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Qui contrôle la Zitouna ?
Redémarrage des cours dans la grande mosquée
Publié dans La Presse de Tunisie le 08 - 05 - 2012

• L'enseignement zitounien redémarre. Il a commencé à dispenser des cours les samedis et les dimanches en attendant d'accueillir ses élèves à plein temps à l'automne prochain
Depuis le mois de mars dernier, les événements s'accélèrent à la Zitouna, avec d'énormes répercussions sur le champ religieux de notre pays. C'est le 19 mars, effectivement, qu'un juge autorisait la levée des scellés qui avaient été apposés en 1958 sur les bâtiments d'où était dirigé l'enseignement religieux de la Zitouna.
Le recours avait été formulé par l'Association des anciens élèves de cette mosquée, du Centre du Maghreb pour l'unité et le développement et de l'Association tunisienne pour la conservation des mosquées, sous la férule de deux personnalités, Cheikh Houcine Laâbidi et Cheikh Mohamed Bel Haj Amor.
Cheikh Houcine Laâbidi, qui est très impliqué dans cette nouvelle dynamique, est lui-même ancien zitounien. Il a connu l'exil en France où il a vécu une dizaine d'années et a exercé en tant que technicien supérieur en électronique. Il est aujourd'hui un membre très en vue de la commission scientifique de la Zitouna « Al hay'a al îlmiya ». Cette commission s'autodésigne depuis peu sous l'appellation de « machiyakha », en d'autres termes le rectorat, ce qui n'est pas sans rappeler Al Azhar. La comparaison et l'ambition « azhariennes » ne s'arrêtent pas là...
Quel enseignement à la Zitouna ?
Les cours redémarreront en octobre prochain. Les détails seront annoncés au cours d'une cérémonie prévue ce samedi 12 mai. Pour l'heure, la demande est forte : « 800 à 1.000 garçons et 325 filles » se sont déjà inscrits.
L'enseignement, nous explique Cheikh Houcine Laâbidi, comporte trois niveaux. Le premier niveau admet les enfants de 12 ans qui ont validé leur scolarité primaire. Il commence par un cursus de 4 ans au bout sanctionné par un « brevet». Le second cursus est de 3 ans et il est sanctionné par un baccalauréat qui ouvre la voie à l'enseignement supérieur zitounien.
La séparation de sexes sera de rigueur : les cours des filles seront administrés à la mosquée Sidi Youssef et ceux des garçons à la mosquée Zitouna. Cette solution est momentanée parce que l'institution œuvre à récupérer le «site zitounien Ibn Charaf» inauguré en 1951, reconverti entre-temps en lycée, et dont la capacité avoisine les 5.000 élèves, garçons et filles.
Qui va payer ?
Il faudra bien financer tout cela : entretien, administration, enseignants... Alors, d'où viendra l'argent ? Surtout que l'enseignement sera dispensé gratuitement aux élèves.
Cheikh Laâbidi, très volontariste, compte sur l'autonomie de cet enseignement. Les propositions de dons affluent, selon lui, de riches Tunisiens ayant déjà proposé des montants conséquents, atteignant parfois le milliard. Un docteur en pharmacie a également offert un immeuble...
Mais la vraie source de financement, celle qui est escomptée pour être durable, c'est la mosquée elle-même et ses propres revenus. Cheikh Laâbidi rappelle à ce propos que la mosquée possède des propriétés un peu partout dans la vieille ville et environ 500 magasins mitoyens à la mosquée lui appartiennent aussi. Il pense que tout doit être récupéré. Un point qui, à l'heure actuelle, n'est pas encore résolu.
Quant au cadre juridique de cet enseignement, qui compte délivrer un diplôme de baccalauréat et des diplômes d'enseignement supérieur, il ne relèvera ni du ministère de l'Education ni de celui de l'Enseignement supérieur, il sera une institution indépendante, autonome, et notre interlocuteur le réclame d'ailleurs, dans un parallèle évident avec Al Azhar.
« Les zitouniens ne sont pas ces “meddebs” qui psalmodient le Coran sur les morts »
Pour ce qui est du contenu de cet enseignement, toutes les matières seront enseignées, les langues vivantes, la littérature, la médecine, l'ingéniorat, la recherche nucléaire, les sciences, le journalisme, répond Cheikh Laâbidi. On pourra être médecin zitounien, par exemple, espère-t-il. Nous entamons la traduction en arabe des livres scientifiques et techniques.
La structure de l'enseignement sera similaire à celle d'Al Azhar, espère encore Cheikh Laâbidi qui a l'ambition de faire renaître la Zitouna, son enseignement « authentique » et lui redonner un rayonnement national et international.
En attendant les salles de classe, comment compte-t-il accueillir les élèves ? Au début, l'enseignement sera donné au sein de la mosquée et chaque colonne représente une classe mais le professeur aura une table et une chaise, précise-t-il.
«Nous voulons dire au public que les zitouniens ne sont pas ces “meddebs” à la tête enturbannée qui ne savent que psalmodier le Coran sur les morts, nous sommes des gens de science et de culture et si Bourguiba n'avait pas fait ce qu'il a fait et après lui Ben Ali, la Zitouna aurait été aujourd'hui une grande institution de savoir ». Et il enchaîne en insistant sur l'éthique qu'apporte l'enseignement religieux : «Nous voulons avoir des médecins zitouniens de cœur qui ont le diplôme de la Zitouna et la médecine, avec la morale et l'éthique, en plus, chose que nous avons perdu pour le moment ; nous avons des médecines matérielles qui ont perdu de vue que le corps qu'ils soignent est l'œuvre de Dieu .»
Quant au contenu de l'enseignement religieux, il sera, selon lui, malékite achâarite. Pourtant, d'autres ulémas de la Zitouna, et en particulier Cheikh Farid Beji et Cheikh Mokhtar Brahmi, ont créé il y a un mois la polémique, en accusant Cheikh Laâbidi d'avoir cédé la Zitouna aux salafistes. Ils se basaient sur une vidéo où on voyait Cheikh Laâbidi, dans la grande mosquée de Msaken, faire l'éloge d'Ibn Tayymiya, que beaucoup considèrent comme une référence majeure du salafisme. Depuis, ils se sont tous apparemment expliqués et réconciliés.
Toujours est-il que cette situation suscite nombre d'interrogations : en ce qui concerne le contenu de l'enseignement, peut-il être dispensé sans cadre juridique ? Des ulémas, aussi respectables soient-ils, peuvent-ils décider de redémarrer l'enseignement zitounien, sans concertation, sans débat ? Quel sera le rôle des ministères de l'Education et de l'Enseignement supérieur à l'égard d'une institution autoproclamée qui compte dispenser des formations diplômantes allant jusqu'au Bac et au doctorat en médecine ? Quid du rôle et de la position du ministère des Affaires religieuses ?
Qui contrôle la Zitouna? Qui recrutera les enseignants? Qui décidera des programmes? Peut-on demain, sans aval de l'Etat, confier ses enfants à une institution, uniquement parce qu'elle se prévaut de notre religion ?
Le champ religieux en Tunisie échappe parfois à tout contrôle. Les associations se multiplient, les mosquées changent d'imam, le mélange entre le politique et le religieux, l'instrumentalisation de la religion, l'activisme de courants concurrents ont conduit à la surenchère. De notoriété publique, Ennahdha et différents courants salafistes se livrent à un bras de fer pour le contrôle des mosquées, et plus largement, pour le contrôle du champ religieux. L'enseignement zitounien serait-il un nouveau champ d'expression de cette rivalité ?


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