Les Mélanges d'Histoire ancienne du Professeur Ammar Mahjoubi    Rafik Abdessalem : « Kais Saied ne distingue pas entre ses émotions et la gestion des affaires de l'Etat »    Bilan Covid-19 : 71 décès et 2228 nouveaux cas en 24h    Affaire Sidi Hassine-Sijoumi : Manifestation à l'avenue Habib Bourguiba    Tunisie – Le tribunal administratif rejette les recours déposés par le magistrat Taïeb Rached    Le chef de la diplomatie britannique répond sèchement à Macron ...    Equipe nationale : 4 joueurs quittent le stage avant d'affronter le Mali    En images Affrontements entre les manifestants et la police à l'avenue Bourguiba    CTN : Avis aux passagers à destination de Marseille    Pèlerinage à la Mecque : 60.000 résidents vaccinés autorisés    Euro 2020 : Christian Eriksen victime d'un grave malaise en plein match    Coupe de Tunisie : les deux demi-finales auront lieu le 20 juin    Handball – championnat national : Programme de la 10ème journée play-off    Seuls 20,4% des personnes qui doivent être vaccinées sont enregistrées sur Evax    Habib Ammar: « La Tunisie est une destination touristique Covid-safe »    Journée de la Russie - Sergey Nikolaev salue le succès de la coopération russo-tunisienne    Ali Kooli évoque une éventuelle suppression de licences d'alcool    Echâab dénonce une tentative d'assassinat contre Badreddine Gammoudi et Ali Ben Aoun    L'Assemblée prévoit plusieurs plénières au cours de la semaine du 14 juin 2021    Tunisie-Béja: Agression du personnel de la santé et actes de vandalisme à l'hôpital régional de Téboursouk [Photos]    Soutien social et psychologique à l'enfant mineur agressé et humilié par des agents de l'ordre    Les Affaires sociales assurent un accompagnement social et psychologique à la victime de Sidi Hassine    AGIL fête ses 60 ans et organise une journée portes ouvertes    Liberté d'expression : Les médias s'accrochent à leur indépendance    Produits made in Tunisia : Quand va-t-on consommer purement tunisien ?    Programme TV du samedi 12 juin    Si vous êtes demandeur d'un lotissement AFH, ceci vous intéresse    «La terminologie de la bourse et des organismes qui la côtoient» de Maria Leo : Un bel ouvrage, clair et utile    Exposition collective «Beyrouth» à la Galerie Terrain Vagh à Paris : La révélation d'une ville    Sophie Renaud, Directrice de l'institut français de Tunisie, à La Presse : «La Tunisie abritera les états généraux du livre francophone»    Jean Fontaine: Le migrant inversé    News | L'Etoile sonde la filière congolaise    Point de vue | Un véritable tournant !    La vérité nue    Jendouba : La récolte céréalière en hausse de 40%    Bourse de Tunis : Le Tunindex clôture la semaine sur une note quasi-stable    Zarzis-Plateforme Miskar : Les ouvriers demandent l'évacuation des migrants irréguliers à bord    Seif Al Islam Kadhafi annonce son intention de se présenter aux prochaines élections présidentielles en Libye    Derby Arabe Tunisie vs Algérie: regarder le match amical du 11 juin en Streaming    La Tunisie est fin prête pour accueillir les voyageurs du monde !    Championnat national de lecture : La finale aura lieu le 11 juillet à Radès    Le dinar tunisien s'est déprécié de 5% vis-à-vis de l'euro    Appel à candidature : Session de Formation 'Patrimoini' par Museum Lab au Kef    Un soldat blessé lors de l'explosion d'une mine à Mghilla    Emmanuel Macron se prend une gifle - La vidéo devient virale    La Tunisie accueille une partie de l'exercice militaire "African Lion 21" (Défense)    Après la 4e guerre israélienne contre Gaza, saura-t-on éviter la 5e ?    Israël, cette démocratie islamiste ?    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





À la rencontre des mots de Samar Miled et Imèn Moussa : Des mots d'ici et d'ailleurs…
Publié dans La Presse de Tunisie le 24 - 03 - 2021

«Tunisie sucrée salée» et «Il fallait bien une racine ailleurs», deux opus aux approches différentes, mais qui se rencontrent dans cette volonté d'agir par les mots.
Une belle rencontre virtuelle a eu lieu, le 20 mars, pour célébrer la fête de l'Indépendance tunisienne, le Printemps des Poètes et la Journée internationale de la francophonie. Organisée par le Centre des études françaises et francophones de Duke University, cette rencontre, qui mettait à l'honneur les deux poétesses tunisiennes Imèn Moussa et Samar Miled, était modérée par l'écrivain, économiste, universitaire et musicien sénégalais Felwine Sarr, avec l'intervention de Ndiaye Sarr, enseignant, chercheur associé à l'Institut de recherche intersite en études culturelles à l'Université Paul-valery Montpellier, ses recherches portent sur les littératures francophones subsaharienne et maghrébine; et Azza Youssef, agrégée de langue et de littérature françaises, enseignante et doctorante en littérature francophone à l'University of North Carolina.
Il était question dans cette rencontre, de poésie tunisienne, féminine et féministe, d'appartenance, de mouvements, de circulation, de frontières, d'ancrage et d'exil. Ce fut, surtout, l'occasion de faire la délicieuse découverte des univers des deux poétesses à travers «Tunisie sucrée salée», qui est le premier receuil de Samar Miled et «Il fallait bien une racine ailleurs» d'Imèn Moussa. Deux opus aux approches différentes, mais qui se rencontrent dans cette volonté d'agir par les mots.
Agrégée de langue et de littérature françaises, Samar Miled est actuellement doctorante à Duke University aux Etats-Unis. Elle s'intéresse aux études postcoloniales et décoloniales. Inscrit dans une littérature frontalière, son receuil, comme l'a si bien présenté Azza Youssef, parle d'ancrage géographique, identitaire et gastronomique, de ses différentes saveurs du pays qui sont nos madeleines de Proust. En témoigne «Testour», le premier poème de ce recueil que la poétesse a lu à l'occasion :
Testour, les petits pains ronds tout chauds sortis du ventre de la terre, ça fume, ça cuit, ça croustille, ça donne envie de croquer sans retenue,
Dangereux est le fromage blanc, tout frais, tout léger; délectable pas trop salé juste ce qu'il faut pour aiguiser les convoitises.
Et le piment à côté, rouge sang, rouge colère, rouge Tunisie; ça pique, ça remonte à la tête comme nos chansons, ça te donne une larme parfois comme un chagrin,
Mais viennent tout juste après nos rires, ils éclatent et brisent le silence vert gazon ; rire aux larmes, rire souvent souvenirs, rire tunisiens. «Mon approche est différente de celle de Imèn, elle, elle parle de «mots dans les valises», chez moi, c'est plutôt le contraire, car c'est moi qu'on trimbale, mais mes mots restent en Tunisie», souligne la poétesse, qui poursuit que l'écriture de son recueil s'est faite rapidement durant l'été 2018 à son retour de Chicago où elle y a passé une année. «On rentre avec une soif, une faim de ce qui nous a manqué, celle, entre autres, des petits plaisirs qu'on prend pour acquis. En rentrant j'ai été frappée par une explosion de couleurs, de saveurs et de chaleurs, que je n'ai pu exprimer qu'avec l'écriture».
«Tunisie sucrée salée» regroupe des hommages et des témoignages de personnes rencontrées, mais aussi de personnes sacrifiées, comme elle l'explique en soulignant que durant cet été, elle a vécu différents bouleversements, ceux des retrouvailles, mais aussi ceux liés à des événements tragiques qui ont touché le pays en rapport, entre autres, avec la traversée clandestine de la Méditerranée. Elle explique que le sucré du titre est en rapport avec la joie des retrouvailles, le salé est lié à ce qui est moins agréable.
Ndiaye Sarr, décrit l'œuvre de Samar comme un cahier du retour, soulignant son côté nostalgique et son goût du terroir. À cela, la poétesse ajoute qu'il s'agit aussi d'un besoin d'ancrage dans l'Ici: «En quittant le pays, je suis partie à la découverte du monde académique américain, d'ailleurs il a fallu que je parte pour découvrir à quel point j'étais colonisée dans mon propre pays. J'étudiais le français de la France, mais pas du tout celui de la francophonie dont on parle aujourd'hui. Aux USA, j'ai découvert cette colonialité et cela a créé le besoin de fixer le retour par écrit, et c'est grâce au mouvement que cela a pu se faire.»
«Tunisie sucrée salée», poursuit-elle, est à la fois un cri d'amour et un coup de gueule. C'est aussi sa manière de contribuer à la révolution du pays. «J'avais besoin de participer à cette révolution, j'écrivais dans la culpabilité, après différents engagements politiques et associatifs, j'ai décidé d'agir de et par l'écriture», affirme-t-elle.
Docteur en littératures française et francophone, Imèn Moussa consacre ses recherches sur la situation des femmes dans le Maghreb actuel. Son engagement dans le travail associatif, mais aussi sa passion pour les voyages font naître dans son écriture le thème de «l'identité nomade», dont elle a fait un véritable mode de vie. Dans «Il fallait bien une racine ailleurs», elle parle de l'ici et de l'ailleurs où les chemins qui mènent à Soi puisent naturellement dans les racines de l'Autre.
Cela est d'emblée annoncé par le titre, souligne Azza Youssef : «Avec le titre on sait qu'on est ailleurs, qu'on a fait le voyage, qu'on porte les déchirures du départ. ''Partir c'est mourir'' mais partir c'est aussi naître ailleurs.» Contrairement à Samar Miled , l'écriture de ce recueil s'est étalée dans le temps et dans l'espace d'ailleurs. «Son écriture s'est faite au gré de mes différents voyages depuis 2016.», note-t-elle. Les textes, comme elle l'explique, émanent de ses pérégrinations dans le monde avec une racine première qui l'accompagnait dans ses balades. Pour elle, le voyage est une nécessité, un moyen d'implanter ses mots partout dans le monde.
Ndiaye Sarr, parle d'une approche rhizomique, a-frontières et souligne l'importance de la question de la mobilité dans les propos de la poétesse. «Je suis à la fois héritière d'une culture de l'enracinement, mais aussi celle du nomadisme. Je suis née dans une famille qui n'aime pas beaucoup l'ailleurs, moi, par contre, je voulais aller voir ce qui se passe dans cet ailleurs. Je me suis installée en France, mais cela ne m'a pas suffi, j'étais dérangée par cette tendance au sectarisme, au cloisonnement communautaire qui engendre la haine et le racisme. Bénévole dans les secours catholiques en tant qu'accompagnatrice de réfugiés, cela a fait naître en moi beaucoup de questions et il fallait aller voir ailleurs pour y répondre», explique Imèn et d'ajouter : « Au fil du chemin, je me construisais plusieurs autres identités : écrire ailleurs, se laisser se découvrir, faire des rencontres pour se rencontrer soi-même.»
«Pour un dernier aveu», un des poèmes du recueil illustre bien ces idées du départ, de l'exil, de l'être féminin, et de la reconquête de soi :
Je ne t'ai pas quitté par manque d'amour mon amour, je t'ai quitté parce que ton soleil en voulait trop à ma peau, parce que tes règles me tissaient un cruel échafaud.
Mon automne avait trop de couleurs pour toi, mes fleurs avaient trop de parfum pour tes lois.
Je ne t'ai pas quitté par manque d'amour mon amour, mais lorsque tes coups commençaient à pleuvoir sur moi j'ai compris que ta foi n'était plus ma foi.
Je t'ai quitté mon amour, j'ai pris un aller avec de rares retours, je voulais oublier cette colère entre nous; je voulais oublier le désamour et les regards des fous; je voulais oublier la terre, la mer, les oliviers, les frères et le père
Je ne t'ai pas quitté par manque d'amour mon amour, mais être femme en toi est devenu une guerre; alors j'ai quitté tes frontières; j'ai ouvert la fermeture de ma robe; je suis allée me dessiner de l'autre côté de la Méditerranée
Mais lorsqu'il neige sur la chaleur de mes accents, je chante cette chanson en rouge et blanc
Je ne t'ai pas quitté par manque d'amour mon amour, je reviendrai lorsque je sculpterai le reste de mes contours promis, rêves, tracés.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.