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L'innovation technologique au service de la croissance verte
Développement durable

Croissance verte ou économie durable, le terme qui met en évidence l'apport économique et financier du développement durable (analyse qualitative et quantitative, faite dans un article précédent). Certes, il était facile de prouver le gain réalisé suite à l'adoption d'une politique environnementale efficiente, à travers des études statistiques faites par plusieurs organisations mondiales telles que l'Ocde. Cependant, une difficulté se trouve au moment de la traduction de ces ambitions environnementales en termes de stratégies suivies. En effet, la première question serait : comment passer du modèle économique actuel à un modèle de croissance verte ? Pour cela, devrions-nous aborder des réformes administratives, ou devrions nous commencer par des réformes politiques ? La voie d'une réforme fiscale serait, peut-être, envisageable en premier lieu, ou bien la question des subventions destinées aux projets durables devrait la précéder ?
Plusieurs questions pourraient être énumérées, et en contre partie des pays ont fourni des réponses à travers la mise en place des structures organisationnelles pour lancer les politiques environnementales. Toujours en commençant par des réformes politiques, le triangle géographique droit formé par le Canada au sommet, les Etats-Unis à gauche et le Royaume-Uni à droite (les cas présentés au niveau de l'article précédent et qui ont prouvé l'efficacité de l'utilisation d'une politique environnementale) a mis en place des structures organisationnelles –même si les modèles diffèrent d'un pays à un autre— afin de stimuler le lancement d'une politique de développement durable. Le sommet de notre triangle géographique, le Canada, a choisi une politique de centralisation. En créant un poste de commissaire à l'environnement, le Canada centralise le rôle de suivi et de vérification sur ce poste. Ce dernier vérifie, d'une part, les écarts entre les objectifs fixés pour la politique environnementale, et les réalisations observées. D'autre part, cette unité centrale est responsable du suivi de la bonne mise en place d'un processus efficace d'intégration du développement durable au sein du tissu industriel. Quant à l'angle droit du triangle, les Etats-Unis suivent une politique environnementale décentralisée. Avec des pouvoirs uniformément répartis entre le gouvernement fédéral et les Etats américains, les autorités américaines travaillent sur la mise en place d'une politique environnementale efficiente. Toutefois, cette politique décentralisée est accompagnée par un organisme central (le Conseil Présidentiel sur le Développement Durable, Cpdd) ayant pour mandat de recommander une stratégie d'action nationale. La présence de ce dernier donne un aspect mixte à l'organisation de la politique environnementale des Etats-Unis. Encore avec des stratégies différentes, le troisième sommet du triangle géographique s'est présenté avec un plan d'action intitulé, A better quality of life : A strategy for sustainable dévelopment for the UK. En effet, sans création d'unité ou d'organisme spécial, le gouvernement britannique a pris en main ce plan politique depuis mai 1999, dans le but de mettre en place une stratégie de long terme qui stimulera le développement durable afin de métamorphoser l'économie actuelle vers une économie verte.
Avec des stratégies politiques différentes, ces pays tendent à réaliser à long terme une croissance verte. En d'autres termes, en partant d'un but commun, réalisation d'une croissance verte, ces pays, ainsi que plusieurs autres fondateurs de politique environnementale, suivent des stratégies divergentes. Cette constatation est vraie dans sa forme, mais elle reste insuffisante dans son fond. En effet, outre les stratégies organisationnelles, administratives et politiques, les pays travaillant sur le développement durable misent beaucoup sur l'innovation technologique et sur la recherche et le développement. Ces pays se sont mis en accord sur la proposition qui affirme que la science et l'innovation technologique sont les serviteurs principaux du développement durable. Certes, l'innovation technologique et scientifique figure de nos jours parmi les causes d'un développement non durable. Paradoxalement, elle est l'une des réponses les plus importantes aux défis de l'environnement et du développement durable. Un raisonnement mathématique simple pourrait nous mener à une telle affirmation. En effet, l'innovation technologique actuelle est la source de la croissance économique actuelle (le développement des procédés industriels, la minimisation des coûts de production grâce à des technologies de pointe, la facilitation des transports qui augmente la fréquence des échanges économiques…). Or, on veut métamorphoser la croissance économique actuelle vers une croissance économique verte, donc on devra d'abord transformer l'innovation technologique actuelle vers une innovation technologique au service du développement durable par la suite au service de la croissance verte.
Depuis le début de notre analyse sur le développement durable (même au niveau de l'article précédent), on s'est focalisé sur le rôle de l'Etat dans le lancement de l'appareille du développement durable. Notre analyse nous a mené, petit à petit, à conclure quant à l'importance du rôle de l'innovation technologique dans les politiques environnementales. En effet, la dernière constatation affirme que la métamorphose économique ou environnementale désirée ne pourra se réaliser qu'à l'aide d'une transformation des processus de l'innovation technologique. En parlant des processus d'innovation, on fait appel à la stratégie d'innovation au sein de l'entreprise et, par la suite, on engage les entreprises dans l'action de métamorphose de l'innovation technologique vers une innovation au service de l'environnement. Pour l'entreprise, l'innovation technologique désigne un processus qui inclut non seulement la technologie elle-même, mais aussi tout son cycle de vie : conception, diffusion, marché, perfectionnement, déclin. L'innovation est un processus économique qui fait intervenir des variables, telles que la rentabilité, la compétitivité, l'investissement… Vu la complexité et l'importance du sujet de la méthodologie d'innovation au sein de l'entreprise, on essayera, uniquement, dans ce qui suit de donner une piste d'idée quant à la nature de l'innovation technologique favorable au développement durable.
Entre une technologie de nature additive et une technologie de nature intégrée, l'entreprise choisit sa stratégie d'investissement durable en fonction de son organisation interne. Pour les technologies additives, il s'agit des dispositifs qui sont ajoutés aux procédés ou aux produits existants, de manière à réduire les dommages environnementaux liés à la production ou à la consommation. Ces dernières englobent également des technologies de mesure et de contrôle, de prévention des risques, de réduction des déperditions énergétiques. Les technologies additives ne requièrent pas toujours un effort significatif de recherche et développement. Elles peuvent aussi provenir de combinaisons astucieuses de techniques existantes. Quant aux technologies intégrées, les caractéristiques environnementales sont incorporées dans la conception même du procédé ou du produit. Toutefois, elles nécessitent un effort de recherche et développement et elles recourent également à de nouvelles méthodes de conception, comme l'analyse du cycle de vie (LCA ou écobilan) ou l'analyse de filière de produit.
Outre les natures technologiques, le choix de la méthodologie de l'innovation diffère d'une entreprise à l'autre. En effet, dans plusieurs études théoriques, une distinction est faite entre l'innovation incrémentale et l'innovation radicale au sein de l'entreprise. Les innovations incrémentales sont des perfectionnements apportés aux produits ou aux techniques de production, de manière à améliorer la qualité, la productivité et la diversité. Elles surviennent de manière continue au fil de l'histoire des techniques. Par conséquent, elles n'apportent pas de bouleversement important, mais sont essentielles pour expliquer les gains de productivité et les conquêtes de parts de marché. Les innovations radicales, par contre, constituent des ruptures dans l'évolution des procédés ou des produits, impliquant une transformation des méthodes de production ou de commercialisation, ainsi qu'une évolution des qualifications professionnelles. Elles ne surviennent pas de manière continue dans le temps. La convergence de nombreuses innovations radicales, corrélées entre elles, peut donner naissance à un nouveau système technique.
En combinant les deux approches, on pourrait déterminer la stratégie de l'innovation technologique d'une entreprise. En effet, son choix de méthodologie nous donne une vision sur le futur des processus de production, et en ajoutant la nature des technologies adoptées, on peut définir la stratégie d'innovation technologique de long terme au sein de l'entreprise.
Toute notre analyse, depuis l'article précédent, a suivi une logique mathématique qui nous mènerait à des conclusions importantes. En effet, en partant d'un problème environnemental, on a prouvé les vertus du développement durable sur le plan économique, en définissant une croissance verte basée sur des technologies propres. L'importance de la variable technologique dans le processus de métamorphose du moteur économique actuel, se manifeste à travers les changements qui doivent survenir sur les méthodologies de l'innovation technologique. Ce dernier terme a fait appel aux engagements des entreprises sur ce plan d'action environnemental, comme acteurs. clés du tissu économique. Certes, comme on a évoqué dans notre analyse, l'innovation technologique ne pourra être stimulée qu'en définissant des actions et des méthodologiques stratégiques par l'entreprise. Mais, en réalité le cœur du moteur de l'innovation technologique reste fortement lié à la recherche scientifique. En d'autres termes, on ne pourra jamais réaliser des stratégies d'innovation technologique efficientes, en omettant le secteur de la R&D au sein de l'entreprise. Par conséquent, ces agents économiques sont appelés à s'engager dans le financement de la recherche appliquée au sein de leurs laboratoires afin de définir des procédés industriels propres et efficaces au service d'un développement durable.
Contrairement à l'analyse de l'article précédent, au cours de cet article, on n'a pas évoqué le cas de la Tunisie. Toutefois, on a présenté des modèles stratégiques du développement durable et on a même montré quelques solutions suivies par d'autres pays. Ces modèles pourraient bien être le point de départ du lancement d'une stratégie environnementale en Tunisie. En examinant ces propositions, la Tunisie doit se doter en premier lieu d'une forte infrastructure dans le secteur de la recherche et le développement. Pour ce faire, le gouvernement tunisien est appelé à rapprocher le monde universitaire du monde professionnel, afin de transformer la recherche théorique dans nos universités en une recherche appliquée qui essayera à moyen-long terme de donner des solutions aux industriels et aux entreprises. Une telle réforme universitaire aidera, sans doute, la Tunisie à renforcer l'innovation technologique, donc elle minimisera les coûts de la politique environnementale et elle encouragera par la suite les entreprises à adopter de telles transformations technologiques. Et en suivant notre raisonnement, par la favorisation de l'innovation technologique propre, la Tunisie gagnera le défi en métamorphosant son tissu économique actuel en un tissu économique vert.


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