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Sitôt nommé, on le vide : Pudeur et impudeur des affranchis
La chronique de youssef seddik
Publié dans La Presse de Tunisie le 14 - 04 - 2011

Ne me demandez pas pourquoi je me trouve parfois déprimé, gêné jusqu'à l'envie de devenir transparent quand j'évoque certains de mes amis, de mes collègues, et même de mes connaissances lointaines, qui ont profité du régime déchu au-delà de ce que leur permettaient leur compétence ou leur savoir. Rassurez-vous, et qu'ils se rassurent, ma retenue m'interdit de nommer ces gens-là, ou de donner, ici, le moindre indice pour que le lecteur puisse les identifier, mais tous et toutes ont assez d'intelligence pour se reconnaître comme devant un miroir. Tel philosophe dont j'ai lu parfois avec jouissance les publications, tel anthropologue qui a étudié selon les normes de l'académisme, un fait original des constantes culturelles ou mythologiques de notre pays, telle historienne paradant avec la plus haute décoration, tel enfin cet homme de science ou de droit que la dictature avait gratifiés d'un poste de secrétaire d'Etat ou de ministre dont ils se sont tant réjouis. Tout ce beau monde a eu d'un coup l'amnésie de son passé récent pour se mettre aujourd'hui au service de la révolution et de ses institutions provisoires ou à venir.
Devant une telle aberration, je me fais généralement tout petit et évite au mieux possible d'aller au- devant de tel ami ou de tel collègue ainsi métamorphosés de crainte qu'entre nous s'installe cet entendu tacite où je le sens me suspecter de lui en vouloir, et où moi-même je cherche la mine la plus convaincante pour le rassurer dans ce face à face mondain. Il m'est arrivé cependant de croiser quelques-uns de ces citoyens libérés depuis le 14 janvier de la dictature comme de leur propre allégeance à elle. Sages et désireux de sauver la dignité d'une relation collégiale ou même quelque peu affectueuse, nous avons soigneusement évité d'aborder la question de leurs forfaitures passées, de leurs privilèges indus ou de leurs lubriques et comiques dithyrambes à la gloire d'un Ben Ali « atteignant ou surpassant la pensée de Heidegger ou de Kant », selon certaines de leurs déclarations publiques.
Mais le mal-être atteint à son comble quand j'apprends que ces collègues ou ces connaissances de la rue intellectuelle d'hier ont cherché avidement et obtenu une promotion parfois dès les premiers jours de « l'ère réellement nouvelle », eux qui avaient tout fait, tout dit pour insulter et repousser l'échéance du sursaut libérateur. Je me sens alors atteint en eux d'une blessure au cœur de l'orgueil humain. Du coup, imaginez mon désarroi, quand au coin d'une rue ou attablé au bistrot que je fréquente, il m'arrive de rencontrer un de ceux qui aussitôt nommés à une haute fonction ont été forcés à se démettre ou à « dégager » sous la pression de toutes les victimes de la dictature, celle de ce sujet anonyme et impitoyable qui les déclare, cette fois-ci, et au et regard de tout le monde, comme usurpateurs.
Pour toutes ces ratées, je n'en veux pas à un Premier ministre tout à la fois désemparé devant l'immensité et la complexité d'une mission inédite pour lui et nostalgique des temps bourguibiens, qu'il ne cesse de bénir et de conjurer comme mime du chef défunt et comme disciple d'un autoritarisme légitimable par le souci de préserver le «prestige de l'Etat», haybat al-dawla. Sauf que Bourguiba, lui, savait le faire, et ne mimait personne. Je n'en veux pas non plus à tel ou tel ministre qui, pris dans l'urgence et la peur du vide, n'a de recours que de «prendre les mêmes» pour recommencer afin de justifier lui-même la prise d'un portefeuille seulement établie sur le fameux «il n'y a pas mieux».
J'en veux, mais profondément, au manque d'imagination de tous, et à cet oubli ravageur aujourd'hui, à ce déni de la réalité qui consiste à s'entêter pour ne pas voir, comme le tartufe du sein dévoilé, la vigueur et la beauté de cette révolution qui persiste ici, chaque fois que le gouvernement paresseux ou sournois, attentiste ou hautain, essaie de tromper la vigilance d'un public qui ne croit plus à une monnaie dont l'aloi est désormais terni et qui n'a plus cours.
Et s'il faut, ici, donner un conseil à ces individuels, savants, grands « profs‑» et bons artistes, qui ont lustré d'un vernis coupable la dictature et sa mafia, c'est qu'ils retournent désormais à leur juste place et se fassent oublier un moment, le temps pour cette révolution d'en découdre avec ses véritables ennemis et de trouver une sérénité qui permettra à la Tunisie d'écouter les mots de leur repentir et de les absoudre.


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