Tempête Harry en Méditerranée : quels impacts pour la Tunisie face à cet épisode météo extrême?    Détails des coupures de routes dans plusieurs régions de la Tunisie    Tunisie Telecom remporte pour la 7e année consécutive le trophée nPerf de la meilleure performance Internet mobile en Tunisie    Perturbations météorologiques en Tunisie : plusieurs représentations diplomatiques ferment leurs portes    Météo en Tunisie : les perturbations météorologiques devraient s'atténuer progressivement dès l'après-midi    Bien plus que du soleil : Pourquoi les expatriés succombent au charme de la Tunisie    Vignette automobile 2026 en Tunisie : Prix, Délais et Paiement    Inondations à Tunis : comment sauver votre voiture avant qu'il ne soit trop tard !    Inondations en Tunisie : comment réagir si l'eau envahit votre maison    Sabri Lamouchi sort du silence : Être sélectionneur de la Tunisie est un honneur immense    Le grand couturier italien Valentino s'éteint à 93 ans, une légende de la mode disparaît    Professeur Amor Toumi: Père de la pharmacie et du médicament en Tunisie    Mauvais temps en Méditerranée : le navire « Carthage » modifie son programme    Audi Tunisie rend le luxe plus accessible avec les 'Best Deals' et les 'Black Weeks'    Programme Ceinture Verte en Tunisie : reboisement pour lutter contre la dégradation des sols et la désertification    Joy Awards 2026 : Riyad célèbre le divertissement mondial dans une cérémonie digne des Oscars    BYD Tunisie lance la Dolphin Surf: La citadine électrique multi-primée arrive en Tunisie    Collision de trains en Espagne : dizaines de blessés et 39 morts    CAN 2025 : Polémique après le refus du frère du Roi de remettre le trophée au Sénégal    Top 10 des stars qui ont marqué la CAN 2025    Saïfeddine Makhlouf maintenu en détention : cinq ans de prison confirmés    Match Maroc vs Sénégal : où regarder la finale de la CAN Maroc 2025 du 18 janvier ?    Groenland : Washington passe à l'offensive avec des taxes sur 8 pays européens    UIB: Publication de l'appel à candidature pour le choix d'un Administrateur représentant des actionnaires minoritaires    Partenariat stratégique et innovant entre Tunisie Telecom, la BERD pour renforcer l'infrastructure numérique en Tunisie    OMODA & JAECOO en Tunisie : une nouvelle ère pour la mobilité intelligente et électrique    Festival Jean Rouch Hors-les-murs Tunis 2026 : Appel à candidatures pour la 3ème édition    Khadija Taoufik Moalla: Mourad Wahba, le philosophe qui voulait réconcilier raison, foi et humanité    USA: La suspension de la délivrance de visas affecte-t-elle un visa en cours de validité et s'applique-t-elle aux visas de tourisme ? Voici la réponse    Trump renforce la politique migratoir...mais certains restent exemptés    Taboubi met fin à la démission et renforce le mouvement syndical    Film Where the Wind comes from d'Amel Guellaty : un souffle d'air frais sur le cinéma avec Alyssa et Mehdi    Nouveau portail consulaire : Simplification des démarches pour les Tunisiens aux Emirats    Abdelaziz Kacem - De la culture générale (I): Le temps des alertes    Et si Bourguiba n'avait pas aboli les habous ?    Habib Touhami: Le développement à l'ombre de la démographie    La photographie et la peinture: deux écritures de la lumière    La cannelle: Un condiment au parfum envoûtant et un remède ancestral    Le Maroc élimine le Cameroun et attend le vainqueur d'Algérie–Nigeria en demi-finale de la CAN    America First 2026: Le Mémorandum qui redessine l'échiquier mondial    Secousse tellurique en Tunisie, au nord de Béja ressentie par les habitants    Mathilde Panot (LFI) : « La France doit impérativement refuser d'être le vassal des Etats-Unis »    L'Université de Sousse et le Centre Universitaire de Maghnia (Algérie) scellent un partenariat stratégique    La Fédération tunisienne de football se sépare à l'amiable de l'ensemble du staff technique de la sélection nationale de football    Tunisie–Mali (1-1, tab. 2-3): Une élimination frustrante    Match Tunisie vs Mali : où regarder le match des huitièmes de finale de la CAN Maroc 2025 le 03 janvier?    Fusillade de Bondi : 1,1 million de dollars récoltés pour le héros blessé !    Daily brief régional: Messages pour Gaza: Des bouteilles parties d'Algérie finissent sur le sable de Béja    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Kairouan | Grève générale dans tous les secteurs et les délégations : Les raisons de la colère
Publié dans La Presse de Tunisie le 04 - 12 - 2020

La population locale en a ras-le-bol et le fait savoir.
Le gouvernorat de Kairouan enregistre depuis plusieurs années une régression de son processus de développement et tous les indicateurs sont au rouge, d'autant plus que beaucoup de projets programmés lors de CMR en 2015 et 2017 n'ont pas été mis en œuvre à cause de la complexité des procédures administratives, de l'indifférence des décideurs, de l'instabilité politique, de certaines lois régissant les marchés publics, de problèmes fonciers, de pratiques dépassées au sein de l'administration et de certains lobbys puissants qui voudraient que le gouvernorat de Kairouan reste dépendant des villes sahéliennes, surtout dans le domaine de la santé publique.
D'ailleurs, les indicateurs globaux de développement placent à la 22e position le gouvernorat de Kairouan où on enregistre des taux élevés de plusieurs phénomènes inquiétants, à savoir le suicide, l'abandon scolaire, la pauvreté, la dépression, la délinquance, le divorce et le chômage.
En outre, dans cette région longtemps marginalisée et où le taux de pauvreté est de 34%, le nombre de sit-in et de mouvements de protestations ne fait qu'augmenter. D'ailleurs, d'après le Ftdes, on y a enregistré, rien qu'au mois d'octobre 2020, 147 rassemblements de protestation et de grèves, 121 mouvements de contestation anarchique et un grand nombre de protestations spontanées, dont les principaux acteurs sont les chômeurs, les travailleurs, les citoyens ordinaires et les fonctionnaires.
L'emploi, l'accès à l'eau potable, à l'eau d'irrigation et aux soins médicaux, l'amélioration de l'infrastructure de base, du transport, de services d'assainissement, ainsi que l'accès aux engrais et aux semences ont été les revendications majeures des manifestants.
C'est pour toutes ces raisons que le bureau exécutif élargi de l'Ugtt a approuvé, le 21 novembre, la grève générale prévue pour le 3 décembre dans tous les secteurs et les délégations. D'autres actions de manifestation ont été programmées pour dénoncer la situation lamentable du gouvernorat. En outre, plusieurs organisations nationales et des associations ont réclamé, dans une lettre ouverte, l'application des décisions ministérielles prises en 2015 et en 2017 au profit de la région où l'indice de développement est très faible : on revendique également la reprise des travaux de projets en suspens et ceux programmés à Kairouan.
Parmi les projets qui tardent à se concrétiser, on pourrait citer celui relatif à la réalisation de l'hôpital Salman décidé suite au mémorandum d'accord signé entre la Tunisie et l'Arabie saoudite, portant octroi d'un don de 85 millions de dollars, en guise de contribution au financement de la construction de cet hôpital dont le démarrage des travaux a été plusieurs fois retardé.
D'où la création, il y a trois ans, de la coordination «Winou Essbitar» qui organise très souvent des rassemblements pacifiques pour protester contre la lenteur des études de cet important établissement hospitalier et contre la détérioration de la situation sanitaire dans toutes les délégations et pour revendiquer l'amélioration de la qualité des prestations dans les hôpitaux et les dispensaires et à les renforcer par les équipements médicaux nécessaires et les cadres médicaux et para-médicaux suffisants.
Une jeunesse désœuvrée
Il va sans dire que ce climat anxiogène a provoqué une explosion sociale incontrôlable surtout parmi la classe juvénile qui ne supporte plus la politique d'atermoiement et de marginalisation des différents gouvernements qui se sont succédé. Ainsi, on est presque dépassé par l'ampleur du fléau du suicide qui touche surtout des jeunes laissés pour compte et qui ne supportent plus le fardeau des frustrations de l'échec scolaire, de la misère et du stress.
A titre d'exemple, dans le village de Brahiya (délégation d'El Ala), on a enregistré deux cas de suicide au sein d'une même famille Abdelhamid (10 ans) inscrit en 4e année primaire qui s'est jeté dans un bassin et sa cousine Ahlem (12 ans) qui s'est pendue à un arbre à cause de la misère, du désespoir et de l'échec scolaire.
D'autres jeunes adolescents, brisés sur le plan psychique, ont choisi de se donner la mort par pendaison, à l'instar de Khouloud (9 ans) de la zone de Ennagaz, Jasser (13 ans) de Sayada (délégation d'El Ala). En fait, le traitement médiatique du suicide a eu des répercussions néfastes sur des individus désemparés.
Et vu le nombre important d'écoles (312), de collèges et de lycées (75) dans le gouvernorat de Kairouan, il est difficile d'y installer des cellules d'écoute avec pour mission de fournir l'encadrement psychologique aux élèves ayant des soucis personnels pouvant les mener au suicide.
Absence d'activités culturelles
40% de la population du gouvernorat de Kairouan ont moins de 35 ans et ne vivent pas sous un ciel serein, surtout qu'il y a souvent une rupture entre la jeunesse affiliée à différentes associations et celle qui ne l'est pas.
D'ailleurs, les jeunes écoliers, collégiens et lycéens sont souvent obligés de passer leurs moments libres et leurs vacances dans un état semi-comateux, faute d'activités culturelles et d'espaces de loisirs équipés.
A part les publinets, les salons de thé enfumés et les terrains vagues et poussiéreux utilisés en terrains de foot, les jeunes ne trouvent pas de lieux pour s'épanouir, se distraire décompresser et s'adonner à leurs hobbies préférés.
Notons dans ce contexte qu'il existe dans tout le gouvernorat 16 maisons des jeunes presque désertées, puisqu'elles manquent d'équipements, d'animateurs et de programmes intéressants.
En outre, il n'existe que quatre clubs ruraux qui doivent attendre les rares visites des maisons des jeunes itinérantes pour pouvoir organiser quelques manifestations culturelles.
Bref, dans la plupart des villages c'est le désœuvrement d'une jeunesse marquée par le chômage, l'ennui et les difficultés de la vie.
Salah et Zoubeïr, deux jeunes diplômés au chômage et que nous avons rencontrés assis sous un olivier au village de Dhibet (délégation d'El Ala), en train de jouer aux cartes, nous confient leur pessimisme quant à l'avenir de la jeunesse, surtout dans les gouvernorats du Centre. «Depuis l'avènement de l'expérience démocratique dans notre pays, l'ambiance générale est devenue morose et déprimante à cause d'une économie en berne, du retour de la mentalité corporatiste, du développement de la mentalité tribale, de la hausse vertigineuse des prix des produits de consommation, du taux élevé de la violence sportive, familiale, électronique et administrative. De plus, les décideurs politiques ont tourné le dos aux jeunes, vaquent à leurs futures échéances électorales, ont d'autres priorités et se chamaillent sur les plateaux télé. En fait, nous vivons dans un environnement hostile et une conjoncture difficile en matière d'études et d'emploi, et ce, à cause de beaucoup de passe-droits et d'absence de transparence dans le traitement des dossiers de recrutement... C'est pourquoi nous rêvons de quitter notre pays».


Au stade des incertitudes
Suie à l'appel du bureau exécutif élargi de l'Ugtt, du 21 novembre, ayant approuvé la grève générale dans toutes les délégations du gouvernorat de Kairouan, le 3 décembre, un grand nombre d'intellectuelles, de représentants de la société civile et de toutes les organisations nationales, des avocats, des médecins, des agriculteurs, des louagistes et des taxistes se sont tout d'abord réunis devant le siège de l'Ugtt de Kairouan pour écouter l'allocution de Samir Cheffi, secrétaire général adjoint de l'Ugtt, synthétisant les raisons de cette grève générale.
Par la suite, les protestataires ont sillonné dans le calme et le civisme plusieurs artères de la ville et se sont rassemblés devant le siège du gouvernorat avec des pancartes, des drapeaux et des slogans portant sur l'emploi, la dignité, l'amélioration de l'infrastructure de base des secteurs de la santé, de l'agriculture, de l'éducation et de l'économie.
Mme Hend Blaïech, présidente du bureau régional de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme, nous explique que le souhait de tous les habitants de Kairouan est que les responsables écoutent leurs revendications et leur cri de détresse : «En fait, cette grève générale s'inscrit dans le cadre de l'exclusion du gouvernorat de Kairouan et de l'inaction du gouvernement quant à ses revendications. Notre espoir est que toutes les décisions prises en faveur de Kairouan lors des CMR de 2015 et de 2017 seront enfin toutes concrétisées...».
Notons que dans toutes les délégations du gouvernorat, les administrations publiques étaient fermées. Seuls les boulangeries, les pharmacies, le service des urgences, les laboratoires et quelques cafés et commerces étaient ouvertes. Par ailleurs, ce qui a attiré notre attention, c'est l'absence des jeunes, notamment les chômeurs et les diplômés sans emploi dans la plupart des rassemblements. Pourtant, le taux général de pauvreté est de 34% (on compte 200.000 nécessiteux sur un total de 860.000 habitants), le taux général d'analphabétisme est de 35% et le taux d'abandon scolaire est de 42,92%. Enfin, le sentiment général chez la jeunesse est le pessimisme quant à l'issue de cette grève dont elle n'attende aucun résultat positif.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.