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Un autre patrimoine national en péril ?
Sabra Al Mansouriyaa
Publié dans La Presse de Tunisie le 02 - 03 - 2011

Sabra Al Mansouriyaa (Kairouan), une ville du Moyen Age musulman tunisien, connaît au niveau de son site archéologique une véritable agression suscitée par une accélération, depuis deux mois, du rythme des constructions anarchiques et illégales, mettant en danger le prestigieux patrimoine archéologique enfoui encore dans son sol. Sabra Al Mansouriyaa connaîtra-t-elle le même sort que Carthage avec les mêmes régressions continues de la superficie de son site archéologique?
Carthage mieux lotie et plus avantagée au niveau de la protection, elle a pu susciter une campagne nationale et internationale vigoureuse pour sauver le parc archéologique Carthage-Sidi Bou Saïd. Cette campagne a abouti à l'annulation de tous les décrets de déclassement de presque 20 ha de son site. Pourquoi ne pas entreprendre la même campagne pour préserver le site de Sabra? Sabra ne représente-t-elle pas un site aussi important pour notre histoire que celui de Carthage ou celui de Dougga ou même celui de Kerkouane?
Les sites puniques ou romains sont aussi importants que les sites musulmans dans notre pays.
Le patrimoine musulman nous importe, tout autant que ceux développés sur notre territoire depuis la préhistoire jusqu'à nos jours.
Pourquoi alors laisser dépérir ce patrimoine? Il faudrait tout de suite prendre les mesures pour préserver Sabra de tous les prédateurs, la sauvegarder et entreprendre immédiatement une reprise systématique des fouilles, afin de mettre en valeur culturellement et scientifiquement les résultats obtenus par les recherches passées et futures.
Sabra vaut bien qu'on s'y intéresse ! Sabra nécessite bien un autre site archéologique de notre pays. Et pourtant, son site n'a pas connu les mêmes mesures de protection que les autres sites.
Comme une peau de chagrin
La surface du site de Sabra a connu une régression continue et cela en faveur essentiellement des constructions modernes. C'est ainsi qu'il a perdu suite à un déclassement effectué fin des années 90, une surface de huit hectares.
La superficie du site diminue continuellement, du fait de l'invasion qu'elle subit aujourd'hui par des constructions illégales. Cette invasion dépasse déjà les limites des fouilles effectuées entre 2003 et 2007. Ces fouilles, très importantes, se sont déroulées dans le cadre de la coopération tuniso-européenne et ont connu un succès qui est en train d'être évalué, mais qui s'annonce déjà significatif.
Ces fouilles ont déjà mis en valeur des vestiges de structures urbaines et hydrauliques de la ville fatimide, ainsi que des éléments d'architecture… des claustras, etc.
Les objets découverts en très grand nombre dans le site racontent la grande activité et la grande production de l'artisanat développé par cette très grande ville fatimide.
Les ateliers de céramique fatimide ont livré des céramiques vert - brun ou jaune - blanc, mais aussi à reflets métalliques.
Les ateliers de verre ont livré, depuis longtemps, beaucoup d'objets soufflés tels que balsamaires, à panse cylindrique, des gobelets, des carafes ou des lampions ou même celles des lanternes du temps de Muizz Ibn Badis.
Des milliers de pièces de monnaie (en pâte de verre ou en bronze) ont été découvertes dans ce site qui semble contenir des couches archéologiques indiquant la succession de couches archéologiques nombreuses donnant une idée de la succession du temps et de l'histoire de cette ville.
La ville a servi, après sa destruction, comme carrière de matériaux de construction pour des dynasties qui ont utilisé les colonnes et chapitaux dans les constructions hafsides de Tunis ou d'autres villes.
Un livre, concernant la richesse des découvertes archéologiques livrées par cette ville, est sur le point d'être publié surtout par rapport à la campagne de fouilles de 2003-2004.
La liste des objets découverts, non encore exhaustive, prouve que le site de Sabra n'a pas encore livré tous ses secrets. Il ne mérite pas d'être délaissé ainsi jusqu'à devenir un dépotoir d'ordures.
Notre patrimoine mérite -t-il qu'on le laisse subir les insultes du temps et le silence des autorités de tutelle? La municipalité de Kairouan, alertée par les responsables du site sur les atteintes à l'intégrité de Sabra, ne réagit nullement et laisse faire.
Les découvertes archéologiques de Sabra semblent ne représenter qu'une infime partie de ce qui est encore enfoui sous terre. Toute attaque, toute atteinte au site de Sabra signifie la perte à tout jamais de notre patrimoine et des milliers d'éléments des vestiges que contient sûrement encore Sabra Al Mansouriyaa.
Peut-on encore sauver Sabra avec ses 43 hectares restants et peut-être récupérer les huit déclassés?
Les responsables du site, les chercheurs inquiets de voir notre patrimoine menacé en ces moments troubles, doivent être soutenus pour, au moins, défendre le site, en attendant des mesures plus concrètes pour le mettre en valeur. Sabra possède une histoire prestigieuse, l'évoquer aujourd'hui aidera à montrer l'importance de cette cité de tous les points de vue.
Sabra la Fatimide : son histoire
Sabra fut, pendant 30 ans, la capitale d'un califat qui rayonnait sur tout le Maghreb et qui fit figure de la plus grande puissance en Méditerranée le long du Xe siècle. Plus tard, elle devint la métropole d'un émirat florissant qui n'a cessé de se développer avant de péricliter au milieu du XIe s. sous les coups des invasions hilaliennes.
Sabra fut édifiée par le troisième calife fatimide, Al Mansour. En effet, après la révolte de Abû Yazîd (l'homme à l'âne) qui mit le califat fatimide à deux doigts de sa perte, Al-Mansour parvint à pacifier le pays et à vaincre les kharijites. Il se réconcilia avec les Kairouanais et installa sa nouvelle capitale Sabra Al-Mansouriyya à leurs portes, à l'emplacement de son campement lors de la bataille décisive de Kairouan. La nouvelle ville tira d'ailleurs son nom, d'après al-Muqaddasi, de la résistance et de la patience (sabr) de son armée face au déferlement des troupes kharijites. Les travaux, commencés en 947, durèrent moins de deux ans.
Sabra fut construite selon un plan circulaire et entourée d'un rempart en pisé ayant plus de 5m d'épaisseur. Elle fut pourvue de quatre portes [la porte du Sud (Bab al-Qibla), la porte orientale (Bab Zawila), la porte occidentale (Bab al-Futûh) et la porte septentrionale (Bab Kutama)].
Une cité multidimensionnelle
Al-Mansour se limita à l'édification de son palais et à l'aménagement de l'espace nécessaire à l'établissement de plus de quatre mille familles venant des tribus Kutama. L'urbanisation accélérée de la ville date du règne d'Al-Mu'izz (951-972). Plusieurs palais furent érigés dont celui du calife et le palais d'Al-Mu'izziyya; le plus somptueux aurait été le Qasr al-Bahr dans lequel il creusa un bassin grandiose surnommé Birqat al-Bahr, au milieu duquel s'élevait un château appelé al-Khawarnaq. Le salon du camphre, la Pierre du diadème, le Salon de Myrte en furent peut-être des dépendances. Al-Mu'izz y aménagea jardins et vergers. La ville fut alimentée en eau grâce à des citernes qui récupéraient les eaux de pluie mais surtout grâce à un système hydraulique qui captait et canalisait l'eau souterraine de la région de Chréchira à 25km à l'ouest de Kairouan. Un système qui comportait des bassins de décantation, deux conduites superposées dans un mur de blocage et un pont-aqueduc au niveau de l'oued al-Mûta. Les vestiges de ces installations hydrauliques imposantes, qui traversent vallées et collines, sont encore visibles sur le terrain.
Sabra ne fut pas seulement une ville de plaisance. Elle devint une cité commerçante. Al-Mu'izz ordonna d'y transférer une partie des bazars et boutiques de Kairouan ; commerçants et artisans s'y installèrent et al-Bakri rapporte qu'«on percevait chaque jour, à une seule de ses portes, 26.000 dirhams de droits de péage». Sabra devint la rivale triomphante de Kairouan et absorba une partie de son activité. Al-Mu'izz la dota, en 953, d'une mosquée cathédrale, complétant ainsi les conditions nécessaires à la vie d'une grande cité.
Après le départ d'al-Mu'izz pour Le Caire, en 973, la ville resta le siège du gouverneur de l'Ifriqiya avant que le prince ziride al-Mansour n'y transfère le siège de son royaume.[Il y édifia en 986 un palais dont les dépenses s'élevèrent à 800.000 dinars]. La ville ne cessa de se développer et, selon al-Bakri, elle renfermait à l'époque plus de trois cents bains, privés pour la plupart.
L'accroissement urbain nécessita de la part d'al-Mu'izz ibn Badis, dont la magnificence est légendaire, la reconstruction de nouveaux remparts. Ainsi, la ville initiale édifiée par al-Mansour ne constituait plus qu'un simple noyau, un siècle seulement après sa fondation.
Mais la cité fut frappée par les invasions hilaliennes; ces tribus envoyées par le calife fatimide Al-Mustansir pour châtier le prince ziride al-Mu'izz qui avait abjuré le chiisme, déferlèrent sur elle et la saccagèrent. Elle fut complètement ruinée avant de sombrer dans l'oubli.
Abandonné par une grande partie de ses hommes, al Mansour cria «Patience, serviteurs du chef des croyants». Le lieu s'appela désormais Sabra, perdant le nom de Sub al jamal «l'échine du chameau» qui avait été le sien jusqu'à ce moment. Ces versions des faits laissent les historiens sceptiques quant aux véritables causes cohérentes au choix du nom de Sabra et qui d'ailleurs ne figure pas sur la désignation officielle de la ville. Le texte d'al Qadi al-Numân, le panégyriste d'al Mu'izz, dans son œuvre al Majâlis wal-musayyarat, permet de jeter quelques lumières sur la question. En effet, le calife al-Mu'izz saisit l'occasion pour prouver la patience dont ont toujours fait preuve les saints hommes de Mahdia et de la Sabiriyya.
La «patiente»
Or, tout porte à croire qu'il s'agit là d'une faute de copiste et que la vraie transcription serait as-Sabira, la patiente, ce qui nous autorise à penser que la désignation officielle de la cité d'al Mansour serait as- sabira al mansuriyya. Cette thèse est corroborée par la tradition suivie par les Fatimides de désigner leurs nouvelles fondations par deux épithètes à l'exemple de Mahdiyya al-Baydha' (la blanche), as Sabira al Mansuriyya (la patiente) et al-Qahira al-Muizziyya (l'opprimante) .Or la parenté entre les deux dernières désignations est vraiment frappante, chacune s'appliquant à un contexte d'une phase défensive particulière du califat. Mais les sources permettent d'ores et déjà de dégager un aspect important de la morphologie urbaine de la ville et d'affirmer que l'urbanisme de la cité reflète la doctrine chiite et le credo fatimide. En effet, contrairement au plan de la cité musulmane classique où la mosquée occupe une position centrale à côté de Dar al Imâra, dans la cité fatimide, la résidence de l'Imam constitue le noyau central et la mosquée se trouve dans une position exiguë. D'ailleurs, depuis sa fondation et pendant 15 ans, Sabra restera sans mosquée cathédrale, ce qui aurait été une aberration dans une cité sunnite. L'imamat constitue le pilier du dogme chiite et l'imam se présente comme détenteur de tous les pouvoirs temporel et spirituel et héritier du Prophète. A Mahdiyya, les palais du Mahdi et d'al Qa'im dominent la colline alors que la mosquée se trouve en bas dans le terrain gagné sur la mer. De même, au Caire, la mosquée al Azhar se trouvait dans une position désaxée loin du palais d'al Mu'izz.
Cette histoire grandiose de Sabra ne peut pas être oubliée. Sa résurrection symbolique devrait être réalisée pour le bien de notre patrimoine et de son histoire.
Abandonner son site et laisser son occupation se faire et permettre les constructions de maisons individuelles sur ses vestiges est une sorte d'abandon d'un aspect important de notre patrimoine. Nous invitons toutes les institutions culturelles à prendre toutes les mesures pour éviter la détérioration de Sabra et pour clamer haut et fort sa vocation d'un patrimoine intangible de notre pays.


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