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Nous sommes tous bipolaires
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 25 - 09 - 2012


Par Rym GHACHEM-ATTIA*
La récurrence des critiques vis-à- vis de la psychiatrie me pousse à écrire ces quelques lignes pour expliquer certains concepts. Sujet tabou, s'il en est, la maladie mentale s'est ouverte depuis peu au débat public. Jusqu'alors, elle faisait l'objet d'un consensus silencieux du même ordre que celui qui entoure les lieux de grande exclusion. Les hôpitaux psychiatriques, tout comme les prisons, sont les derniers bastions de non démocratie, suscitant peur et perplexité. On constatera que chaque approche du problème entraîne l'intervention de personnes ou de services différents.
On sait aussi que le baromètre du développement d'un pays est étroitement lié au degré de développement de sa santé mentale.
D'ailleurs n'oublions pas que notre 14 janvier 2011 a débuté, le 17 décembre 2010, par une immolation par le feu; ce geste est un appel induit par une forte détresse ; il incarne une souffrance encore plus insupportable que le feu. Toutes les 20 secondes un suicide se produit dans le monde.
Que peut-on faire pour diminuer cette souffrance? Certes, cela dépend de beaucoup d'acteurs; toutefois au niveau du secteur de la santé et de la médecine, il y aurait lieu tout d'abord de définir certains concepts.
Qu'en est-il de la santé mentale ? Qu'est-ce qu'une pensée en bonne santé? La réponse, s'il en est une est plus radicale, plus fondamentale que celle apportée à un questionnement porté sur la santé physique, plus dangereuse aussi car, c'est indéniable, génératrice d'exclusion. Réponse complexe dans tous les cas, et il suffit pour s'en persuader d'évoquer la récente boutade d'un spécialiste : «L'état de complet bien-être décrit par l'OMS est procuré par la plupart des drogues légales ou illégales proposées sur le marché !..» Cette définition donnée par l'OMS est trop large, trop vague.
Le terme de bien-être psychique est illusoire et subjectif. Une triple définition de la santé et des maladies mentales donnée par Professeur Norman Sartorius est basée sur la richesse de la langue anglaise qui utilise trois mots pour le terme maladie : disease, illness et sickness.
«Disease» ou la maladie comme un phénomène objectif
On affirme ici la dichotomie entre santé et maladie, mutuellement exclusives. Cette définition implique que l'on fasse appel prioritairement à la médecine et mieux, au spécialiste en psychiatrie. Il lui sera beaucoup demandé : une démarche préventive de préférence, un traitement efficace de la maladie lorsqu'elle s'avère installée et diagnostiquée, une attitude qui serait, en chaque circonstance, à la pointe des progrès scientifiques et à la fois intensément humaine. Car l'art de guérir est censé utiliser et coordonner l'ensemble des sciences qui sont orientées vers la santé de l'homme et la lutte contre ses maladies. On constate aisément, en relisant la belle et ambitieuse définition de la santé de l'OMS, que la tâche est inhumaine. D'ailleurs la médecine n'est pas demandeuse de la totalité de ces missions. Les médecins ne peuvent ni ne prétendent être appelés comme interlocuteurs uniques face aux troubles mentaux.
«Illness» ou la maladie vécue par le sujet. Le récit personnel de la personne qui souffre apporte une définition subjective de la maladie. C'est une mesure de sa capacité à surmonter le défi que la maladie représente pour celle-ci. Il est indispensable d'en tenir compte dans la perspective d'accélérer une reconquête de sa santé par le sujet. Indispensable aussi de l'écouter pour affiner la connaissance des personnes qui tentent de comprendre les troubles mentaux. Cette deuxième approche de la maladie mentale s'adresse à la fois aux chercheurs et aux personnes de terrain et fait appel aux sciences humaines et cognitives parmi lesquelles la psychologie et la psychanalyse se taillent de beaux succès. Elle suppose qu'on accepte une double définition de la maladie,l'une est scientifique et l'autre est subjective rapportée par le patient.
«Sickness» ou la maladie vue par la société
La société actuelle exige de chacun qu'il prenne la responsabilité de sa propre vie et de celle des autres, qu'il s'engage dans une série de liens sociaux d'apprentissage, de travail, de vie familiale et collective avec ses divers aspects, qu'il fasse des projets et s'attelle à leur réalisation. La santé mentale de chaque personne importe à tous dans la mesure où ses défaillances entraînent des conséquences pour autrui. C'est ainsi qu'on voit intervenir dans ces problèmes : les compagnies d'assurances, la médecine du travail, les instances judiciaires et leurs experts, les gestionnaires des services publics, et bien d'autres. Tous ces intervenants ne sont pas nécessairement en relation thérapeutique avec la personne qui souffre de troubles mentaux mais ils participent à l'application pratique des valeurs choisies par nos sociétés démocratiques. Il incombe à chacun d'entre nous de déterminer, à travers le fonctionnement de nos institutions, quelle place la santé mentale doit occuper dans la hiérarchie des choix de société.
Les troubles mentaux sont donc regardés différemment selon la personne ou le groupe qui porte les lunettes colorées : celles des médecins, de la personne souffrante et ses représentants ainsi que celles de la société. Chaque point de vue entraînera l'implication d'intervenants et d'institutions différentes. Les objectifs visés ne seront pas les mêmes, le vocabulaire employé non plus. Le monde médical parlera en termes de maladies, symptômes, syndromes, dysfonctionnements neurologiques, chimiques. Le point de vue psychologique, pas toutefois dissocié du médical ni du social, évoquera de préférence les troubles ou la souffrance psychique, les névroses, les psychoses. L'approche sociétale s'attachera à tout ce qui transparaît à travers les comportements, les troubles relationnels, les écarts statistiques et déviants par rapport à la norme.
L'OMS considère qu'environ 8 % de la population mondiale souffre de troubles mentaux et de comportement plus ou moins graves, tandis qu'on s'accorde généralement à citer des chiffres allant de 0,5 % à 2 % pour dénombrer les personnes souffrant de troubles sévères, chroniques pour la plupart.
De toute évidence, le champ de la santé mentale est très large. On nous interpelle souvent pour expertiser telle personne qu'un autre individu trouve incohérente, mais incohérente par rapport à quoi?
Par exemple, le concept de la bipolarité s'étant extrêmement élargi, nous sommes tous bipolaires (parfois tristes parfois gais).
Nous savons que plusieurs gouvernants ont souffert de troubles psychiatriques. Néanmoins, ils ont su gérer leur mandat et ont laissé un héritage parfois sublime voire avant-gardiste par rapport à l'époque «ces fous qui nous gouvernent». La psychiatrie est souvent utilisée quand il n'y a plus de «solutions». A l'école, dès qu'un enfant n'est pas « formaté scolairement», les parents sont convoqués et le «psy» est réquisitionné.
Non, la psychiatrie ne doit pas servir à expliquer pour excuser ou encore pour rejeter. Il s'agit d'une véritable science. Comme tout malade, il est capable de travailler et de diriger; il devient incapable quand les troubles psychiatriques entravent le discernement et le jugement. Parfois le discernement est entravé par l'amour, l'appât du gain et bien d'autres péchés capitaux. Mais quand la chose dépasse les normes admises, on crie au fou!! On fait appel aux spécialistes pour expliquer, excuser ou encore pour rejeter. Parmi les choses admises, considérons tout d'abord le respect des lois et de la dignité des êtres pensants que le voile de l'ignorance est en train de perturber.
*(Professeure en psychiatrie)


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