuser.

Il a été condamné à mort. Pendant 9 ans, il était dans le couloir de la mort. « Au petit matin quand le vacarme des portes en métal annonçait une exécution, mon cœur s'arrêtait » me confiait-il. 9 ans sans le moindre contact avec le monde extérieur. Aucun contact avec sa famille. Maher a tenté de se suicider à 5 reprises. Il a écrit son histoire sur le tissu de son pantalon. Maher a vécu cette période dans des conditions psychologiques atroces. Il en est sorti complètement détruit. Il tremble et il n'est pas dans son état normal.

Il a bénéficié d'une réduction de peine, après la révolution. Il a donc quitté le couloir de la mort pour rejoindre les autres prisonniers et a pu recevoir les siens. Il faut savoir que pendant 9 ans, ses parents ne savaient pas s'il était encore en vie. En Tunisie quand on exécute un condamné à mort, on ne prévient pas sa famille, on ne prévient personne. On l'exécute et l'enterre dans un coin du cimetière, ni vu ni connu.

Quelles sont les circonstances qui ont révélé son innocence au grand jour ?

Maher est donc sorti pour rejoindre les autres prisonniers. Dans le même pavillon, Bader S. était incarcéré pour détention de stupéfiants. Un an de prison à purger. Comme tous les prisonniers on raconte ses exploits. Bader avait un jour parlé de ce type qui s'est fait coincer pour meurtre à Sfax et qui a écopé d'une peine de mort alors que le meurtrier Boulbeba S. courait toujours.

Les détails sont d'une exactitude déconcertante : Boulbeba S. accompagné de Zouhair, qui conduisait, de Bader et de son amie Cheyma, transportaient une grande quantité de cannabis. Ils se sont arrêtés et Boulbeba et Zouhair sont descendus de la voiture pour accoster un individu qui se trouvait sur une mobylette. Bader S. avait précisé qu'il n'a pas pu voir l'individu en question car il faisait sombre. Il est alors descendu de la voiture et il a aperçu ses deux amis ruer de coups le gars de la mobylette, ils sont arrivés en courant et sont tous repartis vers la gare de Sfax ou Bader et son amie ont pris le train pour Tunis.

Bader S. avait déclaré dans un procès-verbal officiel: « Maher Manaï est innocent. Je sais qui a tué le gars de Sfax. Je sais qui l'a tué, ce qu'il portait comme vêtements et son âge. Une fille était avec moi, on était à côté de la voiture. Je cherche à dire la vérité, je veux m'alléger de ce poids, je suis fatigué, je ne dors plus ». Ces déclarations ont été écoutées à l'Aouina. Et personne n'a réagi.

Le ministère public a transmis les nouvelles informations au ministère de la Justice. Il faut savoir que selon le chapitre 4 de l'article 277 du code pénal, si des évènements surviennent après le jugement ou que des documents non pris en compte lors du jugement ont été révélés, et si ces évènements ou ces documents innocentent le prisonnier ou démontrent que le crime commis est moins grave que le crime pour lequel il a été jugé, dans ce cas il est possible de déposer une demande de révision auprès du ministre de la Justice qui est seul à pouvoir prendre cette décision.

Quel a été le rôle des gouvernements successifs pour faire avancer le dossier ? On sait que Moncef Marzouki et Mohsen Marzouk s'étaient engagés à apporter des solutions...

En 2012, une demande de révision a été déposée sous le gouvernement d'Ali Lâarayedh, auprès du ministre de la Justice Nadhir Ben Ammou qui n'a pas pris en compte l'affaire et qui a fait trainer le dossier.

En 2014, sous le gouvernement de Mehdi Jomâa, nous avons rencontré le ministre de la Justice, Hafedh Ben Salah. Il avait promis de suivre le dossier. Il ne s'est rien passé, pire encore, nous avons appris plus tard que la demande de révision a été rejetée, sans que nous sachions la cause de ce refus.

Je suis sûr qu'un procureur général au ministère de la Justice a fait en sorte de freiner le dossier. Le juge estime qu'il détient la vérité, sans qu'il n'y ait aucune possibilité, ne serait-ce qu'infime qu'il ait pu se tromper.

Moncef Marzouki, a été mis au courant du dossier Maher Manaï, par des organismes des droits de l'Homme et par ses proches. Il nous avait donné deux rendez-vous.

A l'époque, nous avons rencontré deux conseillers juridiques de la présidence, dont Ahmed Ouerfelli. Nous leur avons exposé le sujet. Ils nous ont dit qu'ils ne peuvent rien faire pour ce qui est de la grâce présidentielle et que le mieux serait de recourir à la révision.

Nous avons contacté le conseiller politique, Aziz Krichène, qui avait convoqué le conseiller juridique de la présidence, et nous avons, encore une fois, exposé le dossier, tous les détails. Aziz Krichène était enthousiaste et a pris à cœur le cas de Maher, mais rien n'a été fait. Nous nous demandions de plus en plus ce qui se passait, et le pourquoi de ce blocage.

Il a été question d'une grâce présidentielle visant Manaï, le 25 juillet dernier, mais qui n'a pas eu lieu. Pourquoi ? Où est-ce que réside le blocage ?

Récemment nous avons rencontré Mohsen Marzouk, qui avait tenu au courant le président de la République, Béji Caïd Essebssi du dossier de Maher Manaï. Il avait été question de gracier Maher. Comme dans les tentatives précédentes rien n'a été fait.

Nous allons attendre la dernière cartouche, la grâce présidentielle à l'occasion de l'Aïd El Kébir, si rien n'est fait nous allons relancer la demande de révision sans regarder derrière.

Face au blocage de la situation, y aurait-il d'autres solutions ?
Nous sommes devant deux options, attendre la grâce ou recourir à la révision qui prendra au moins 2 ans et qui fera que la grâce ne soit plus possible car le dossier sera ré-ouvert. Il faut savoir que la présidence ne peut pas gracier Maher de suite. La première étape serait d'abord la réduction de peine qui devra être révisée à 20 ans, pour qu'il puisse ensuite bénéficier de la grâce, vu qu'il aura purgé la moitié de sa peine. Maher et sa famille refusent l'idée qu'il sorte de prison sans être innocenté.

Je rappellerai que dans l'émission « Le Huitième jour » de Hamza Belloumi, j'avais défié le ministère de la Justice, de nous fournir des statistiques sur le nombre de dossiers qui ont été révisés en cour de cassation depuis l'indépendance. Apparemment il n'y en a pas.

Envisageriez-vous d'internationaliser l'affaire ?

Il est très probable qu'on internationalise l'affaire, auprès notamment de la Cour africain, comme ce fut le cas pour l'affaire Chokri Belaïd. Nous allons tout faire pour que Maher Manaï sorte de prison. Nous allons tenter tous les recours et notamment la pression internationale pour le faire libérer et lui rendre justice.

Le ministre de la Justice a déclaré qu'il fallait avoir de nouveaux éléments confirmés pour pouvoir ouvrir de nouveau le procès. Il affirme qu'il n'est pas possible de l'ouvrir sur la base de simples déclarations. Qu'en dites-vous ?

Les déclarations du témoin ont été confirmées au cours de son interrogatoire. Dans ce cas de figure, pourquoi ne pas rouvrir une nouvelle enquête ? Qu'est-ce qui empêcherait d'entamer les procédures nécessaires pour mettre au clair cette affaire !
Ces déclarations constituent un début de preuve de l'innocence de Maher. D'autant plus que les criminels ont été évoqués par leurs prénoms et noms de famille. Il serait judicieux de les interroger, au lieu de bloquer l'affaire !

J'espère que Maher sera bientôt libéré de prison, qu'il devienne le porte-étendard de la cause des opprimés, des victimes des dépassements lors des interrogatoires. Que grâce à cette affaire, les choses changent, que le droit au silence des accusés soit respecté, que la présence de leur avocat, comme stipulé par l'article 29 de la Constitution, soit obligatoire.

Entretien mené par Ikhlas Latif et Myriam Ben Zineb


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