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Lexique révolutionnaire à l'usage du Premier ministre
Publié dans La Presse de Tunisie le 22 - 09 - 2011


Par Yassine ESSID
L'ancien système de gouvernement politique proclamait clairement et cyniquement sa fonction de conservation de l'ordre politique et social existant, ou plus précisément sa fonction de conservation sociale par le maintien de l'ordre politique. En matière électorale, le parti unique consacrait celui que le «peuple» devait «désigner». Le peuple se bornait à apporter sa caution à ce choix et légitimer cette entreprise politique de reproduction du système social. Pendant ce temps, la propagande venait rappeler aux électeurs qu'ils ont tout à gagner à le plébisciter. Le système du parti unique ayant été aboli, la situation de monopole qui caractérisait le fonctionnement du champ politique tunisien a fait place à une situation de concurrence politique ouverte, supposant d'autres logiques et, partant, d'autres compétences, que les acteurs politiques avaient cherché désespérément à acquérir, et pour certains au prix fort. L'entreprise proprement politique de reproduction sociale n'est plus alors assurée par un seul parti, mais par une multitude de candidats en concurrence parce que les groupes sociaux qu'ils croient représenter ou se proposent de reproduire sont aussi en compétition et ont des intérêts divergents qui peuvent désormais s'exprimer publiquement. Tous les candidats promettent aux électeurs la même chose, à savoir un avenir. Mais là où le régime du parti unique prétendait imposer à tous le même avenir, généralement «radieux», les divers candidats en compétition, proposent, eux, une pluralité d'avenirs plus ou moins bien ajustés aux attentes des différentes catégories ou classes sociales dont ils prennent la défense, ou estiment représenter les intérêts et dont ils sollicitent, pour cette raison même, le précieux bulletin de vote. Si la fonction de reproduction apparaît moins visible dans cet état concurrentiel, c'est que les luttes entre les acteurs politiques poussent au brouillage de la perception qu'ont les électeurs du paysage politique que viennent troubler davantage des surenchères aussi intenables qu'irréalisables. Cela explique, en grande partie, que la relation entre la demande de reproduction sociale et son expression politique soit moins directe et moins lisible que dans le système antérieur, car le champ politique de type concurrentiel forme un microcosme avec ses intérêts spécifiques, où se reflètent du même coup, plus ou moins fortement, les demandes des électeurs. Dans ce contexte, la question de la médiatisation des partis s'est imposée comme une préoccupation majeure à tous les candidats, impliquant la maîtrise d'un ensemble de techniques et de compétences plus diversifiées, qui suppose un travail de manipulation de l'électorat. Les responsables de campagne, qui désormais entourent et conseillent les candidats, se recrutent dans certaines entreprises-conseil qui, quoiqu'elles prétendent, ne disposent d'aucune compétence en matière de connaissance et de pratique des techniques de manipulation des opinions. On se retrouve dès lors dans un univers où partis et personnalités politiques sont engagés dans une course aux suffrages, entourés de pseudos-communicateurs chargés de promouvoir leur image auprès d'un électeur idéalisé et surestimé, qu'on considère, à tort, capable de juger rationnellement les implications de son vote. Cet idéal démocratique d'un électeur rationnel n'existe pour le moment que dans le cerveau des candidats et de leurs directeurs de campagne.
Maintenant que tous les négociants du politique ont pignon sur rue, affichant la partie la plus avenante des produits de leur négoce, qu'en est-il de ce chaland anonyme, aujourd'hui fortement courtisé, objet de tant de sollicitudes, d'attentions particulières et d'empressement, mais probable victime, demain, de toutes les trahisons et de tous les revirements ? Qu'en est-il de ce bipède pensant, riche ou démuni, mais non moins en possession d'un bien de valeur, d'un instrument de paiement qui lui donne l'option d'accepter ou de refuser l'échange, de le conditionner ou de le détourner, au nom de l'égalitarisme légal, son droit de vote qui lui confère aujourd'hui un grand pouvoir symbolique. Qu'en est-il de cet électeur reconnu doué de raison et de discernement, auquel s'adressent tous les candidats comme on s'adresserait à un être intéressé, informé, compétent, ouvert, consciencieux et dépassionné, comme on s'adresserait à un observateur objectif des réalités politiques, possédant une aptitude à la discussion, en mesure d'estimer les enjeux idéologiques d'une élection et de produire un jugement articulé, cohérent et stable ? Sur ces différents points, le verdict serait évidemment fortement nuancé. La démocratie suppose en effet que le citoyen soit informé sur les affaires politiques, qu'il est supposé connaître le contenu des enjeux, leur histoire et les faits pertinents du moment pour produire un choix rationnel. Que l'élection fournit au public des alternatives partisanes suffisamment reconnaissables pour qu'il puisse exprimer ses préférences politiques. Les électeurs tunisiens, dans leur écrasante majorité, ne remplissent pas de tels standards. Ils ne sont aujourd'hui ni compétents ni intéressés. Aussi leur vote risquerait-il d'être le mystérieux produit d'une sorte d'aveuglement. Il existe en effet, une grande part de confusion dans l'esprit du public, quant à savoir ce que l'élection d'un parti plutôt que d'un autre pourrait signifier en termes de politiques spécifiques. Dans les pays de tradition démocratique, la vaste majorité des électeurs s'identifient personnellement et de façon durable à un parti politique. Des traditions d'appartenance à tel ou tel parti se reproduisent et se perpétuent au sein de certains groupements sociaux. Cette identification, surtout quand elle est forte, étant le meilleur prédicateur des comportements politiques, à commencer par le vote. On ne peut pas dire que la majorité des Tunisiens s'identifient à l'un quelconque des nombreux partis de la place, ou s'affichent personnellement et intimement comme étant des irréductibles de tel ou tel mouvement. Une réelle identification partisane est difficile dans un contexte politique multipolaire aussi instable et contesté, handicapé par un manque la légitimité historique et par l'absence de capacité d'encadrement impossible à réaliser en si peu de temps. Tout cela rend l'information, que possèdent les électeurs sur les enjeux politiques, médiocre, sinon nulle. Tout cela ajoute à l'illisibilité de la campagne électorale qui fait que le vote se concentre sur un nombre réduit de candidats de renom. Le seul moyen de s'y retrouver pour l'électeur, étant de repérer une personnalité et de s'y coller. D'où la très forte personnalisation de la relation politique qui ôte leur signification aux affiliations partisanes. Le choix politique se fonde alors sur une sympathie personnelle non idéologisée qui pousse certains candidats à promouvoir leur image publique avant même leur programme, qui importe peu d'ailleurs, d'autant plus que tous les programmes se valent. Tous les programmes sont favorables à la santé, à l'éducation, aux transports, à la justice sociale. Tous rivalisent de chiffres, quant aux postes d'emplois à pourvoir. Tous chérissent le peuple, mais tous se gardent bien de parler de l'écart abyssal entre les attentes sociales et les réalités économiques du pays.


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