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Grève de la Stam : Le port de Radès prend l'eau !
Publié dans Business News le 03 - 04 - 2018

L'un des maillons faibles de l'économie tunisienne, c'est le port de Radès. Toutes les organisations internationales, tous les opérateurs économiques et même le gouvernement sont d'accord sur ce point. Or, et à la surprise des entreprises tunisiennes, les agents de la Société tunisienne d'acconage et de manutention (Stam) ont opéré une grève les 30 et 31 mars 2018 au port de Radès, non pas pour des revendications qui concernent le personnel mais pour réclamer l'augmentation des tarifs des prestations de la société de 20%. Retour sur le feuilleton.

Depuis la révolution, tout a changé. Les cartes du pouvoir ont été redistribuées. Ainsi, de simples partenaires sociaux, ou presque, les syndicats se sont transformés en partie prenante qui a son mot à dire sur tout et absolument tout : la politique, le choix du chef du gouvernement, les stratégies à mettre en place, l'avenir des sociétés publiques et la dernière en date, les prix des prestations de services publiques. C'est ce qui se passe aujourd'hui en Tunisie. Les syndicalistes fixent les lignes rouges à leur convenance. D'ailleurs, l'une des dernières prérogatives qu'ils se sont attribué, c'est de fixer les tarifs de certains services publics. C'est ce qui ressort de la dernière grève de deux jours des agents de la Stam. Ces grévistes revendiquent l'augmentation des prix des prestations de la société de 20%, pour le chargement, le déchargement, la manutention et la garde des marchandises dans les ports commerciaux tunisiens.
Mieux, les agents de la société défient le ministère qui estime que les revendications du syndicat ne peuvent pas être supportées par l'économie nationale à l'heure actuelle et auront des conséquences néfastes directes sur le coût du transport et donc entraineront la hausse des prix des produits de consommations. Le ministère du Transport, bien que considérant que la fixation des tarifications soit de sa responsabilité, a cédé en partie aux appels du syndicat, mais pense que 10% de hausse est suffisant.

Cet avis n'est bien sûr pas partagé par les premiers concernés et bénéficiaires des services, les sociétés. Suit à quoi, l'Utica a publié un communiqué cinglant. La centrale patronale considère que ceci est un subterfuge du syndicat dont l'objectif final est de «satisfaire les demandes d'augmentations salariales des agents». Elle a surtout exprimé son refus de «toute augmentation du coût de l'expédition et du transit des marchandises au port de Radès», estimant que «le port est devenu un obstacle à la fluidité des mouvements commerciaux et logistiques en raison de la faible rentabilité des opérations portuaires et de la durée de séjour des navires et des conteneurs, situation qui se traduit par un gaspillage d'argent public et de devises et impacte directement la compétitivité des entreprises tunisiennes».

Une position partagée par le président de la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect), Tarek Cherif qui a précisé qu'avant 2011, la Stam traitait 11 conteneurs par heure, aujourd'hui, elle traite la moitié (5 à 6 conteneurs par heure), alors que certains pays font 40 conteneurs par heure. Il a cité comme exemple, les ports d'Abidjan (Côte d'Ivoire) et de Cotonou (Bénin) qui font de 35 à 40 conteneurs/h. Or, le coût de la logistique est de 30% en Tunisie contre 10% dans le monde. En plus de cela, l'inefficacité au port de Radès a un coût très élevé pour l'économie. En 2016, on évalue la perte à près de 1 milliard de dinars à cause des longs temps d'attente des navires qui accostent dans nos ports, et ceci sans tenir en compte les pertes indirectes causées par la baisse des exportations et des investissements.
Les opérateurs économiques louent des navires pour le transport de leurs marchandises pour une période déterminée, tout jour supplémentaire à un surcoût : les surestaries qui sont des indemnités que l'affréteur doit payer au propriétaire du navire quand le temps de chargement et/ou déchargement dépasse le temps de planche prévu dans le contrat de voyage. Le hic, c'est que les navires restent en moyenne en rade de 20 à 30 jours sur nos côtes et lorsqu'ils entrent au port, il leur faut de 7 à 10 jours pour décharger les conteneurs. 10 jours en moyenne sont nécessaires pour faire sortir les conteneurs du port. Ainsi, il faut compter de 40 jours à 60 jours en moyenne entre l'arrivée de la marchandise en Tunisie et sa sortie effective du port, ce qui est énorme.
Pour M. Cherif, la situation de monopole dont jouit la société complique les choses, les entreprises n'ayant d'autre alternative que de supporter les défaillances de la Stam et de supporter un surcoût, qui non seulement rend nos entreprises non-compétitives (matière première, produits-semi-finis, équipements, etc.), mais qui au final sera supporté par le consommateur pour les marchandises destinées pour le marché tunisien.

En outre, la Conect et la Fédération tunisienne du textile et de l'habillement (FTTH) considèrent que les opérateurs sont pris en otages et sont gravement pénalisés.
«Alors que l'activité d'exportation donne des singes de reprise depuis le début de l'année après la stagnation, traduisant un regain de compétitivité du tissu productif du pays en général et des entreprises industrielles tunisiennes en particulier, notamment celles du textile et de l'habillement, la FTTH considère qu'une augmentation des tarifs des prestations portuaires vont éroder ce regain fragile de compétitivité laborieusement acquis», lit-on dans le communiqué de la FTTH.
«Les entreprises ont été les principales victimes de l'échec de la réforme du port de Radès, ont affronté de nombreux obstacles et supportent les coûts élevés de transit des marchandises et de l'impact des nouvelles redevances fiscales prévues par la loi de finances 2018 suite à la mise en place des scanners», martèle l'Utica en affirmant : « Aujourd'hui, toutes les entreprises exportatrices et importatrices, les agents de transit et les usagers du port de Radès refusent catégoriquement l'augmentation des tarifs de 20% alors que le rendement du port est très bas».

Cette position n'est pas uniquement celle des entreprises tunisiennes, étant partagée par les organisations et institutions financières internationales qui ont, à maintes fois, pointé le problème de la logistique en Tunisie et en particulier au niveau du port de Radés. D'ailleurs, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a évoqué, dans son étude économique sur la Tunisie de mars 2018, l'inefficacité des services logistiques.
«L'efficacité des services logistiques autour des infrastructures portuaires est faible, ce qui pèse sur la qualité et la disponibilité des services de manutention et de transport de marchandises. La Tunisie s'est laissée distancer par ses concurrents directs sur des indicateurs-clé comme le temps d'attente à la frontière ou l'efficacité des services douaniers», affirme-t-elle. L'organisation recommande dans son rapport l'amélioration de la gestion des infrastructures portuaires, éventuellement via des partenariats public-privé.
Une vision commune avec les opérateurs tunisiens, regrettant la situation de monopole de la Stam, l'une des raisons premières de la médiocrité des prestations de la société, en comparaison avec des économies équivalentes.

Suite à cette grève, l'Utica a appelé le gouvernement à ne pas ratifier cette augmentation dans l'intérêt de l'économie nationale, afin de préserver la pérennité des entreprises. Selon la centrale patronale, si le gouvernement cède, il créera «un précédent, sans précédent». La Conect a réitéré, pour sa part, son appel pour engager les réformes nécessaires et à prendre, sans délai, les mesures nécessaires pour assurer la continuité du service public au port de Radès et sauvegarder les intérêts supérieurs et stratégiques du pays.

La problématique du port de Radès et sa lenteur est prise au sérieux par le gouvernement. Lors de l'annonce des grands projets de transport et de logistique pour le pays, il avait annoncé la remise en exploitation des quais 8 et 9 du port de Radès pour éviter les perturbations sur les services d'exportation avec un délai maximal ne dépassant pas 2020 et pour un coût estimé à 450 millions de dinars. Le gouvernement avait annoncé d'autres projets très importants dans le domaine maritime et logistique, notamment la mise en place d'un calendrier détaillé pour le projet du port en eau profonde d‘Enfidha ainsi que des travaux de restauration et d'extension touchant plusieurs ports.

La grève des agents de la Stam représente un grave précédent et une ingérence flagrante dans une affaire qui ne les concernent pas, estiment les observateurs. Les grévistes assurent pourtant que cette action a été décidée pour préserver la société en difficulté financière et non pour des revendications salariales. Au lieu d'évoquer le manque de productivité dans le port, le syndicat préfère cependant rejeter la faute sur l'Office de la Marine marchande et ses travaux incessants. Une situation de fuite en avant qui coûte très cher à l'économie tunisienne en cette période difficile.


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