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« Le travail de l'homme est toujours inachevé »
Interview : Le professeur Abdelwahab Bouhdiba
Publié dans La Presse de Tunisie le 14 - 05 - 2011

Les Tunisiens ont presque tous été surpris par eux-mêmes, lorsque, à leur réveil, le 15 janvier 2011, ils se rendaient compte qu'ils brisèrent la veille la chape de plomb qui les a suffoqués tout au long du règne de Ben Ali, mais aussi des années qui l'ont précédé. A peine quelques semaines s'étaient écoulées, lorsque quelques voix se sont élevées pour déplorer l'indifférence des intellectuels, «ces grands absents» de la révolution et de la post-révolution...Vrai ou faux, ce reproche s'avère hâtif pour autant qu'il occulte le combat d'un grand nombre parmi ces intellectuels qui ont lutté pour mener leur travail de recherche, de publication et d'expression, dans des conditions difficiles et parfois minées par la marginalisation, voire le déni. Faut-il rappeler que c'est cette génération d'hommes et de femmes qui a encadré les jeunes artisans de la révolution?
Pour autant que leur travail a été, tour à tour, censuré, entravé, suspecté ou encore condamné, il n'a pu réaliser ni impact ni visibilité. Ces figures emblématiques de la recherche et de la pensée dans notre pays demeurent peu connues, et encore moins reconnues, n'ayant pas été suffisamment impliquées dans la consultation sur la transition démocratique.
La Presse a rencontré plusieurs parmi ces intellectuels, les a interrogés sur leur parcours, pour un éclairage de leur pensée, mais aussi pour rendre compte de leur opinion et la conception qu'ils se font éventuellement de la transition démocratique.
Le professeur Abdelwahab Bouhdiba fait partie des philosophes et des sociologues tunisiens qui sont à même de produire une vision réfléchie, mûre et dépassionnée de la transition démocratique dans notre pays. Son itinéraire au Ceres. Et ensuite à Beït El Hikma, parallèlement à sa carrière de professeur universitaire, son sens aigu de la conscience scientifique, le libre esprit qu'il a su cultiver tout au long de cet itinéraire confèrent à son interprètation de la révolution une consistance, une sagesse dignes de l'enseignant et du chercheur et du responsable du réceptacle des sciences et des arts qu'est Beït El Hikma. Digne aussi du descendant d'une famille dont une longue lignée est connue pour faire partie des notables des sciences sociales.
Auteur de nombreux ouvrages dont notemment: Criminalité et changements sociaux en Tunisie (1965), Culture et société (1978), La sexualité en Islam (1975)... il a été également l'initiateur de plusieurs colloques au Ceres et à Beït El Hikma.
Dans sa bibliothèque, «un havre» de méditation où ont été collectés des centaines d'ouvrages aussi rares qu'édifiants, il nous a reçus avec la bienveillance coutumière du professeur que nous avons si bien connu, avec l'humilité du savant, invité à parler d'un événement aussi grave qu'est la révolution tunisienne. Entretien.
Professeur, vous avez passé plusieurs années à la tête de l'Académie des sciences et des arts, Beït El Hikma, comment évaluez-vous cette expérience?
Je sais que le travail des hommes est toujours inachevé. Ce sont nos amis (je n'aime pas le mot disciple) qui poursuivront le travail. J'ai été frustré de ma retraite pendant les quinze années que j'ai passées à Beït El Hikma, dans des conditions ingrates. Le ministère des Finances voulait fermer cette maison dégingandée. Lorsqu'il pleuvait, on devait placer des bassines ...C'était fin 1995.
Il fallait sauver ce monument dans l'enceinte duquel fut prononcé, le 31 juillet 1954, le discours de Pierre Mendès France, devant Lamine Bey, qui a vu aussi le départ de celui-ci et l'avènement de la République. C'est dans les murs de ce qui fut le Palais de Carthage que fut promulgué le Code du statut personnel. Enfin, c'est là que se levèrent les premières brises annonçant le vent de la liberté de notre pays...
En collaboration avec l'Institut national du patrimoine, le palais a été d'abord viabilisé(installations électrique et d'eau courante,toilettes, chauffage central), entretenu (restauration des menuiseries ajourées et du grand lustre, la seule pièce qui n'ait pas été pillée) et ensuite aménagé en fonction de sa vocation d'académie. Ce grand palais chargé d'autant de beaux souvenirs, je tenais à ce qu'il ne soit point utilisé pour les cérémonies de mariage ou de circoncision.
L'un des anciens directeurs avait gardé les clés de presque la moitié de l'espace pendant plus de cinq ans!
Depuis que le grand lustre en baccara rose re-brilla de tous ses feux, propre, imposant, l'espace a pu se réconcilier avec la pensée, l'art et la réflexion de haute facture.
Beït El Hikma a été animée par des soirées prestigieuses, entre autres celle du mega-spectacle d'El Hadhra, celles consacrées à Salah Mehdi et à Aboulqacem Echebbi, interprété par Sonia M'barek…
C'est aussi dans ces murs que se sont relayés des centaines d'intellectuels venus de Tunis, mais également du monde entier.
Y a-t-il aujourd'hui des traces de ce mouvement d'idées ?
Oui, absolument. Nous avons réalisé 270 publications dont certaines sont d'un intérêt majeur. Parmi les treize rencontres internationales de Carthage, je citerai, à titre d'exemple:  «Le fait religieux, aujourd'hui», «Le rationnel et l'irrationnel», «La liberté, aujourd'hui»...En somme, l'institution a essayé de se positionner à la mesure des aspirations des intellectuels.
Peut-on avoir une idée de la programmation à Beït El Hikma et que vous auriez élaboré avant votre départ ?
La manifestation la plus importante que j'ai tenu à programmer et à préparer est sans doute celle de la célébration du 9e centenaire de Abou Hamed Al Ghazali. L'ancien gouvernement n'en voulait pratiquement point. Je persiste à croire que non seulement elle s'impose, mais elle devrait être à la mesure des manifestations qui ont été organisées à propos d'Ibn Khaldoun et d'Ibn Rochd. Le vieux sociologue que je suis re-émerge: la vie est un nid inachevé. C'est à nos jeunes et à nos élites qu'il appartient de continuer la marche.
A propos de marche, comment percevez-vous la Révolution tunisienne?
Je reconnaissais dans les soubresauts sociaux l'essence même du développement des sociétés. Dans une interview accordée à l'un de vos confrères, le 11 janvier dernier, je saluais la jeunesse tunisienne. J'estime que les jeunes sont les héritiers, non pas du passé, mais de l'avenir. Ce qui s'est passé, je ne le prévoyais pas, d'ailleurs comme tout le monde, mais je le voyais venir. Donc, je n'ai été surpris qu'à moitié. En réalité, la Révolution tunisienne a commencé en 1956. C'était une société qui était en train de muter. Hiérarchisée, selon un principe universel: l'autorité réglementant les rapports jeunes- adultes, enfants- parents, croyants-Dieu. Cela a duré des siècles, voire des millénaires. Depuis 1956, nous avons décidé de démanteler ce principe universel et de passer d'une société d'autorité à une société de participation. Trois nouveaux rapports se sont profilés: ville-campagne, hommes-femmes et les rapports au sein du système éducatif. Celui-ci a donné ses fruits. Nous avons construit une société éduquée avec une élite éduquée. L'éducation a opéré plus vite que l'économie. Ce n'est donc pas un hasard que la révolution fut déclenchée par les jeunes. Des jeunes éduqués, mais au chômage. C'est la conséquence de la contradiction entre le niveau d'éducation, d'une part, et le niveau d'emploi, d'autre part. Ce qui s'est passé, au fond, aux mois de décembre et janvier, c'est une cassure. La question se pose, maintenant, de transformer la révolte en révolution. Marx ne nous enseignait-il pas qu'une révolution pouvait échouer, faute d'un accoucheur? Me revient aussi à l'esprit cette nuance si pertinente de mon ami, le grand penseur arabe Moutaa Essafadi, entre le révolutionnaire arabe et l'arabe révolutionnaire.
Vous estimez donc que la révolution tunisienne n'est pas totalement achevée?
Le problème réside plutôt dans la transformation de ce cri du coeur en programme de gouvernement. De Gaulle disait: «Ce qu'il faut craindre, ce n'est pas le vide, mais c'est le trop-plein». Et c'est ce que nous vivons en ce moment. Nous remuons les vieux fantomes de la Tunisie: la violence, le tribalisme, le vandalisme. Ce sont là, osons le dire, les maladies infantiles de la révolution. Beaucoup de Tunisiens ont peur. Nous avons peur dans le court délai. Dans le moyen délai, des solutions, inédites, seront trouvées. Entre-temps, les moments à vivre sont difficiles, certes, mais nous savons que ce que nous réserve l'avenir est ce que nous aurons construit nous-mêmes. Ce que nous avons vécu, la période coloniale incluse, nous a empéché de nous exprimer. Grisés par ce vent de liberté qui a soufflé, beaucoup de gens qui n'avaient rien à dire, ont, aujourd'hui, trouvé des choses à dire. Aider à construire l'avenir, c'est cela qui importe. Il faut équilibrer les deux bouts de l'échelle: la liberté et la responsabilité. C'est ce que j'ai essayé d'assurer dans mes cours, dans mes écrits: montrer qu'il existe un chemin d'homme à poursuivre.
N' y avait-il pas des entraves à cet élan de liberté et de responsabilité, sachant que pour l'ancien régime, il s'agissait d'un lexique plutôt banni ?
Beaucoup ne savent sans doute pas qu'à Beït El Hikma ce n'était vraiment pas une sinécure. Je vous ai parlé de la situation initiale de l'établissement. Côté motivation matérielle, je peux vous dire que je perdais largement au change, en touchant un salaire réduit de plus de 400 dinars, en comparaison avec mes émoluments de professseur universitaire. Quatre fois un successeur a été nommé pour me relever, mais tous ont refusé de gérer. Je me suis attiré quelquefois le courroux du gouvernement pour avoir refusé, par exemple, la coordination des cérémonies de Kairouan capitale islamique culturelle, car j'ai vu que les finances étaient malodorantes. J'ai également été désigné pour représenter la société civile à Alger et j'ai refusé. Refusé aussi de participer à l'observatoire des élections.
Les statuts de l'Académie prévoient, depuis sa fondation, la formation d'un corps d'Académiciens et en 1998, j'y ai veillé en touchant des sommités, au sein de l'élite universitaire et artistique. Mais la liste qui comportait des noms comme Mohamed Talbi, Abdesslem Mseddi, Mohamed Souissi, Hichem Jaïet... a fait lettre morte et le document a végété dans les tiroirs de la Présidence. La dernière lettre de rappel à l'adresse du ministre de la Culture date de mai 2010. J'ai encore fait face à des audits très serrés et cela ne m'a aucunement empêché de travailler.
L'investigation sociologique semble boiter. Vous avez évoqué certaines mutations survenues dans la société tunisienne, mais la sociologie ne s'y est pas intéréssée d'une manière rigoureuse et assidue. Qu'en pensez-vous ?
Vous avez raison. Il semble que pour les vingt ou trente dernières années, la dégradation de la sociologie découle de celle de l'éducation. Nos étudiants se comptaient par dizaines. Personnellement, j'œuvrais pour que mes étudiants participent. Je sentais quand ma classe me quittait. Depuis, ce sont des centaines. Je suis contre l'orientation par ordinateur. C'est un système qui fausse tout. J'ai posé la question à mes étudiants et rares étaient ceux qui avaient choisi la sociologie. Lorsqu'un étudiant est déresponsabilisé de ses choix, il est déresponsabilisé de sa carrière. L'orientation a neutralisé le travail sociologique. Au Ceres, il y avait des universitaires contestataires; je n'étais pas toujours d'accord avec ce qu'ils faisaient, du moins pouvaient-ils faire la recherche qu'ils voulaient. Les choses ont bien changé, depuis, ce qui adonné lieu à un nombre considérable de doctorats.
Au Ceres, quelle était la nature des rapports entre le politique, d'une part, et la recherche d'autre part?
J'avais effectué une recherche sur «Public et justice» qui a été rejetée en bloc, puis publiée à Rome. J'ai été, une fois, convoqué par le ministère du Tourisme. A l'époque, M.Mustapha Filali était directeur du Ceres. On lui avait demandé de «maquiller» une étude sur le tourisme tunisien, commandée à un chercheur français et qui avait englouti un certain budget. Appelé à le faire moi-même, j'ai dû leur poser la question : «Vous avez payé cher une étude qui ne vous satisfait point, combien êtes-vous prêt à mettre pour une étude qui vous satisferait?».
Idem pour le Planning familial. L'étude que j'ai faite montrait que les choix du lancement du programme du Planning familial posaient au moins deux problèmes: le vieillissement de la population et les équilibres démographiques maghrébins. En fait, plutôt que de poser le problème en termes de limitation des naissances, c'est la question de restructuration de l'économie qui devait être examinée. Bourguiba m'avait «tiré» les oreilles ! Ce n'était pas le hasard qui m'avait fait quitté mes études empiriques pour revenir à la philosophie dès la fin des années 80. La sociologie doit être entièrement et fondamentalement revue, en nombre et en qualité. On ne peut plus former et livrer ensuite dans la nature, ou, le cas échéant, affecter les «sociologues» dans l'enseignement de matières qui n'ont aucun rapport avec leur formation. Redonner la liberté du choix, c'est rétablir la liberté de conscience. Comme le disait Bercques, les sciences humaines faisaient l'exégèse de nos sociétés; la sociologie, la philosophie, la psychologie ne peuvent être des études de masse. Elles ne peuvent être que des études d'élite.
Ce sont là, à votre avis, les raisons de la démission de la sociologie, de son mutisme, si l'on peut dire ?
Oui et c'est ce qui a créé le décalage, au sein de la recherche, entre les besoins véridiques du terrain et les besoins simulés et suggérés par des préoccupations étrangères. Je prends l'exemple des thèses de Bercques ou de Marcuse qui estiment que «la civilisation musulmane est née des frustrations provoquées par l'Islam». Ce n'était pas évident pour moi. J'ai eu des problèmes avec mon maître, Jacques Bercque qui encadrait ma thèse de doctorat. Il fallait me battre pour l'authenticité et la mesure. Il y avait d'un côté Bercque, Hamidollah et Camille Lacoste et de l'autre, Georges Ballandier et Lacan. Ce dernier avait fait cette réflexion après lecture de la thèse: «Ce n'est pas vous qui avez écrit, c'est votre société».Le sociologue est redevable à sa culture, à sa société d'un éclairage, d'une investigation laborieuse et rigoureuse qui soit aussi une réplique à tout autre distanciée, voire réductrice de cette culture.
En tant que sociologue, comment percevez-vous la transition démocratique ?
La transition, c'est nous qui la ferons, certes, mais dans la douleur. C'est dans les équilibres des manoeuvres et des dialectiques qu'elle se fera. Il n'est pas dit qu'elle sera réussie. En Egypte, face à la rue, il y a l'armée; en Tunisie, qu'est-ce qu'il y a ? Il n'est pas dit que la transition sera démocratique. Nous devons œuvrer pour qu'elle le soit! Il y a l'exigence morale d'un côté et de l'autre, les rapports de force et les jeux d'intérêt. Le 24 juillet verra la mise en place de quelques acteurs, l'élimination d'autres. De nouveaux rapports s'installeront que nous ignorons encore.
Pensez-vous, comme d'aucuns le constatent, que les intellectuels ne sont pas suffisamment présents ou agissants dans cette phase transitoire ?
Ils ne sont pas présents parce que personne ne s'y attendait. «Il n'y a pas de boule de cristal sociologique», comme dirait Gurvich. Ceci dit, le peu qu'ils sont en mesure de donner ne peut être que profitable, dans la mesure où il aura contribué à l'imagination des solutions. Expliciter, analyser, comparer, dévoiler, c'est cela leur rôle. Il ne faut surtout pas s'effrayer du trop-plein, cela se stabilisera que ce soit en bien ou en mal.
Les gens ont peur d'un statut-quo ancien, mais ils se hasardent dans la liberté; c'est peut-être « cette ambiguité qui leur permet, pour reprendre cette idée de Simone De Beauvoir, de rester libres».


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