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Une prise en charge spécifique
Unité « Injed » à l'hôpital Charles-Nicolle — Personnes sexuellement abusées
Publié dans La Presse de Tunisie le 30 - 05 - 2016

65% des victimes reçues depuis le démarrage des activités à l'unité «Injed» sont des mineurs dont 80% sont de sexe féminin.
L'unité « Injed » des urgences médico-légales a été inaugurée le 8 mars 2016, sous le regard rassuré de son père-fondateur le Pr Moncef Hamdoun, chef de service de médecine légale à l'hôpital Charles-Nicolle à Tunis. L'instauration d'un mécanisme spécialisé dans la prise en charge des personnes victimes d'abus sexuels s'imposait vu les écarts innombrables et les maladresses auxquels se heurtaient les patients, en se faisant orienter, désemparés, vers des structures inappropriées à leurs besoins.
En effet, la prise en charge des victimes d'abus sexuels doit strictement relever des prérogatives des médecins légistes. Ces derniers sont les seuls à être habilités à traiter des incidents à cheval entre le médical et le juridique, procéder à une batterie d'examens spécifiques et à rédiger un rapport minutieux, où chaque détail, chaque mot sera pris en compte pour inculper le coupable, innocenter le suspect à tort et rendre justice à la victime. «Ce sont des affaires juridiquement délicates. Le Code Pénal condamne les agresseurs à des peines lourdes ; soit à vingt et à trente ans de prison. Dans certains cas, la peine de mort est prononcée à l'encontre du coupable. D'un autre côté, le manque de preuves rend la tâche difficile. Le médecin légiste doit ainsi user de son expérience professionnelle, de sa formation académique spécifique, de sa technicité et de ses connaissances juridiques pour établir un bon diagnostic à même d'éclairer le juge sur l'incident», explique le Pr Hamdoun.
Une urgence médico-légale
En Tunisie, les services médico-légaux sont implantés dans les CHU, notamment à Tunis, Sousse, Monastir et Sfax ainsi que dans certains hôpitaux régionaux, à savoir l'hôpital régional de Nabeul, Kairouan, Gafsa, Kasserine et Gabès. Le service de Tunis, quant à lui, se charge du traitement des dossiers et de la prise en charge des victimes provenant des régions du nord outre les quatre gouvernorats du Grand-Tunis. Toutefois, de nombreuses victimes d'abus sexuels se trouvent orientées vers des structures inappropriées, notamment des services de gynécologies obstétriques, d'urgences. Mal accueillies, sujettes à des examens inadaptés à leurs situations, certaines victimes d'abus sexuels sont souvent délestées des rares preuves à même de leur rendre justice. «La prise en charge des victimes d'abus sexuels est par définition une urgence médico-légale. Les rares indices, notamment la présence du sperme dans les parties génitales de la victime, s'estompent au bout de quelques heures. L'examen médico-légal doit être établi dans l'immédiat», souligne le spécialiste.
L'instauration de l'unité «Injed» vient en réponse positive à un besoin social, médical, psychologique et juridique. Face au manque de moyens à même de concrétiser le projet, le Pr Hamdoun s'est retourné vers la société civile pour demander une contribution précieuse, à même de transformer l'ancien local des Urgences de l'hôpital Charles-Nicolle en un espace agréable, adaptés aux prestations requises. «L'association Lions Club La Marsa a approuvé l'idée et a pris en charge les travaux de rénovation. Nous avons tenu à ce que l'espace soit agréable, conforme aux normes internationales et susceptible d'amortir le traumatisme des patients», renchérit le responsable.
Une batterie de prestations appropriées
L'unité « Injed » dispose d'un espace d'accueil, d'une salle d'attente, de trois cabinets de consultation, d'un bureau de prise en charge psychologique, d'un autre pour l'assistance sociale, d'un laboratoire de prélèvements, d'un bloc sanitaire et d'un espace dédié au cadre médical et paramédical. Elle assure des prestations médico-légales, comptant l'examen médio-légal, la prise en charge psychologique et autre sociale. Pour ce qui est du diagnostic médico-légal, il comprend outre la consultation, des tests médicaux, notamment le test ADN, le test de grossesse ainsi que les tests permettant de dépister les maladies et les infections sexuellement transmissibles (MST et IST). La prise en charge psychologique est assurée après le diagnostic médical.
Cependant, pour les victimes mineures, elle s'impose avant et après le diagnostic. La mise en place, par ailleurs, d'une assistance sociale est plus que justifiée. Certaines victimes encourent plusieurs problèmes sociaux, relatifs à l'hébergement et à l'autonomie financière. L'assistante sociale s'applique, en collaboration avec les parties concernées, à trouver des solutions salvatrices en faveur des patients. Notons que l'unité reçoit toutes les victimes d'abus sexuels, mineures soient-elles ou adultes, sur réquisition ou non de la police. Selon le Pr Hamdoun, 65% des victimes reçues depuis le démarrage des activités sont des mineurs dont 80% sont de sexe féminin.
Faisant ses tout premiers pas, cette unité spécialisée est régie par une équipe de volontaires, dans l'attente d'un recrutement officiel. «Actuellement, nous garantissons les prestations entre 8h00 et 14h00. Nous allons par la suite étendre les prestations jusqu'à 19h00 pour arriver à garantir les services 24h sur 24», note le Pr Hamdoun.
Les enfants de douze ans : la cible des pervers
Dr Sélima Zoghlami est psychologue clinicienne, exerçant à titre volontaire dans l'unité «Injed». Selon son avis, la prise en charge psychologique des victimes d'abus sexuels doit systématiquement être personnalisée. Elle dépend en effet de plusieurs composantes, dont l'âge de la victime, le degré traumatique, la nature de l'abus infligé, le lien de parenté avec l'agresseur, etc. Sidérée par l'ampleur que prennent les abus sexuels sur mineurs, la spécialiste avoue avoir dû traiter tous les cas de figure possibles et imaginables au bout de trois semaines d'exercice volontaire à l'Unité. «J'ai dû considérer des enfants de deux ans et plus. Les enfants âgés de 12 ans sont les plus en proie aux abus sexuels. Pour ce qui est du profil de l'agresseur, j'ai remarqué que l'inceste de premier degré (lorsque l'abus est commis par le père) est assez significatif. J'ai même reçu une victime qui a été abusée par un senior», indique Mme Zoghlami, choquée.
Pour aborder un enfant victime d'abus sexuels, la psy recourt à trois types d'entretien : l'entretien directif qui consiste à poser des questions précises et à noter les réponses ; l'entretien non directif qui permet à la victime — ou au tuteur accompagnant la victime — de faire le récit de ce qui s'est passé et l'entretien semi-directif, à cheval entre le directif et le non-directif. «Au début, je m'adresse à l'enfant en lui posant des questions simples et directes, notamment sur l'identité de la personne qui lui a porté offense. J'opte pour un ton doux et affectueux dans l'espoir de gagner sa confiance et de l'inciter à verbaliser sa souffrance. Si l'enfant refuse de coopérer, ce qui est récurrent, je me retourne alors vers le parent-accompagnateur. Ce sont généralement les mamans qui épaulent les enfants dans une épreuve aussi délicate. Les pères restent souvent dans la salle d'attente», indique la psychologue. Et d'ajouter, qu'en écoutant les dires de son tuteur, l'enfant peut ainsi briser le silence et interpeller la psy pour préciser un détail ou rectifier une fausse déclaration. « Permettre au patient de verbaliser ce qui s'est passé est capital dans la prise en charge psychologique. Certaines victimes, notamment les mineures, sombrent dans un mutisme inébranlable alors que d'autres piquent des crises de larmes », fait-elle remarquer. Notant que, contrairement aux garçons, les filles s'expriment précocement. Aussi, une enfant de deux ans parvient-elle à énoncer des propos clairs alors qu'un garçon de quatre ans, par exemple, éprouve du mal à verbaliser ses réponses.
Tous contre l'impunité des coupables !
La psychologue appelle les parents à mieux veiller sur la protection de leurs enfants et à être regardants quant aux relations souvent périlleuses qui risquent de se nouer au sein d'une famille. Elle souligne l'impératif de poursuivre la prise en charge psychologique et de ne pas faire primer les poursuites judiciaires sur la santé psychologique de la victime. Ces deux approches doivent être menées simultanément.
Le Dr Zoghlami appelle, en outre, à une coopération fructueuse entre toutes les parties concernées, notamment le ministère de la Justice, le ministère de la Femme, de la famille et de l'enfance, le ministère de l'Education et le ministère des Affaires sociales en vue de faire face au phénomène des abus sexuels en général, et ceux exercés sur des enfants, en particulier. «Nous devons tous œuvrer pour la création d'une base de données actualisées sur les abus sexuels commis sur des enfants et sur des adultes. Nous devons aussi lutter contre l'impunité des coupables. La punition de l'agresseur fait partie inhérente du processus de prise en charge», recommande-t-elle.


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