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Le baroud d'honneur de Habib Essid
ARP — Vote de renouvellement de confiance au gouvernement
Publié dans La Presse de Tunisie le 31 - 07 - 2016

«Je ne tiens pas à garder ce poste, je ne me fais pas d'illusion, je sais que je ne vais pas obtenir les 109 voix, mais j'ai tenu à rétablir le processus dans une logique constitutionnelle. Mais si tous les deux ou trois ans, on fait et défait les gouvernements, on n'atteindra aucun objectif».
La séance exceptionnelle contre le vote de confiance au gouvernement s'est tenue hier au palais du Bardo. Exceptionnelle, la plénière l'était en tous points de vue : par son issue prévue, la démission de Habib Essid et de son cabinet, par le caractère inédit d'un processus politique régi par le règlement intérieur, par la présence de 186 députés au démarrage — un quorum rarement atteint au cours de la présente législature —, par le nombre de journalistes, de caméramans et de photographes, si bien qu'il a fallu que la presse écrite joue des coudes pour tenter d'avoir une petite vue sur l'hémicycle.
Le chef du gouvernement s'est astreint à une course à obstacles pour atteindre le Bardo, pour constitutionnaliser le processus de sa révocation, pour rendre les derniers honneurs, et pour mourir (politiquement) debout. Hier c'est la consécration d'un parcours de soldat seul, hier il a franchi la ligne d'arrivée.
Mohamed Ennaceur, épaulé par ses deux vice-présidents, l'air grave, précise dans son mot introductif que le vote devra recueillir 109 voix, soit la majorité absolue, faute de quoi le gouvernement, ne disposant plus de la confiance de l'Assemblée, est considéré de facto comme démissionnaire. Comme le stipule le règlement intérieur, la parole a été donnée en premier lieu au chef du gouvernement qui défendra son bilan pendant cinquante minutes, elle sera attribuée ensuite à la salle pour le débat général qui s'est poursuivi au-delà de 19h00.
Neutralité politique
Démarrant difficilement, Habib Essid trouvera le bon ton au bout de quelques minutes, pour rappeler le prétexte invoqué lors de sa nomination, qu'il n'a pas cherchée, par le président de la République, un certain 5 janvier 2015. Il fallait repousser l'accusation d'hégémonie qui poursuivait Nida Tounès. Le pouvoir étant bicéphale, Béji Caïd Essebsi, élu au suffrage universel, il lui revenait ainsi qu'à son parti de nommer le chef du gouvernement, et le président de l'Assemblée, pour avoir gagné les législatives. C'est la neutralité politique qui a été à l'origine de l'intronisation de Habib Essid et, paradoxalement, celle-là même invoquée aujourd'hui pour son limogeage.
Dans mon agenda, explique le chef du gouvernement du haut de la tribune, une liste de priorités, avec en tête la guerre contre le terrorisme, ajoutant : « Le terrorisme qui menace les fondements de l'Etat, nous avions le devoir de le vaincre impérativement. Combattre la cherté de la vie, nous avons réussi en partie à la maîtriser, pour preuve, l'indice des prix à la consommation était de 5,7%, aujourd'hui il est égal à 3,9% », compare-t-il. « L'approvisionnement étant un autre défi à relever, nous avons passé deux ramadans, au cours desquels les marchés sont bien approvisionnés. Il fallait établir la paix sociale, parallèlement. Sans paix sociale, il ne peut y avoir ni développement, ni stabilité. Sans parler des projets en suspens, énumère-t-il, 10 millions de dinars payés par l'Etat au titre de pénalités pour retard d'exécution. Nous avons visité des régions, dans un passé proche interdites aux chefs de gouvernement, comme Sidi Bouzid, Kasserine, Siliana, Tozeur. Nous avons été accusés de manquer de boussole. Nous avons montré que c'est faux. Nous avons mis au point un plan de développement 2016-2020, et préparé une feuille de route pour la soumettre au parlement, chose qui nous a été refusé ». Son discours, en dialecte tunisien, ponctué de données chiffrées, paraissait assez convaincant.
« Pour ce qui est du problème endémique que représente la corruption, reconnaît-il, il est difficile d'en venir à bout rapidement. Nous avons créé un ministère fort doté d'attributions larges. La lutte contre la corruption est similaire à la guerre contre le terrorisme mais plus difficile et pernicieuse, la cible avec ses ramifications n'étant pas identifiée », s'est-il défendu. Ajoutant qu'il n'a jamais prétendu avoir réglé tous les problèmes, à l'instar du chômage et des questions d'ordre social ou encore le phosphate, « on m'a suggéré de militariser le bassin minier, j'ai refusé, c'est une question qu'il faut régler avec doigté », déclare-t-il fièrement. En souriant parfois, usant de gestes, il paraissait à l'aise, et raconte cette boutade, pour laquelle il a été applaudi : « Tu es encore là, nous avons besoin de la place, vite », précisant à qui veut bien l'entendre: « Je ne tiens pas à garder ce poste, je ne me fais pas d'illusion, je sais que je ne vais pas obtenir les 109 voix, mais j'ai tenu à rétablir le processus dans une logique constitutionnelle. Mais, si chaque deux ou trois ans on fait et défait les gouvernements, on n'atteindra aucun objectif» prévient-il avec philosophie.
Non, chacun pour ses raisons
Les interventions des parlementaires dans le cadre du débat général peuvent à grands traits se répartir en quatre catégories : les députés des partis au pouvoir et notamment ceux de Nida Tounès, très critiques et virulents, ils ont accusé Habib Essid de tous les maux en défendant absolument l'initiative du président de gouvernement d'union nationale. Essid, pour avoir manqué d'objectifs, de persuasion politique et de réalisations économiques, est l'homme à abattre. Les élus d'Ennahdha, eux, mi figue-mi raisin, semblent avoir eu pour consignes de rester mesurés dans le propos, pour acquérir, sans doute, les statures d'hommes et de femmes d'Etat, ou d'arbitres. En tout état de cause, leur argumentation était plutôt mielleuse, du style : « Nous cultivons un infini respect pour vous et pour tout ce que vous avez accompli avec votre équipe, mais nous allons voter contre vous, n'y voyez surtout aucune malveillance» ! Les députés du bloc El Horra qui occupent pour l'heure la zone grise, ni dans l'opposition ni dans le pouvoir, voteront, eux aussi, contre la confiance ou s'abstiendront, chacun ayant des raisons propres. Qui profite pour faire sa petite promo, « Habib Essid n'ayant rien fait pour sa région », qui préconise « un gouvernement de technocrates pour relever les défis économiques et sociaux », comme si Habib Essid était un politique. Les élus de l'opposition, eux, voteront également contre la confiance au gouvernement, comme ils l'on fait précédemment d'ailleurs, ont-ils tenu à le rappeler, parce qu'ils contestent le système politique, celui des quotas, le modèle économique, libéral, commandité par les organismes internationaux, ils n'y voient donc « qu'une pièce de mauvais goût, un jeu de chaises musicales » avec à la clé un échec assuré pour le futur gouvernement.
Question : pourquoi les partis dominants, notamment Nida Tounès, ont tout fait sans y parvenir pour éviter la plénière contre le vote de confiance ? Parce que celle-ci a été l'occasion pour ouvrir la boîte de Pandore. Toutes les dérives des partis politiques au pouvoir et de l'exécutif, des plus petites bévues aux grosses bourdes, ont été exposées au cours de cette longue séance publique. Cela commence par l'inauguration d'un café par cinq ministres, par l'ingérence de la famille dans les affaires de l'Etat, par les affaires des assassinats politiques non tirées au clair, en passant par l'instauration de la corruption en système et le règne des lobbys, jusqu'aux élucubrations de certains ministres, « déloyaux envers leur chef en train de faire des pieds et des mains pour figurer dans le futur gouvernement ». Les députés de l'opposition ont tenu à faire valoir que si échec il y a, il est imputable à la coalition au pouvoir et à toute l'équipe et non pas à la personne de Habib Essid exclusivement. « Partez tous et ne revenez pas », leur lancent des élus du Front populaire.
Sur ce champs de tirs croisés, certains ministères ont été évalués favorablement: l'Education, l'Intérieur, la Défense, avec le vœu cher de les placer à l'abri des enchères politiques.
Au final et au gré des interventions des députés, Habib Essid a été salué, presque à l'unanimité, pour son intégrité, son patriotisme, qualité suprême par les temps qui courent, et pour son sens élevé de l'Etat. Il y a un peu plus d'un an, cet homme filait une paisible retraite dans son verger, il a été arraché à son monde pour être jeté au cœur de la tourmente avec le titre pompeux de chef de Gouvernement. En réalité, on voulait en faire, tout juste, le premier des ministres. Il a tout simplement dit non.


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