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Les dessous de la révolte iranienne : entre réalité et manipulations, regard géopolitique
Publié dans Business News le 03 - 01 - 2018

Le 28 décembre 2017, l'Iran est entré dans une phase de turbulences et d'ébullition intérieure se manifestant par des vagues de protestations initiées à Machhad pour s'étendre progressivement par taches d'huile à environ 40 villes du pays dont la capitale Téhéran. Se distinguant de la révolution dite verte de l'année 2009 répondant à des considérations d'ordre politique, contestant la réélection du Président Ahmadinajed avec des figures mobilisatrices et des leaders potentiellement soutenus par des puissances étrangères hostiles, la révolte en cours mobilise les couches déshéritées et populaires, souvent rurales ou des petites villes, manifestant contre la cherté de la vie et de nouvelles taxes touchant l'essence, les voitures, etc.
Contrairement à 2009, la classe moyenne éduquée et les étudiants semblent, à ce stade, peu mobilisés. Pourtant, la sortie de la récession depuis l'année 2014 et la reprise de la croissance avec un taux avoisinant les 12% en 2016 témoignent d'une reprise économique saluée par le FMI et la Banque Mondiale.
La politique économique mise en œuvre par le président Rohani, réformateur et néo-libéral, marque donc des progrès qui tardent à être ressentis par les Iraniens, notamment les classes populaires durement touchées par le chômage, notamment le chômage des jeunes diplômés avoisinant les 30 %, une inflation élevée et une corruption importante.
Le passage par une phase d'austérité est jugé inacceptable par une partie des Iraniens les plus démunis et par une classe moyenne peinant à boucler les fins de mois. L'enjeu de la révolte semble donc socio-économique et non politique.
Ardavan Amir-Aslani, auteur de « Iran, le retour de la Perse », rappelle à juste titre « qu'au-delà de la détresse économique, de l'absence de progrès et de perspectives d'avenir, il y a également un fort décalage entre une jeunesse connectée, ouverte sur le monde et un pouvoir monopolisé par des gérontocrates. Un décalage qui alimente le sentiment d'injustice sociale ». Quelques appels à un changement de régime apparaissent mais demeurent pour le moment isolés.

Dans ce contexte inédit depuis 2009, le président Rohani, aspirant à contenir la révolte sans emploi excessif de la force, a souligné, dans un premier temps, comprendre cette exaspération et le droit des Iraniens à un espace de libertés où manifester pacifiquement. Néanmoins, face à la violence de groupuscules ciblant des institutions de l'Etat, nous assistons à un certain durcissement du régime aboutissant à la date du 2 janvier 2018 à une vingtaine de morts (21 morts dont 16 manifestants). Outre des facteurs géopolitiques et donc externes alimentant cette révolte, des considérations d'ordre intérieur jouent un certain rôle. En effet, des sources évoquent un soutien apporté par les milieux conservateurs aux manifestants afin d'affaiblir le Président Rohani. D'autres évoquent un calcul tactique du président Rohani afin d'isoler les membres conservateurs de son gouvernement, jugés comme étant une entrave à sa politique économique devant redresser le pays.

En réalité, la prépondérance de facteurs de nature géopolitique dopant les lignes de vulnérabilités intérieures apparait comme centrale dans l'explication de cette révolte. En effet, l'Iran se positionne en tant que puissance régionale et en Etat pivot de la nouvelle géopolitique du Moyen-Orient en gestation. Téhéran, suivant une stratégie habile, est le grand vainqueur de l'ensemble des conflits régionaux, que ce soit en Irak, au Liban, en Syrie et dans une moindre mesure au Yémen. L'Iran s'ouvre ainsi un corridor vers la Méditerranée en s'appuyant sur ses forces d'élite Al-Qods ou Gardiens de la Révolution, des milices chiites supplétives en Irak et le Hezbollah au Liban renouant avec une doctrine impériale, celle de l'empire perse. Pièce maitresse de l'axe chiite réfractaire à la stratégie occidentale et des pays du Golfe, notamment de l'Arabie Saoudite, l'Iran pèse, notamment via des transferts de populations chiites modifiant les équilibres sociaux en Irak et en Syrie, sur la reconfiguration en cours de la carte moyen-orientale et des rapports de puissance.

Plus globalement, tactiquement, Téhéran se positionne en maillon central de la stratégie russe et chinoise visant à l'instauration d'un monde multipolaire ou polycentrique relativisant l'hégémonie et l'empreinte géopolitique des Etats-Unis.
En ce sens, l'Iran, allant à l'encontre des équilibres géopolitiques naturels prônant une alliance de revers avec Israël et les Etats-Unis contre le monde arabe, s'érige en défenseur de la cause palestinienne et en ennemi d'Israël. Le monde d'aujourd'hui, volatil, imprévisible, dérégulé stratégiquement, voire semi-chaotique, prône des alliances de circonstance, mouvantes et versatiles remettant en cause les pesanteurs historiques. Téhéran s'est adapté via une habile manœuvre stratégique l'érigeant en puissance méditerranéenne, extension jamais atteinte depuis longtemps.
Parallèlement, opérant un rapprochement stratégique avec la Chine, l'Iran se positionne en Etat pivot de la route terrestre du projet chinois des nouvelles routes de la Soie (OBOR, One Belt, One Road) appelé à reconfigurer la géopolitique et les équilibres de puissance à l'échelle planétaire en connectant l'Asie, l'Europe et l'Afrique. Dans cette perspective, déstabiliser l'Iran, c'est entraver le déploiement du projet porté par Pékin visant à redonner toute sa centralité à « l'Empire du Milieu ». L'Iran, toujours dans une logique d'exportation de la révolution islamique, remporte certains succès, au Moyen-Orient, en Asie Centrale, au Maghreb et en Afrique de l'Ouest, notamment via la diaspora libanaise. Enfin, probablement puissance du seuil sur le plan nucléaire en dépit des Accords sur le nucléaire signés en 2015 sous l'ère du président Obama, Téhéran développe un programme balistique sophistiqué jugé par les Occidentaux comme menaçant.

Les Etats-Unis du président Trump, Israël et les pays du Golfe, notamment l'Arabie Saoudite et les EAU, ont réagi, dans une optique au minimum de containment, voire de déstabilisation à l'image des événements intervenus en Libye, en Syrie ou au Yémen, de manière virulente à la révolte en cours justifiant le ciblage de l'Iran et une probable instrumentalisation d'une révolte populaire initialement légitime mais pouvant être détournée vers une tentative de « regime change ».
En ce sens, Philippe Gélie souligne dans le Figaro en date du 2 janvier 2018 : « le président américain voit dans les manifestations réprimées par le régime des mollahs l'occasion de déployer la politique musclée qu'il prône depuis son accession au pouvoir, au risque de creuser le fossé avec ses alliés européens ». Cinq tweets depuis le 30 décembre 2017 annoncent un durcissement du bras de fer entre Washington et Téhéran : « l'Iran échoue à tous les niveaux, malgré le terrible accord passé par l'Administration Obama », a déclaré Trump lundi 1 janvier 2018. « Le grand peuple d'Iran est réprimé depuis des années. Il a faim de nourriture et de liberté. Comme les droits de l'homme, sa richesse lui est dérobée. Le temps du changement est venu ! ». Le tweeteur en chef a ajouté mardi 2 janvier 2018 : « les Iraniens passent finalement à l'action contre ce régime brutal et corrompu. Tout l'argent qu'Obama leur a si stupidement donné est allé au terrorisme et dans leurs poches. (…) Les Etats-Unis vous regardent ! »[1].
Nikki Haley, ambassadrice des Etats-Unis auprès de l'ONU, a appelé le 2 janvier 2018 à une réunion du Conseil de Sécurité de l'ONU pour « discuter de la liberté réclamée par le peuple iranien » et d'amplifier ainsi la voix des manifestants[2]. Cette rhétorique s'inscrit dans la lignée des discours précédents du président Trump désignant l'Iran en tant qu'Etat « siège du terrorisme » et comparant le président iranien à un « nouvel Hitler ».
En réalité, ces propos masquent, comme souligné précédemment, la volonté des Etats-Unis d'ériger une espèce « d'OTAN arabe » ciblant l'Iran et plus globalement les forces de la multipolarité, à savoir la Russie et la Chine. Parallèlement, focalisant les « Arabes » vers un ennemi extérieur, les stratèges américains contribuent à l'affaiblissement du bloc arabe tout en le détournant de la cause palestinienne au profit d'Israël.
Dès 2009, le Brookings Institute publiait une étude sur la stratégie à déployer afin de favoriser un renversement de régime en Iran : « Quel chemin vers la Perse ? Options pour une nouvelle stratégie américaine en Iran »[3]. Quatre grandes options sont détaillées :
* Les options diplomatiques ;
* Les options militaires ;
* Le changement de régime ;
* Le containment du pays.
Dans le cadre de la troisième option, trois chapitres sont développés :
* La révolution de velours : soutenir un soulèvement populaire ;
* Inspirer une insurrection en soutenant une minorité iranienne et des groupes d'opposition ;
* Le coup : soutenir un mouvement militaire contre le régime.
A ce stade, une combinaison des deux premiers chapitres de la troisième option semble à l'œuvre soutenue par des puissances étrangères, notamment les Etats-Unis, l'Arabie-Saoudite, les EAU, Israël et certains pays européens. L'issue dépendra de la capacité des autorités iraniennes à gérer la crise, de la réaction des classes moyennes et de la contre stratégie russe et chinoise qui ne tardera pas à se matérialiser. Certains pays européens ayant initié de lourds investissements en Iran n'ont également aucun intérêt à une déstabilisation de la République
Islamique. En l'occurrence, un axe de la stratégie américaine pourrait consister à briser ce rapprochement et à renforcer l'isolement de l'Iran.

Dans la lignée de ces développements, se prononçant pour la première fois sur les événements le 2 janvier 2018 à la télévision iranienne, l'Ayatollah Ali Khamenei soulignait : « les ennemis de la république islamique ont créé une coalition pour attaquer le régime iranien (…) Dans les événements de ces derniers jours, les ennemis se sont unis en utilisant leurs moyens, l'argent, des armes, la politique et leurs services de sécurité pour créer des problèmes au régime islamique d'Iran ». La manœuvre de déstabilisation s'inscrivant dans le sillage des révolutions de couleurs ou ingérences démocratiques conceptualisées par Gene Sharp et matérialisées par des mouvements tels que Otpor, CANVAS, etc. est également dénoncée par le président Rohani : « selon la télévision d'Etat, le président Hassan Rohani a appelé son homologue français, Emmanuel Macron, lui demandant de prendre des mesures contre un « groupe terroriste iranien » basé en France qui selon lui attise les violences. Une allusion aux Moudjahidines du peuple, les « contre- révolutionnaires » basés à l'étranger et financés selon l'Iran par son principal ennemi dans la région, l'Arabie Saoudite »[4].
Les autorités tunisiennes gagneraient à suivre avec attention les événements en cours en Iran et à les analyser dans toute leur complexité afin de mieux saisir les ressorts de notre propre histoire et surtout d'anticiper les manouvres dilatoires et subversives de certains acteurs étatiques et non étatiques ayant aucun intérêt au succès du processus démocratique tunisien.

[1] « Trump renforce son bras de fer avec les Mollahs en Iran », Philippe Gélie, Le Figaro, 2 janvier 2018, consultable au lien suivant : http://premium.lefigaro.fr/international/2018/01/02/01003-20180102ARTFIG00249-trump-renforce-son-bras-de-fer-avec-les-mollahs.php.

[2] « Troubles en Iran : les Etats-Unis demandent une réunion du Conseil de Sécurité », RFI, 3 janvier 2017.

[3] L'étude est consultable au lien suivant : https://www.brookings.edu/wp-content/uploads/2016/06/06_iran_strategy.pdf

[4] « Troubles en Iran : les Etats-Unis demandent une réunion du Conseil de Sécurité », RFI, 3 janvier 2017.



*Mehdi Taje : Géopoliticien et prospectiviste, Directeur de Global Prospect Intelligence


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