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Pour la responsabilité intellectuelle
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 01 - 08 - 2011


Par Rafik OUELHAZI*
Le rôle des médias dans le processus et la vie démocratiques est important. Ce point, qui a été souligné depuis longtemps, est particulièrement à l'ordre du jour en cette période transitoire que traverse notre pays. Et ce rôle revêt d'autant plus d'importance qu'il ne se limite pas à celui de la transmission de l'information avec la rapidité, la précision et la fiabilité nécessaires. En effet, il érige les médias en scène publique où viennent s'exprimer les opinions et, par là, entraîner des débats d'idées dans un esprit constructif et dans le cadre d'une dialectique de bonne foi.
Ainsi, dans son édition du 7/7/2011, La Presse a publié un texte signé par «un collectif d'intellectuels et de créateurs» et intitulé «Pour la responsabilité civile». Ce texte conteste certains points contenus dans le Pacte républicain adopté par la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique. Il évoque des questions qui sont dignes d'intérêt, parmi lesquelles celle de nos rapports à l'Occident. C'est cette question qu'il s'agit d'envisager dans les lignes qui suivent.
Après avoir évoqué des ambiguïtés qu'ils disent avoir décelées dans des documents émanant de la Haute Instance, les auteurs du texte soulignent ceci: «De telles ambiguïtés qui encouragent les dérives apparaissent dans le pacte républicain.
Pourquoi ses rédacteurs ont-ils associé aux deux fléaux que sont le despotisme et la corruption. l'alignement sur l'Occident? Par cette expression, nous rendons explicite la notion de tabaiyya.
Telle explicitation montre à quel point cette notion engage un anti-occidentalisme stérile. Car tous les non-occidentaux savent que leur désir démocratique est inspiré par les lumières européennes qui n'appartiennent plus à l'Occident mais à l'humanité tout entière». Voilà un texte fort intéressant, non pas seulement parce qu'il exprime une opinion, qui doit être en toute circonstance respectée, mais aussi, et surtout, parce qu'il suscite le débat. Et il y a lieu de préciser tout de suite que le débat qu'il s'agit d'engager fait entièrement abstraction de la Haute Instance et du Pacte républicain.
S'aligner, c'est s'aliéner
Occidentalisme, s'aligner sur l'Occident, tabaiyya, démocratie, lumières, ce sont là les mots clefs de l'opinion précitée. Les auteurs du texte évoquent la civilisation occidentale et le siècle des Lumières, et plaident pour un alignement sur l'Occident.
En effet, et quoique leur déduction manque de rigueur, ils infèrent du mot tabaiyya, c'est-à-dire le suivisme, l'alignement sur l'Occident. Partant, ils s'offusquent de la condamnation du suivisme parce qu'ils y voient un «anti-occidentalisme stérile».
En substance, opposés à la condamnation du suivisme par la Haute Instance, nos intellectuels nous le recommandent sous la forme d'un alignement sur l'Occident. El il faut avouer qu'ils auraient pu, tout de même, imaginer pour nous un sort meilleur que celui de nous aligner et d'être suivistes.
Et de fait, qu'est ce que s'aligner? S'aligner c'est suivre, c'est se conformer, c'est-à-dire se plier, c'est-à-dire s'assujettir.
S'aligner c'est s'aliéner. Notre alignement sur l'Occident implique donc que nous adoptions ses modèles et ses choix politiques, économiques, culturels et sociaux. Cette option a ses dangers. Elle conduit à une domination occidentale qui entraînera notre assujettissement et l'aliénation de notre souveraineté même. Elle conduit aussi à l'effacement de nos valeurs et à l'aliénation de notre culture, ce qui est de nature à compromettre l'idée même de développement qui ne se réduit pas à l'économie et à la technique.
Le développement véritable est celui qui réalise le progrès social. Et il ne peut réaliser le progrès social que s'il a l'Homme pour but.
Or on ne peut prétendre promouvoir l'Homme si on altère sa culture. Et de fait, l'une des raisons de notre retard, parce qu'il faut parler de retard, est que nous nous sommes lancés dans un emprunt immodéré des modèles occidentaux, sans esprit critique.
Or ce qui sied à la société occidentale ne nous sied pas nécessairement, ou du moins pas de la même manière et dans la même mesure. Il s'ensuit donc que, dans nos rapports avec l'Occident, il faut user d'un droit d'inventaire, pour reprendre une expression restée célèbre, et ne pas tout prendre aveuglément. D'un autre côté, il faut procéder à un effort d'adaptation aux réalités tunisiennes de ce qu'on emprunte à l'Occident après l'avoir pesé et jugé bénéfique pour nous. Et si parmi ce qu'on emprunte il y a des éléments qui se révèlent inaccessibles à l'adaptation parce que la réalité locale les rejette, il faut avoir la sagesse d'y renoncer. Or tel n'est pas la voie dans laquelle nous engagerait le suivisme.
Identité tunisienne
Cela nous conduit à un autre point évoqué par les auteurs du texte, celui de l'identité. Ils parlent de l'identité tunisienne qui est, disent-ils, diverse. Ce qui est vrai. Seulement, et contrairement à ce que pensent les auteurs précités, il ne paraît pas possible de continuer de parler de diversité si nous devions emprunter une voie unique en s'alignant sur la civilisation occidentale. El puis, et c'est l'essentiel, que restera-t-il de cette identité diverse si nous les suivions dans leur idée d'alignement? Nous savons tous, les Occidentaux eux-mêmes le savent, que l'un des grands reproches qui est fait à la civilisation occidentale est qu'elle s'attaque à la culture des peuples, à la racine même, pour l'annihiler. Et alors on imagine bien les conséquences sur l'identité. On ne peut sérieusement penser qu'en s'alignant sur l'Occident notre identité puisse demeurer diverse, pour peu qu'il en demeure quelque chose.
D'autre part, comment les rédacteurs du texte peuvent-ils parler en même temps de démocratie et d'alignement sur l'Occident? La démocratie signifie que le peuple détient le pouvoir et prend lui-même, directement ou à travers ses représentants, les décisions que dictent ses intérêts. Or notre alignement sur l'Occident implique que nous adoptions les choix et options de celui-ci, et donc qu'il décide pour nous? Du reste, cette idée va à l'encontre de ce grand principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, droit en vertu duquel les peuples «déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel». Il apparaît alors que «s'aligner sur» et démocratie sont foncièrement antinomiques.
Enfin, le texte porte en son sein un autre argument qui témoigne de l'erreur de l'idée qu'il véhicule. Ses rédacteurs affirment que «tous les non-Occidentaux savent que leur désir démocratique est inspiré par les lumières européennes qui n'appartiennent plus à l'Occident mais à l'humanité entière». Soit. Mais alors une question se pose. Pourquoi s'aligner sur l'Occident si ces lumières, disons ces valeurs, sont celles de toute l'humanité, c'est-à-dire les nôtres aussi ? En quoi l'Occident est nécessaire si ces valeurs se trouvent dans le patrimoine commun de l'humanité auquel nous avons part ? A coup sûr, il vaut mieux que, mettant en œuvre ces valeurs, et aidés par nos penseurs, nous cultivions notre propre civilisation, notre propre expérience, notre différence, et que nous tracions nous-mêmes notre destin, à notre manière, à notre rythme. Sauf à dire que l'Occident est indispensable pour qu'il nous fasse l'apprentissage de ces valeurs. Cela nous ramènerait alors, de nouveau, au fameux rôle civilisateur de l'Occident. Mais ceux qui optent pour cette idée devraient réaliser l'ineptie de leur conception. et pour cause, ils ont l'Histoire contre eux.
Alors les auteurs du texte disent que l'anti-occidentalisme est stérile. Sur ce point, ils ont raison. Mais, en même temps, qu'ils veuillent bien admettre que le pro-occidentalisme n'a pas été toujours fécond. Sinon, comment expliquer qu'après des décennies de pro-occidentalisme, la Tunisie n'est pas industrialisée ? Et que dire quand on pense que nous en sommes encore à regretter notre non-industrialisation, alors que l'Occident a franchi l'ère industrielle pour celle de l'information et de la connaissance ? Comment expliquer ce manque de technologie dont souffre notre pays, technologie dont regorge l'Occident précisément? Quand à la modernité dont est parée la Tunisie, elle ne doit pas faire illusion. A bien regarder, la modernité n'a pas un sens laudatif mais plutôt un sens descriptif. Les pays modernes sont ceux qui détiennent les sciences modernes, qui les cultivent et qui les mettent à profit pour assurer et promouvoir leur progrès. Or où sommes-nous dans ces sciences que détient l'Occident, et quelle part y avons-nous ?
Pour de nouveaux rapports avec l'Occident
Aussi, plutôt que de plaider pour un alignement sur l'Occident, c'est-à-dire un suivisme, qui ne peut être que stérile, aliénateur et servile, il est indispensable de soutenir l'idée de rapports nouveaux qui tendent à plus d'équilibre et plus d'équité.
Cela suppose certainement que l'Occident évolue vers moins d'égoïsme, de domination et d'arrogance. En même temps, cela suppose que l'on envisage ces rapports avec un esprit apaisé et dans le cadre de débats dépassionnés et conçus, non pas l'idée d'affrontement, mais plutôt avec la volonté sincère de construire ensemble et pour tous, dans la reconnaissance et le respect de l'autre. Quoi qu'on ait pu dire ou écrire, la civilisation occidentale a apporté à l'humanité. Et quoi qu'on ait pu dire ou écrire, la civilisation occidentale doit à la civilisation arabo-musulmane.
Mais cela suppose aussi, et essentiellement, que nous sortions de notre léthargie. Les auteurs du texte évoquent un certain «rôle d'éveilleur». C'est là une expression qu'il faut méditer. Et dans cet esprit, il est plus utile pour nous que nos intellectuels, forts des promesses initiées par les jeunes du «14 janvier», nous proposent des idées nouvelles qui entretiennent l'ambition, l'essor, la dignité et la fierté. L'espoir est que nos penseurs mettent à profit les lueurs inespérées qui ont surgi, pour nous guider sur la voie d'une renaissance qui fera jaillir nos propres lumières, comme l'Europe a fait luire les siennes grâce aux idées de ses penseurs.
La légende veut que le peintre italien Le Corrège, subjugué par la Sainte Cécile de Raphaël et pour se persuader qu'il est capable, lui aussi, de créer de belles œuvres, s'est exclamé «ed io anche sono pittore» (et moi aussi je suis peintre). La formule est, depuis, devenue proverbiale et Montesquier dira plus tard, pour écrire l'Esprit des lois, «quand j'ai vu ce que tant de grands hommes, en France, en Angleterre et en Allemagne, ont écrit avant moi, j'ai été dans l'admiration, mais je n'ai point perdu le courage : Et moi aussi, je suis peintre, ai-je dit avec Le Corrège».
Plaise à Dieu que l'intellectuel tunisien se dise la même chose.


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