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Christiane Taubira, une femme de tous les combats
Rencontre avec le public tunisien
Publié dans La Presse de Tunisie le 10 - 03 - 2017

«L'économie ne peut pas que produire des subsides, elle est moyen de faire société, de produire des richesses mutualisées, investies dans des services publics, dans l'éducation et l'accès aux soins»
Pour célébrer la Journée mondiale de la femme, l'Institut français de Tunisie a vu grand. Invitant une icône dont la ténacité et la verve sont connues en France, dans son pays d'origine, la Guyane, et dans diverses contrées du monde. Christiane Taubira, femme politique, universitaire, intellectuelle qui aime lire et écrire, pour répondre à « un besoin vital », s'est livrée au jeu des questions-réponses.
Sous l'immense tente blanche, un large public s'est déplacé. Nombreux ceux qui ont dû suivre debout une rencontre à la fois intimiste et générale avec l'ancienne Garde des sceaux. Elle a parlé de sa jeunesse, de ses combats, de ses idéaux, des grands esprits dont elle s'inspire, de ses obsessions. L'ambassadeur français à Tunis, Olivier Poivre d'Arvor, aimant à rappeler qu'il a dirigé la radio France culture, lui donnait la réplique.
La phrase programme, « je n'ai peur ni du racisme, ni du sexisme, ni de la bêtise », une de ses citations les plus caractéristiques de son parcours et de son être, a été le point de départ d'une confession à cœur ouvert. Déjà au collège, Christiane Taubira conduisait des grèves. Lycéenne et étudiante, elle défendait la cause indépendantiste. Députée et ministre de la Justice, elle a continué à croiser le fer avec toutes les formes d'injustices. Face à une salle attentive, elle révèle, non sans émotion, le point de départ de son engagement. Elle avait été une fois témoin d'une injustice qu'elle n'a pu empêcher. Ce souvenir « d'impuissance » continue de l'obséder longtemps, peut-être aujourd'hui encore; puisqu'elle a vécu toute sa vie « à essayer de réparer une injustice que je n'ai pas commise ».
Arroser les idéaux
Elle évoque le président Mitterrand, élu en 2001, ses réalisations à l'instar de la suppression de quelques juridictions d'exception. Taubira, députée alors, lui envoya une lettre pour défendre la cause de la Guyane, Outre mer. Il l'avait reçue trois fois. Souvenir lointain qu'elle évoque avec un sourire discret et un regard perdu à travers les souvenirs lointains des entretiens avec le grand homme.
L'ambassadeur lui rappelle la loi qui porte son nom. Prenant de la hauteur pour dépasser sa propre personne, elle reconnaît l'importance de l'équation personnelle, «une personne au bon moment, au bon endroit peut changer les choses », mais jamais toute seule, a-t-elle tenu à préciser.
Cet engagement qu'elle a pris à bras-le-corps doit continuer, même si « personne ne vous voit, ni ne vous juge, vous n'avez pas le droit de composer, de tricher », ordonne-t-elle. Pour la dame qui, visiblement, compte des fans en Tunisie également, « c'est cela l'engagement ». Un engagement idéaliste, désintéressé et constant.
La réalité sans idéal n'a ni valeur ni brillance ni intensité, c'est pourquoi celle-ci a besoin d'être nourrie par des idéaux. Une doctrine de vie qui s'étend aux yeux de Mme Taubira à la politique. C'est pourquoi encore elle « arrose (mes) idéaux tous les matins pour être sûre que ça fleurisse ».
L'économie au service des êtres humains
Interrogée par M. Poivre d'Arvor sur la loi qui porte son nom. Elle répond sans détour mais avec humilité, «l'équation personnelle peut changer. Une personne au bon moment au bon endroit peut changer les choses mais jamais toute seule». Evoquant des souvenirs récents à travers les rudes débats parlementaires, les invectives et les attaques dont elle avait fait l'objet, elle se raconte : «J'ai livré des batailles, encaissé des coups terribles mais en m'inscrivant toujours dans une lignée et avec une reconnaissance sans limites vis-à-vis de celles et de ceux en Guyane, en France et partout dans le monde se sont battus pour les droits».
Sur les systèmes économiques et la globalisation, elle répond avec sa légendaire répartie, que selon le prix Nobel Amaryta Sen, l'économie est une science morale. Par voie de fait et contrairement à la réalité présente, si l'économie n'est pas au service des êtres humains, elle devient monstre. Femme de gauche, elle persiste et signe ; « l'économie ne peut pas que produire des subsides, elle est moyen de faire société, de produire des richesses mutualisées, investies dans des services publics, dans l'éducation et l'accès aux soins ».
Faisant le parallélisme entre les idées et les systèmes économiques, elle renchérit: «Il y a quelque chose d'éternel dans les idées, alors que les systèmes économiques changent, deviennent obsolètes». En ce moment, a-t-elle accusé, de bouleversements, de domination des logiques économiques et de complications qui font le terreau des populistes, selon lesquels il est simple de se sortir de ces complications en détestant l'étranger, l'autre, le différent, source de tous les maux.
La matrice de toutes les inégalités
«Vous avez employé le mot féminisme, l'interpelle l'ambassadeur, cela fait très longtemps que je ne l'ai pas entendu». «Oui il faut oser le reprendre, répond-elle, avec ses dysfonctionnements, parce que le féminisme est humanisme. La centralité des inégalités, c'est l'inégalité homme-femme», estime-t-elle encore. « Ces inégalités entre les hommes et les femmes sont fondées sur un fait de nature qui n'a pas de pertinence scientifique ». Cette inégalité étant matricielle de toutes les autres formes d'inégalités, si on la tolère, on tolère toutes les autres discriminations. Au contraire, « lorsqu'on exige l'égalité entre les hommes et les femmes, on prépare des sociétés égalitaires », a-t-elle décrété.
Celle qui ne se reconnaît aucun droit au repos, qui n'accepte pas les injustices, ni de détourner le regard, est tout de même fière de sa jeunesse et de ses combats. Applaudie par la salle plusieurs fois, elle avait les yeux qui brillent des belles personnes, celles qui se hissent sur les hauteurs, toujours avec la plus grande dignité.


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