En place depuis trois saisons, l'entraîneur Mohamed Kouki a très mal vécu la dernière grève des joueurs, allant jusqu'à annoncer son retrait. Il estime ne plus trouver les conditions d'un travail serein. «Le boycott des entraînements et les différentes formes par lesquelles les joueurs protestent contre les retards de paiement constituent l'un des problèmes fondamentaux de l'heure. Jusque-là, nous pensions être un des clubs favorisés à partir du moment où la Compagnie des Phosphates de Gafsa nous apporte une subvention annuelle de 1,2 million de dinars. C'est la troisième fois de la saison que les joueurs observent la grève. Cela ne sera pas simple d'ici le 18 mai et la fin de la compétition. Il y a quatre salaires encore à payer, en plus de deux tranches des primes de signature, et des primes de victoire. A priori, une subvention de l'ordre de 600 mille dinars provient du ministère, en plus de l'argent de la télévision. Mais, finalement, cet argent n'est jamais versé dans sa totalité. Aucun président de club n'aime vraiment donner une mauvaise image de son club. Ce n'est jamais de gaieté de cœur que les joueurs ne sont pas payés à temps. Toutefois, les joueurs sont dans leur droit. Ils perdent de leur concentration. Imaginez un fonctionnaire qui reste deux ou trois mois sans percevoir ses salaires alors qu'il a un tas d'engagements de tous ordres. Cette situation ajoute au déclin du régime professionnel dans notre pays. La qualité du rendement du joueur s'en ressent. Cette situation que l'on retrouve quasiment dans tous les clubs du pays n'est pas faite pour permettre un travail serein des entraîneurs. Les joueurs n'ont plus parfois la tête au football. «Plafonner les salaires et compter sur le vivier» Bien entendu, il y a toujours moyen de remédier à la situation en commençant par plafonner les salaires des joueurs et entraîneurs. L'effort consenti jusque-là dans ce sens me paraît insuffisant. Il faut également multiplier les actions de partenariat avec les entreprises publiques genre CPG ou GCT. Ces entreprises doivent prendre en charge les salaires des joueurs et entraîneurs, soit le chapitre le plus important parmi les dépenses des associations. Le bureau directeur peut se charger du reste et drainer les fonds nécessaires. Par ailleurs, les clubs ne doivent pas dépasser leurs budgets prévisionnels. Ils doivent s'en tenir à la politique de leurs moyens. A quoi peut bien servir la fuite en avant à laquelle nous assistons aujourd'hui ? Dépenser trois milliards alors que les recettes ne sont que de deux millions de dinars, par exemple. Beaucoup de clubs recrutent à bras-le-corps sans regarder à la dépense. L'ardoise est salée en fin de saison. Mais on ne peut plus revenir en arrière. Il y a un créneau qui peut aider à faire face à la crise: c'est la formation des jeunes. Un joueur issu de votre centre de formation ne vous coûtera pas autant qu'un autre recruté ailleurs. Bref, il faudra tôt ou tard réviser le cahier des charges du football professionnel. Equilibrer les budgets reste un art difficile, pas seulement au niveau des associations sportives. Toutefois, il faut savoir honorer correctement ses engagements à l'endroit des joueurs qui ont choisi de faire du foot leur métier, leur seule source de revenus».