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Le gouvernement idéal
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 04 - 02 - 2013


Par Taha BELKHODJA*
La Tunisie vit, depuis deux ans, une période très critique où tous les voyants sont au rouge et les citoyens voient leur situation plutôt empirer. Il y a un manque de confiance manifeste qui est en train de se développer de jour en jour, la violence s'est politisée et elle est devenue notre pain quotidien. Cette violence est tout à fait insolite du moment qu'elle revêt un caractère religieux et surtout que ses auteurs défendent un parti qui détient le pouvoir.
Les responsables n'ont plus aucune autorité, les administrations publiques sont désertées et le vide se creuse. Certes un triste bilan qui inquiète les Tunisiens après deux ans du déclenchement de la révolution, ces difficultés socio-économiques, d'autres pays les ont connues et soigneusement résolues en comptant sur eux-mêmes. Pour cela, il faut conjuguer les efforts de tous les citoyens tunisiens et se mobiliser en faisant preuve de patriotisme et de bon sens, oubliant les intérêts individuels.
Un gouvernement provisoire, selon les règles internationales d'usage et la logique, même s'il est légitime, ne peut établir une quelconque stratégie à terme, ni prendre des décisions qui engagent le pouvoir à venir. Il ne peut intervenir donc que sur la gestion des affaires courantes principalement ou celles qui revêtent un caractère d'urgence dont la stabilité du pays et de sa sécurité. Ainsi donc le gouvernement provisoire, qui a assez duré, est en très mauvaise posture pour céder les biens de l'Etat ou prendre des décisions telles que la semaine de 5 jours, nommer ou révoquer les hauts fonctionnaires de l'Etat et changer des billets de banque pour une futile inscription (7 novembre 1987), nos ancêtres disaient «illi bih sikra, bih sabbat».
Ceci étant, il faut faire preuve de sagesse messieurs les gouvernants, sachant que vous-mêmes avez reproché au gouvernement de transition Essebsi d'avoir accordé l'indemnité spécifique aux fonctionnaires de l'Etat !
Compte tenu de la situation de crise économique qui prévaut dans le pays, il est plus judicieux et raisonnable d'opter pour la compression des dépenses de l'Etat, plutôt que d'augmentation des recettes telles que l'impôt et le carburant qui ne peuvent que se répercuter sur les produits et nuire au pouvoir d'achat du citoyen et surtout handicaper davantage les chômeurs qui ne disposent d'aucun revenu.
On n'a plus le choix aujourd'hui, une politique d'austérité s'impose et par conséquent, suite à la demande du peuple, les secrétariats d'Etat et certains ministères sont à supprimer pour un gouvernement restreint pour lequel, après étude et un travail de regroupement des ministères, il est recommandé la composition suivante sachant que les secrétaires d'Etat seront remplacés par des hommes de terrain, les directeurs généraux comme principaux opérateurs :
1– 1er ministre, président du Conseil des ministres
2– Vice- président du Conseil, ministre du Développement régional et de l'Aménagement du territoire
3– Ministre de la Sécurité publique et des collectivités locales
4– Ministre de la Justice et des Domaines de l'Etat
5– Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale
6– Ministre de l'Economie, du Plan et des Finances
7– Ministre du Travail, de la Formation professionnelle et des affaires sociales
8– Ministre de l'Education nationale et de la Recherche
9– Ministre de la Culture, de la Communication et de la Vie associative
10– Ministre des Affaires religieuse et de la solidarité nationale
11– Ministre de la Femme, de la Famille et de la Cohésion sociale
12– Ministre des Infrastructures, du Transport et du Tourisme
13– Ministre de la Santé et des Personnes handicapées
14– Ministre de la Construction, de la Ville et du Développement urbain
15– Ministre de la Défense nationale
16– Ministre de l'Agriculture, de la Mer et de l'eau
17– Ministre du Commerce, de l'Industrie et de l'Artisanat
18– Ministre de la Jeunesse et des Sports.
Dans cette situation que vit notre pays, il y a des priorités à respecter impérativement. Il est de l'intérêt de tout contribuable tunisien de faire l'économie du salaire de 11 secrétaires d'Etat et 14 ministres, et autant de conseillers et ministres sans portefeuille dont on peut s'en passer. Deux centaines de millions par mois seront économisées, de quoi couvrir le salaire de pas moins de 600 chômeurs, ce qui n'est pas négligeable en cette période précaire.
A titre indicatif, la Chine qui compte plus que 1,300 milliard d'habitants, n'a que 36 membres au gouvernement alors que nous en avons plus que le double (74), la Suisse en a seulement 7, donc il y a bien des choses à revoir et mettre de l'ordre chez nous, «the game is over» !
Quant aux constituants, ils ont le devoir de fournir plus d'effort et terminer au plus vite la constitution, j'en ai fait une, en une dizaine de jours. Il ne s'agit pas de réinventer la roue, tous les articles existent dans des dizaines de constitutions de par le monde, il suffit de faire une sélection de ce qui convient le mieux à notre pays.
Les constituants nous coûtent environ un milliard par mois, de quoi faire travailler 3.000 chômeurs, donc comme vous voyez messieurs, chaque jour compte, concentrez-vous sur la constitution, l'objet principal de votre présence à l'ANC. Dieu merci, vous en êtes bien capables, vous avez déjà établi au début de votre mandat, la « petite constitution » à 26 articles en seulement 5 jours et le règlement intérieur à 141 articles en une vingtaine de jours, la constitution normalement ne devrait pas vous prendre plus que deux mois, si vous avez mis de côté vos appartenances partisanes, comme c'était convenu, en pensant seulement à l'avenir de votre pays.
Le plus sage aujourd'hui, c'est d'arrêter impérativement les salaires des constituants au 22 octobre 2012, fin du contrat électoral (électeurs/élus) pour limiter les dégâts, la plus grande erreur de principe, c'était la rémunération des constituants. L'être humain est égoïste de nature, comment voulez-vous qu'une personne qui perçoit plus que 10.000 dinars (38 fois le Smig) par mois, puisse abandonner tout bonnement la somme de 50.000 ou 70.000 dinars (5 ou 7 mois de salaire) pour nos beaux yeux. Il ne faut pas se faire d'illusion, les intérêts des électeurs et ceux des élus s'opposent incontestablement et tous les Tunisiens en sont conscients aujourd'hui après que la moitié des constituants, des opportunistes sans scrupule, ont demandé une retraite conséquente, c'est malheureux quand on sait qu'avant les élections, tout le monde parlait de volontariat.
Par ailleurs il y a un problème majeur de partialité évidente dans certains ministères que je n'appellerai pas de Essiâda (souveraineté), mais plutôt des ministères influents dans une période bien particulière de transition, soit de construction de l'avenir du pays. C'est exactement comme dans une partie de foot internationale décisive pour la qualification pour laquelle on désigne un arbitre tunisien prétextant qu'il va être impartial, ça n'a pas de sens, c'est évident, il faut que ce soit un arbitre étranger.
Ceci étant, le département des Droits de l'Homme et de la justice transitoire doit relever des institutions indépendantes non gouvernementales, les ONG comme partout dans le monde. La Tunisie ne doit pas faire l'exception surtout que nous disposons de Tunisiens et d'associations de très haut niveau.
Tout comme le ministère de l'Intérieur qui doit devenir le ministère de la Sécurité publique et des collectivités locales car celui-ci n'a rien fait pour les régions de l'intérieur et désormais il doit s'occuper de la sécurité du peuple et veiller à assurer l'ordre, le bien-être et la sauvegarde de l'environnement en appliquant la loi, une condition sine qua non pour rétablir la confiance et relancer l'économie du pays, l'objectif essentiel de tous les Tunisiens.
Afin d'épargner tout risque de dérapage ou même de soupçon de règlement de comptes ou autres, avec tous mes respects à de M. Ali Laârayedh qui a fait preuve de beaucoup d'effort, il ne faut pas que le ministre de ce département ait une appartenance au parti au pouvoir. Compte tenu de la violence croissante et de l'insécurité qui règnent dans le pays, il faut un professionnel indépendant et neutre. Ce que nous sommes en train de vivre ces derniers temps, risque de faire boule de neige et départager les Tunisiens au lieu de les unir.
Le ministère de la Justice aussi, qui doit devenir le ministère de la Justice et des Domaines de l'Etat où les biens de l'Etat seront mieux conservés et gérés, comme c'était auparavant. Pour éviter tout soupçon de règlement de comptes ou de partialité, avec tous mes à M. Noureddine Bhiri, il ne faut pas que le ministre de ce département soit juge et parti, il doit impérativement être indépendant et neutre à l'instar du ministre de la Défense, la volonté de la quasi majorité des partis, ceci est plus qu'important pour éviter les polémiques spéculatives.
Dans le prochain gouvernement, il est à prévoir un vice-Premier ministre, ministre du Développement régional et de l'Aménagement du territoire. Il faut absolument mettre en haut de la pyramide ce ministère pour lui donner plus d'autorité et une marge de manœuvre plus large et mieux appropriée pour l'aménagement du territoire, dont les technocrates connaissent bien l'intérêt, c'est ça le changement adéquat postrévolutionnaire qu'il faut exhorter.
Ainsi dans le cadre de la décentralisation, il faut que les gouverneurs soient désormais sous la tutelle de ce nouveau vice-Premier ministre. Le chef d'orchestre sera évidemment le gouverneur, première autorité locale, originaire bien sûr de la région et élu par ses habitants. Pour cela, il faut la reprise immédiate du travail de l'Isie, qui n'aurait jamais dû arrêter les inscriptions des électeurs, et organiser dans les semaines voire les jours à venir les élections des conseillers régionaux. Il y a un vide institutionnel très préjudiciable, ceci est plus qu'urgent, la nature a horreur du vide.
Nous avons bien réussi les élections de l'Assemblée nationale constituante, nous avons aujourd'hui l'obligation de réussir les élections des conseils régionaux avec les mêmes moyens du bord et ainsi les membres élus vont élire à leur tour, et parmi eux, les gouverneurs présidents de ces conseils selon leurs compétences. Les conseillers régionaux seront élus au suffrage universel direct au scrutin uninominal majoritaire. Un gouverneur ne doit pas être nommé mais élu ou révoqué par les conseillers régionaux, indépendamment du gouvernement et de toute tendance partisane. Ceci nous permettra ensuite de relier avec l'organisation des élections municipales.
Cette situation d'anarchie totale, d'insalubrité des villes, de constructions anarchiques sur les trottoirs, de flambée des prix, de circulation d'armes, de fuite des investisseurs à l'étranger et d'absence d'autorité ne pourrait pas continuer encore des semaines. Il faut absolument organiser les élections présidentielle et législatives simultanément et au plus vite et arrêter ainsi cette hémorragie avant que la situation ne devienne ingérable. Suite aux délits qui se répètent ces temps-ci, le redressement de la situation risque de générer une deuxième révolte, hélas sanglante cette fois-ci.
Encore une chose, pas de moindre importance, lors de ce remaniement imminent, c'est l'occasion propice aux ministres qui veulent se présenter aux prochaines élections de quitter le gouvernement. Comme il ne faut surtout pas faire l'erreur de permuter ou changer un ministre d'un département à un autre, sachant qu'il faut 100 jours pour que ce dernier se mette dans le bain. On parle de ministres technocrates, je ne partage pas cet avis, le plus important, il faut que le politicien soit un bon communicateur avec ses subordonnés, les directeurs généraux, eux, doivent être de bons technocrates, on n'a plus besoin de secrétaires d'Etat, un seul politicien par ministère suffit. Bien entendu les ministres incompétents, ou qui ne maîtrisent même pas le français, doivent absolument quitter le gouvernement, tels que le ministre des Affaires étrangères, surtout après l'Affaire du « Sheratongate », il s'agit du prestige de l'Etat, comme il est absolument à éviter de nommer des hommes polémistes. Sauvons tous notre cher pays, la Tunisie souffrante, Yes we can.
Pour finir, je salue les ministres qui quitteront le gouvernement pour leur compréhension et leur sens du patriotisme, la Tunisie a besoin de nous tous, et nous pouvons la servir n'importe où que nous soyons ! « La valeur d'un homme tient dans sa capacité de donner et non dans sa capacité à recevoir » (A. Einstein).
*Ingénieur – Expert


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