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Elie, ou la prophétie des temps accomplis
Figures et concepts
Publié dans La Presse de Tunisie le 22 - 06 - 2012

On ne comprend pas l'importance prise par certains personnages dans l'histoire du monothéisme si on décide de la mesurer au nombre de pages qui leur sont consacrées dans les Ecritures. Elie, que le Coran évoque sous le nom d'Elias dans la sourate Essafât, et auquel la Bible réserve un cycle – «Le cycle d'Elie» — mais qui n'est que de quelques pages peu nombreuses, Elie, disons-nous, occupe parmi les prophètes une place à part, et c'est peu dire. Peut-être est-ce toutefois le lieu de rappeler ici que, dans la religion juive, une tradition orale a toujours existé à côté des textes et de leur exégèse. C'est sans doute dans cette tradition orale que l'importance du personnage se révèle davantage à travers la quantité des références.
Elie aurait vécu dans la période qui suit les règnes de David et de Salomon, au Xe siècle avant J.C. Il incarne une relation devenue désormais difficile avec l'autorité politique : autorité qui est tentée de se détourner de l'Alliance avec le Dieu unique... Le roi de l'époque se nomme Achab et le récit biblique met en scène le prophète, dès le départ, comme celui qui vient porteur d'une nouvelle catastrophique. Parlant au nom de Dieu, il s'adresse ainsi au roi : «Il n'y aura, ces années-ci, ni rosée, ni pluie, sauf à mon commandement». La suite du récit montre que cette prophétie se réalisera et que la malédiction n'en sera levée, trois années plus tard, qu'à l'occasion d'un événement particulier dont nous parlerons. Pourquoi cette prophétie funeste ? Il ne s'agit pas d'un simple pronostic. Elie prononce sa formule comme on lance un défi. Il veut dire que, face à ceux qui s'en remettent à d'autres puissances pour faire dans leurs vies la pluie et le beau temps, en quelque sorte, lui, déclare au nom de Yahvé, le Dieu unique, qu'il ne pleuvra pas, que la terre sera livrée à la sécheresse et ses habitants à la famine... Sous-entendu, et comme on dirait dans un langage familier : Essayez donc de casser ma prédiction en vous tournant vers ces puissances auxquelles vous avez accordé vos faveurs ! Bien sûr, la mise au défi est dans le même temps punition à laquelle le roi lui-même ne parviendra pas à échapper.
On trouve dans le texte un autre passage qui illustre bien cette attitude. Après la mort d'Achab vient un autre roi du nom d'Ochozias. Or il arrive que ce nouveau roi tombe du balcon de son appartement : la chute est mauvaise et il est mal en point. C'est alors qu'il envoie des messagers en leur demandant d'aller consulter les prêtres de Baal afin de savoir auprès d'eux s'il guérira de son mal. Elie, rapporte le texte, est visité par l'ange, qui lui enjoint d'aller à la rencontre des messagers. Ce qu'il fait et, après avoir reproché à Ochozias d'avoir délaissé Dieu et de lui avoir préféré Baal, il demande aux messagers de rapporter au roi cette prédiction : «Le lit où tu es monté, tu n'en descendras pas, tu mourras certainement». Cette fois, le défi de briser la prédiction est accompagné d'une condamnation à mort.
« Moïse et Elie s'entretenaient avec lui... »
Mais, dans sa violence même, que fait Elie que ne font pas les autres prophètes ? Et en quoi doit-on considérer que c'est un personnage à part, jouissant d'un statut particulier ? La réponse à cette question nous est donnée dans les Evangiles en un passage qui se rapporte à l'épisode de la «Transfiguration». Dans l'évangile de saint Matthieu, à titre d'exemple : «...Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et les emmène, à l'écart, sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. Et voici que leur apparurent Moïse et Elie, qui s'entretenaient avec lui».
Cette présence d'Elie au moment où le Messie révèle sa vraie nature indique qu'il revêt dans la tradition ancienne une dimension qu'on pourrait appeler «eschatologique» : il fait retour ! Il fait retour dans l'accomplissement des temps. Car la venue du Messie, pour ceux qui l'ignoreraient, s'inscrit dans un tel accomplissement. Une prophétie exprime cette vocation particulière d'Elie lorsqu'elle énonce : «Voici que je vais vous envoyer Elie le prophète, avant que n'arrive le Jour de Yahvé, grand et redoutable.» Nous la trouvons chez un prophète peu connu de nous, mais qui a toute sa place dans la tradition juive : Malachie...
Elie a ainsi le rôle de celui qui prépare la venue du «Jour». Les disciples de Jésus ne l'ignorent pas et, lors de l'épisode de la Transfiguration, ils ne peuvent s'empêcher de lui poser la question : «Que disent donc les scribes, qu'Elie doit venir d'abord ? » A quoi il leur répond : « Oui, Elie doit venir et tout remettre en ordre; or, je vous le dis, Elie est déjà venu, et ils ne l'ont pas reconnu, mais l'ont traité à leur guise...» Autrement dit, Elie est un signe annonciateur de la venue du Messie. Et ceux parmi les Juifs qui vont mettre en doute le fait que Jésus est le Messie vont s'appuyer sur le constat qu'Elie ne s'est pas manifesté. D'où la réponse de Jésus: Elie est venu, mais ils ne l'ont pas reconnu !
De qui l'offrande sera reçue ?
Il y a lieu de penser que cet Elie qui est venu n'est autre que Jean-Baptiste, appelé Yahia dans le Coran... Bien des passages des Evangiles le suggèrent et Jésus, selon le témoignage du même Matthieu, se fait très clair à un moment quand il dit ceci à propos de Jean-Baptiste : «Et lui, si vous voulez m'en croire, il est cet Elie qui doit revenir»
Quoi qu'il en soit de cette question, on est en présence avec Elie d'une figure qui, au sens littéral du terme, est surhumaine. Sa mort elle-même n'est pas ordinaire, si tant est d'ailleurs qu'il soit possible de parler de mort. Ne lit-on pas qu'Elie monta au ciel dans un tourbillon. Sa mort est « enlèvement ». L'islam adopte cette vision précise des choses à propos de la mort de Jésus sur la croix et, même si le christianisme s'en éloigne à travers l'affirmation de la mort et de la résurrection, il la rejoint en même temps à travers l'image du tombeau vide, de la disparition du corps...
La présence au monde d'Elie se situe donc au-delà de l'histoire, dans la dimension qui est celle de son achèvement. Et, parce que son existence s'inscrit dans cette dimension, ce qui est rapporté de son ministère revêt une signification, non pas historique, telle qu'un observateur contemporain des événements en question pourrait s'en faire le chroniqueur, mais essentiellement symbolique et eschatologique. C'est le cas avec cet épisode qui clôt la période de sécheresse, épisode au cours duquel le peuple se rassemble sur le mont Carmel... Elie avait demandé au roi Achab d'y convoquer les 450 prophètes de Baal pour ce qui allait ressembler à une joute de thaumaturges... Puis il s'adressa au peuple : « Moi, je reste seul comme prophète de Yahvé, et les prophètes de Baal sont 450. Donnez-nous deux jeunes taureaux ; qu'ils en choisissent un pour eux, qu'ils le dépècent et le placent sur le bois, mais qu'ils n'y mettent pas le feu... » De qui l'offrande sera reçue par le ciel : celle de ces innombrables prêtres ou la sienne, lui qui est seul ? Telle est la question décisive, qui va les départager et, dans le même temps, révéler la vérité. Le texte raconte que les prophètes de Baal invoquèrent leur dieu « depuis le matin jusqu'à midi ». En vain. Le feu du ciel ne céda pas à leurs prières. Quant à Elie, il commença par demander qu'on versât de l'eau sur son offrande et sur le bois disposé... Puis il invoqua Yahvé, Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, concluant de la sorte : «Réponds-moi, pour que ce peuple sache que c'est toi, Yahvé, qui es Dieu et qui convertis leur cœur!» Alors, « le feu de Yahvé tomba et dévora l'offrande et le bois, les pierres et la terre...» Après quoi Elie s'écria : « Saisissez les prophètes de Baal, que pas un d'eux n'échappe ! »
Le message de la veuve
Par-delà le prodige et son extraordinaire que retiendrait une lecture littérale de ce passage très connu de la Bible, il y a un sens plus en accord avec le véritable propos du texte, et qui est justement d'ordre eschatologique. Ainsi de « l'égorgement » des 450 prophètes de Baal qui, comme événement historique, paraît assez peu crédible mais qui, comme signe ou métaphore, annonce avec plus de pertinence une réalité désignée en ce qui concerne la fin des temps et la survie, ou plutôt la non-survie, des religions qui servent de soutien idéologique à des puissances locales. Ainsi également de la fin de la sécheresse elle-même, qui survient aussitôt après que le feu du ciel soit tombé sur l'holocauste : la pluie qui vient renvoie à des bienfaits plus larges et plus profonds pour l'âme de l'homme... Ainsi encore du double miracle qui s'accomplit, dans ce temps de l'attende de la grâce divine, en faveur de la veuve de Sarepta : cette veuve avait accepté de partager avec Elie — bien qu'elle ne fût qu'une étrangère — ce qui aurait été son dernier repas, à elle et à son fils : ses provisions se renouvelèrent jusqu'au retour de la pluie et son fils fut ramené à la vie après avoir succombé à la mort... Pas d'arrogance, ni de condescendance, mais une obligation consacrée de partager le don de grâce avec ceux dont le cœur est prêt à recevoir un tel don.
Et nulle crédulité sollicitée, malgré tous les prodiges, dans la lecture du récit de ce prophète pas comme les autres : mais le devoir impérieux, oui, de savoir lire, d'aller vers le vrai sens, qu'on l'appelle «mystique» ou d'un tout autre nom.


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