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«Les archives de l'Etat depuis l'Indépendance sont encore fermées aux historiens...»
Champ civique - Interview du Pr Abdeljelil Témimi

En plein processus de «débourguibisation», il militait pour une réécriture de l'histoire du Mouvement national. Il procédait alors à plus de 400 enregistrements de personnalités qui ont participé au mouvement d'indépendance et à la construction de l'Etat moderne et organisait ses sept congrès sur le président Habib Bourguiba, s'attirant les foudres de l'ancien régime... Abdeljélil Témimi est professeur émérite d'histoire moderne et président de la Fondation Témimi pour la recherche scientifique et l'information qui sert depuis le 14 janvier d'observatoire de la révolution et de la transition. «J'ai vécu la liesse et l'entreprise de l'indépendance, je suis en train de vivre celles de la révolution...», nous disait Pr Abdeljélil Témimi lors d'un précédent entretien. En ce 56e anniversaire de l'indépendance, l'historien joint les deux ères...
L'histoire de l'indépendance de la Tunisie semble depuis 1956 poser un problème de mémoire, de sources et d'exactitude historique. Entre le charisme et le moi excessif de Bourguiba et l'effacement systématique de la mémoire opérée par Ben Ali, quel a été le rôle des historiens tunisiens dans l'écriture de cette histoire, à l'ombre de ces deux régimes?
Votre question est pertinente à laquelle je dois faire deux remarques préliminaires : la première relative à l'écriture de l'histoire de notre pays à partir de l'indépendance. Cette histoire n'est pas écrite, faute de la non-accessibilité des archives des ministères clés comme l'Intérieur, la Justice, le RCD et les archives de la Présidence qui seront les seuls en mesure de nous procurer des informations fiables et indispensables à l'élaboration des faits et événements sociaux et politiques de notre pays.
Quant à ma deuxième remarque, c'est que Bourguiba avait confisqué l'Histoire en incitant son disciple et ministre Mohamed Sayah à rédiger son propre témoignage sous l'appellation de l'histoire du Mouvement national où nous relevons de fausses interprétations qui jalonnent toute la période bourguibienne en se concentrant tout particulièrement sur les paris du «Combattant Suprême», ce qui a amené forcément à marginaliser les figures nationalistes qui ont donné le meilleur d'eux-mêmes pour l'indépendance du pays en réduisant le rôle des régions dans le processus du Mouvement national. C'est bien un égocentrisme poussé de Bourguiba qui a nui à la mémoire du pays, bien que personne ne soit en droit de méconnaître ou de sous-estimer ce leader politique qui a su se forger un destin exceptionnel, ses réformes audacieuses et originales ont marqué la Tunisie moderne pour toujours. L'Histoire le retiendra comme étant un bâtisseur acharné, têtu, autoritaire jusqu'à la dictature.
Quant à Ben Ali, il ne s'intéressait guère à l'histoire du pays, vu son médiocre et honteux niveau intellectuel et son mépris manifeste à l'égard de l'intelligence et de l'innovation de son prédécesseur Bourguiba. Il a entrepris la débourguibisation tous azimuts de l'Etat. Nous avons manifestement sous-estimé la rancune tenace que nourrissait Ben Ali à l'égard de Bourguiba. Il a dissimulé tous les signes matériels et moraux de son prédécesseur. Mais indépendamment de ce qu'ont fait Bourguiba et Ben Ali, les historiens universitaires tunisiens ont déployé des efforts louables, qui sont d'ailleurs méconnus de l'élite et du peuple, quant à l'écriture de l'histoire de notre pays, toutes époques confondues.
Pour ce qui est de l'époque contemporaine et de l'histoire du temps présent, l'école historique tunisienne a réalisé, à travers les thèses soutenues dans nos facultés, des travaux de recherche remarquables, comme elle a abordé et traité des sujets tabous, mal vus par le pouvoir comme le mouvement youssefiste, le communisme et l'islamisme. Dans cette direction, notre Fondation est la seule qui avait organisé 7 congrès sur Bourguiba et en ayant recours à d'autres sources orales en particulier, ce qui nous a permis de récolter de très riches témoignages, et ce, pour la réhabilitation de la mémoire qui est un mouvement irréversible qui prend aujourd'hui une signification symbolique à la suite de la révolution de la dignité.
Pensez-vous que l'histoire du Mouvement national et de l'indépendance de la Tunisie a fini d'être écrite ? Y a-t-il aujourd'hui besoin de réécrire cette histoire et dans quel sens?
L'écriture de l'histoire du Mouvement national et de l'indépendance de notre pays est un devoir qui incombe aux historiens dont la qualité des travaux est reconnue. C'est un perpétuel recommencement chaque fois que nous découvrons de nouvelles sources crédibles; un simple document peut bouleverser la donne géopolitique et économique du pays. C'est la raison pour laquelle nous devrons procéder à un véritable interchange régulier entre historiens connus par leur rigueur scientifique et qui sont loin de défendre une idéologie partisane, ce qui fausse toute démarche pour l'écriture d'une histoire authentique. Dans cette direction, on doit rendre justice à des milliers de combattants honorables, qui sont les véritables acteurs, dans les villes, villages campagnes et montagnes, c'est la tâche combien délicate que doit assumer l'historien aujourd'hui.
Car une chose est sûre : l'histoire de l'Etat de l'Indépendance n'est pas encore écrite. Les archives de l'Etat de l'Indépendance sont encore fermées aux chercheurs et historiens, comme les archives de l'ancien parti socialiste destourien et celles des ministères de souveraineté comme l'Intérieur, la Défense et la Justice. En dépit de cette entrave, nous essayons de fournir des banques de données et des informations tout à fait nouvelles pour une écriture scientifique de cette histoire. Il n'y a pas de doute qu'il n'est pas facile d'encadrer la vérité historique en l'absence du document écrit et des sources orales. Le devoir de l'Etat national est d'accorder une importance exceptionnelle aux séminaires de la mémoire nationale, de lui fournir une structure d'enregistrement, de collecte et de suivi, d'associer tous ceux qui ont une position dans l'encadrement de la vérité historique, dans le cadre d'un effort national et collectif; j'appelle donc tous les dirigeants, responsables, acteurs, témoins et autres à avoir le courage historique et politique d'apporter leurs témoignages, écrits et oraux. A ce titre, notre fondation est toujours ouverte; nous comptons énormément sur leur conscience car le témoignage oral est plus riche en valeur et information que celui de l'écrit.
Votre fondation a œuvré de tout temps à l'accumulation du savoir historique. Quelle est la place de l'histoire de l'indépendance et quelles lectures peuvent en être faites aujourd'hui ?
Depuis près d'une quinzaine d'années, notre fondation s'est intéressée à l'histoire du temps présent, c'est-à-dire l'histoire de la Tunisie à partir de l'indépendance. Nous avons alors eu recours à des sources orales très précieuses et qui requièrent aujourd'hui une valeur documentaire sûre. C'est ainsi que nous avons procédé à la collecte des témoignages oraux d'acteurs politiques, sociaux, syndicaux intellectuels et artistes... qui ont participé de près et de loin à la construction de l'Etat national. Grâce à ce projet novateur, nous avons réussi à collecter plus de 400 témoignages (d'environ 1200 heures d'enregistrement audiovisuel), toutes tendances et spécialités confondues ; c'est une véritable révolution de la mémoire de notre pays qui nous a conduit à développer aujourd'hui une base de données pour les témoignages des personnalités dont bon nombre sont décédés. Cette base de données est à la portée de tout historien ou chercheur pour en tirer profit et où 190 textes sont aujourd'hui publiés dans les 25 ouvrages, ce qui reflète des histoires émouvantes dans le registre de la mémoire nationale. Le rôle de l'historien consiste donc à passer ces témoignages au crible, moyennant une critique systématique et objective du contenu et des études historiques comparatives qui sont encore à leur début. Souhaitons que de telles études à l'ère de la révolution joueront un rôle d'éveil de la conscience de la mémoire de notre peuple.
Pourquoi la révolution a-t-elle autant réactualisé le thème de l'indépendance ? En quoi un changement de régime peut-il remettre le pays à l'heure de son indépendance ?
Il est vrai que les Tunisiens ont accédé à l'indépendance depuis un demi-siècle, ils ont alors rêvé une autre et nouvelle Tunisie où la justice sociale et économique est assurée pour tous. Mais ils se sont rendus compte très vite qu'ils étaient traités comme des mineurs, toutes leurs libertés ont été étouffées, la situation de la presse a été dégradée par rapport à l'époque coloniale ; des dizaines d'associations nationales, culturelles, de presse, des scouts avec leurs différentes tendances et sensibilités idéologiques et politiques ont été soumises après l'indépendance à une censure systématique, ce qui a abouti à l'arrêt de leurs activités. Un programme a été élaboré pour contenir la direction syndicale de l'Ugtt en limogeant Ahmed Ben Salah considéré à l'époque comme la figure la plus emblématique et dynamique qui avait acquis une expérience syndicale internationale. Les élections ont été toujours falsifiées, les institutions ne représentaient que le parti unique au pouvoir... Pour toutes ces raisons et toutes ces frustrations, le 14 janvier a été vécu comme une nouvelle indépendance.
Le 14 janvier 2011, le régime de Ben Ali s'effondre, le parti au pouvoir est dissous, la Constitution n'est plus en vigueur, une Assemblée constituante élue se charge d'élaborer une nouvelle Constitution, de concevoir la nature du futur système politique et de donner naissance à la nouvelle République. Beaucoup de points communs nous rapprochent de la période post-indépendance. Pensez-vous qu'il y a vraiment des similitudes ? Et quelles sont pour l'historien les leçons à retenir du passé ?
Il y a toujours des similitudes et ressemblances entre les périodes transitoires, entre la Tunisie en 1956-1959 et la Tunisie 2011-2012. Si la première Constitution représentait un seul clan, celui de Bourguiba qui après avoir éliminé à la fois le clan des youssefistes du Destour, l'archéo-Destour, les communistes, les Zeitouniens et toutes les composantes de la société civile, nous relevons que l'actuelle Constituante est élue démocratiquement et personne n'est en droit de mettre en cause la légitimité des urnes ! De même le gouvernement formé d'une troïka dont nous critiquons la composition qui n'est pas homogène. Il aurait fallu composer un gouvernement formé principalement de technocrates. Si la Constitution de 1959 a été élaborée sans la participation effective de la population, ni de la présence d'une opposition qui peut peser sur les décisions majeures, nous relevons que l'Assemblée constituante émanant aujourd'hui des veines de la révolution de la démocratie et de la dignité est capable de nous donner une nouvelle Constitution née du débat libre et enrichi par le poids légitime d'une opposition édifiante ainsi que la présence des personnalités juridiques dignes de confiance.
Quel sens prend pour vous la célébration de ce cinquante-sixième anniversaire de l'Indépendance ?
L'indépendance du pays est une grande réalisation politique nationale qui mérite à chaque nouvelle étape de l'histoire qu'on observe une pause de méditation et de réflexion. L'indépendance est le produit d'interactions nationales, de courants et d'orientations qui ont contribué au couronnement de cette réalisation nationale. Nous fêtons cet événement pour mettre en exergue le parcours des hommes qui ont sacrifié leur vie et donné beaucoup d'eux-mêmes pour le pays. Cela exige une évaluation pratique et scientifique de ce qu'ont réalisé les hommes de l'Etat depuis 1956. A ce niveau se pose la question des interactions de toutes les orientations et les idées pour évaluer ce parcours et, partant, j'appelle à une vraie pause de méditation, afin de dégager un nombre important d'enseignements à la base des événements et des réalisations positives. Ce fait de l'Indépendance nous lie fondamentalement à un processus civilisationnel de continuité entre le passé et le présent pour la préparation de l'avenir.
D'un autre côté, l'historien qui suit avec attention tout ce processus de démocratisation de la vie politique de notre pays ne peut que se réjouir, malgré les déceptions et les incertitudes des événements douloureux qu'a connus notre pays ces deux derniers mois.


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