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L'épouvantail
La chronique du Dimanche
Publié dans La Presse de Tunisie le 08 - 05 - 2011

Les dés sont jetés : le gouvernement provisoire, suivant en cela la Haute Instance, a fait son choix en matière de système électoral : le ‘scrutin de liste' et la proportionnelle avec la répartition selon les plus grands restes. Il s'est laissé convaincre que ce système est le plus juste et, en même temps, qu'il donnera leurs chances aux petits partis tout en favorisant la constitution de grands partis au sein de la future Constituante de sorte que cette dernière sera à la fois assez diversifiée dans sa composition et évitera cependant un émiettement excessif des partis et les difficultés de formation de consensus qui risquent de s'ensuivre.
En d'autres termes, avec ce système, on aura à la future Assemblée nationale constituante, une composition équilibrée et en même temps, la possibilité de formation de majorités suffisamment stables pour garantir l'efficacité des délibérations. Les auteurs de ce dispositif électoral assurent même qu'il aura l'avantage de contribuer par avance à la formation au sein des futures assemblées législatives, de groupes de partis en nombre relativement réduit mais qui seront suffisamment solides pour garantir l'équilibre des rapports de force, la stabilité et l'efficacité du futur système constitutionnel.
… Trop beau pour être vrai! Il faut avoir présent à l'esprit le bon proverbe tunisien selon lequel ‘Qui calcule tout seul, sortira toujours gagnant ! pour se faire une juste idée des résultats probables des élections selon le système retenu.
Le point de départ de notre réflexion est le constat de l'existence d'un espoir nourri en secret par un grand nombre des militants de la gauche ou/et du centre-gauche de la Haute Instance que le système retenu permettra d'obtenir suffisamment de sièges à la Constituante pour contrebalancer la grande force de droite qu'est la Nahdha. Car, la Nahdha est l'épouvantail qui effraie tout le monde et que tout le monde doit chercher à abattre.
Ne faudrait-il pas réviser tous ces calculs et réévaluer les chances des uns et des autres aux futures élections, en les situant dans leur véritable contexte et en tenant compte de certaines de ses données contradictoires ?
Dans la chronique de ce dimanche, nous commencerons par la Nahdha : tout le monde est témoin de ce que, au vu de son nouveau discours, la Nahdha a notablement modéré sa doctrine politique en reconnaissant l'intouchabilité des acquis de la nation en matière de statut personnel et des droits de l'Homme et des libertés publiques, l'irréversibilité de l'évolution de la société moderne et de certains de ses fondements dont elle admet qu'ils s'imposent désormais à toutes les formations politiques qui désirent réellement être présentes sur la scène politique et y exercer une influence réelle. D'après tous ces éléments, on peut dire que ce mouvement a rompu avec un islamisme' marqué par l'extrémisme et même la violence qui l'ont beaucoup desservi dans le passé et qu'aujourd'hui, il s'est d'une certaine manière ‘politisé' et même modernisé, si l'on en croit certains de ses fondateurs dissidents. La Nahdha a même assuré qu'elle se rallierait volontiers à la dernière conquête de la femme tunisienne de la parité et de l'alternance en matière électorale.
Ces données sont certes fort encourageantes, mais elles ne doivent pas pour autant occulter certaines données qui peuvent avoir une influence négative sur le rôle et le poids réels de la Nahdha dans la future confrontation électorale.
D'abord, nombreux sont ceux qui ont mis en doute la sincérité de la Nahdha et même, qui ont mis l'accent sur son ambiguïté et sur le ‘double discours' de ses chefs. Ces critiques mettent l'accent sur le fait que les prises de position de la Nahdha tendent, dans une certaine mesure, à être dictées par la conjoncture électorale prochaine mais qu'elles risquent fort de changer notablement, une fois que le loup sera rentré dans la bergerie.
Ensuite, en tenant des discours en apparence aussi conciliants et même avant-gardistes, la Nahdha a suscité beaucoup de divisions dans ses propres rangs et elle a entraîné la création de certains mouvements sécessionnistes qui défient l'organisation centrale et mettent en péril son unité et sa puissance. Le résultat pourrait en être que la Nahdha n'est plus une organisation fortement structurée et solidement tenue par ses dirigeants mais qu'elle se présente aujourd'hui plutôt comme une nébuleuse, composée d'un noyau assez compact, autour duquel il faut reconnaître qu'il s'est constitué toute une série de satellites qui, tout en gravitant sur son orbite, jouissent déjà d'une certaine autonomie. Ce qui n'exclut pas qu'à d'autres moments de la conjoncture politique, ces satellites peuvent se regrouper autour de l'institution-mère pour affronter ensemble les adversaires et peser de tout leur poids sur la décision politique.
Selon ce nouveau schéma, on n'est plus en présence d'une organisation unifiée et constituée dans une formation unique et compacte, qui s'appelle la Nahdha, mais plutôt d'un mouvement islamiste, composé de la Nahdha, noyau central, et de diverses formations appartenant à la même mouvance mais dont les attitudes sont déterminées en fonction de la conjoncture politique du moment. La conséquence pour la Nahdha, sur le plan de l'action politique, généralement, et sur le plan électoral, plus particulièrement, est un certain affaiblissement de son influence et aussi une certaine flexibilité et même une certaine tendance à l'opportunisme dans son activité politique.
Enfin, outre qu'elle semble menacée par le danger d'une dislocation de l'intérieur, comme il vient d'être dit, la Nahdha semble être affaiblie sous l'effet de facteurs de l'extérieur qui, s'ils ne l'affectent pas exclusivement, peuvent avoir des conséquences négatives pour elle, particulièrement dans la conjoncture électorale actuelle. Ici, il s'agit de la désaffection qui frappe les partis politiques, toutes tendances confondues, auprès de l'opinion publique tunisienne. Ces temps-ci, les partis politiques n'ont pas bonne presse dans notre pays. Les sondages d'opinion, pratique encore peu connue en Tunisie, certes, ont mis en évidence ce phénomène aux répercussions multiples, et qui affecte tous les partis politiques, qu'ils soient de gauche ou de droite, ou du centre.
Mais ce qui est plus frappant ici, c'est que cette méfiance est aussi vraie dans le cas de la Nahdha, mouvement politique qui, à la différence des nouveaux venus à la vie politique, dispose depuis longtemps d'une base populaire étendue, d'une fidélité et d'une allégeance dont la nature particulière renforce la solidité, d'une expérience politique beaucoup plus riche que celle de tous ses adversaires, et d'un ‘leadership' bien visible et agissant. Les sondages ont montré que malgré tous ces atouts, la Nahdha ne fait pas exception aux yeux de l'électeur tunisien et qu'elle est souvent traitée de la même manière désinvolte ou même franchement agressive que les autres partis politiques. Dans de nombreux cas, et dans des contextes assez différents, ses rassemblements ont mal tourné, et ses orateurs ont été expulsés des lieux de réunion. Pire : l'icône de la Nahdha, nimbée de l'aura de la victime de l'exil imposé par l'ancien régime, et comptant sur ce capital de sympathie et de confiance accumulé pendant vingt-cinq ans de vie à l'étranger, n'a pas trouvé grâce auprès de ses fidèles. Seulement 4,6% des intentions de vote lui sont assurés, selon les derniers sondages. Ce qui est très surprenant, mais qui s'inscrit dans une réalité qui, elle, est beaucoup plus surprenante pour tout le monde politicien dans notre pays…
Compte tenu de tout cela, les spécialistes semblent d'accord pour situer le score de la Nahdha aux environs de 25% des votes, ce qui ramène ses prétentions au pouvoir à des dimensions très modestes. A défaut du soutien venant de la foi, la Nahdha devra donc compter sur sa diplomatie pour gagner les prochaines élections et sur beaucoup plus d'ouverture sur les autres partis pour être capable de prétendre utilement à l'exercice du pouvoir au sein de la future Assemblée constituante…
Ainsi va le monde, en matière politique…
S.B.
*(Ancien doyen de la faculté de Droit de Tunis)


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