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Quand les tristes souvenirs s'éveillent!
Prison d'Ennadhour à Bizerte
Publié dans La Presse de Tunisie le 25 - 03 - 2013

Hommes politiques ou représentants de la société civile, tous ceux qui ont visité la prison d'Ennadhour à Bizerte n'ont jamais imaginé l'ampleur de la souffrance que vit, à perpétuité, sa population incarcérée. Personne n'est au courant de ce qui se passe derrière les barreaux. Tout est entouré du plus grand secret, dans une opacité totale. Seuls les antirégimes politiques, youssefistes ou islamistes, à l'époque de Bourguiba comme celle de Ben Ali, avaient longtemps vécu dans les ténèbres des cellules d'enfermement dans ce bagne de la mort.
L'accès est déjà difficile pour y arriver, il faut escalader le long chemin serpenté sur des falaises escarpées jusqu'au point culminant, où les vieilles bâtisses de la prison, édifiées du temps du protectorat français, surplombent la ville de Bizerte comme une planète de fantômes. Pas loin de Borj Erroumi, sur une zone militaire. Y accéder est un véritable calvaire.
M. Samir Dilou, lui aussi ancien détenu, actuellement ministre des Droits de l'Homme et de la Justice transitionnelle, a été profondément ému et extrêmement surpris par ce qu'il avait constaté de visu, lors de sa dernière visite à ce temple maudit. Accompagné de son collègue, fraîchement désigné à la tête du ministère de la Justice, M. Nadhir Ben Ammou, il a tenu à faire le tour de la prison, tout en étant à l'écoute des préoccupations des détenus dont le nombre totalise un peu plus de 470 prisonniers. Pour une fois, il y avait des membres d'ONG et de la société civile qui ont voulu prendre connaissance de la situation de détention jusque-là entourée d'un flou persistant. Egalement, un groupe des détenus-doyens y est venu en masse éveiller les tristes souvenirs des années 60, où beaucoup parmi eux, censés être impliqués dans un complot contre le régime de Bourguiba, ont été condamnés à la peine de mort. Ceux qui sont encore en vie demeurent, aujourd'hui, témoins de l'histoire de la torture et de l'humiliation.
Les grandes portes de la prison ont été largement ouvertes face à un public curieux de fouler les camps des oubliés. Gradés et gardiens pénitentiaires semblent être accueillants, mais aussi avertis. Ils ne sont pas habitués à un pareil comportement. Les temps ont-ils changé?, s'étonne un visiteur. L'affluence étant massive. Accompagné de sa fille et de la veuve de son camarade de cellule, Am Kaddour Ben Yochrat, de vraie souche bizertine, s'est, ainsi, lancé dans un malheureux récit qui ressemble aux contes de fées. Il remonte le temps à l'époque de son incarcération, il avait alors à peine 30 ans. Il se rappelle encore, comme si c'était hier, des plus durs huit ans de sa vie passés dans des grottes souterraines de la prison. Une cave creusée sous le sol, où d'anciens prisonniers politiques étaient enterrés vivants. A l'intérieur, il n'y a plus de lumière. Les murs sentent l'humidité et les bouffées d'oxygène s'injectent à très faibles doses. Qu'ils soient coupables ou non, des milliers de détenus sombraient autrefois dans l'obscurité totale, les mains et pieds enchaînés, indignement asservis à leurs tortionnaires. Ceux-ci, aussi sadiques soient-ils, n'hésitaient point à les malmener et les faire subir diverses formes de violations et d'agressions. Certains détenus s'en étaient sortis traumatisés, porteurs de maladies chroniques dont la plupart sont devenus asthmatiques et des insuffisants rénaux... D'autres avaient commis des tentatives de suicide pour fuir l'enfer de l'isolement et de l'asservissement.
Pénétrant jusqu'au bout de ce labyrinthe de l'oubli, un terrible silence assourdissant s'empare des lieux. Si Ben Yochrat, les yeux larmoyants, nous a révélé que dedans le détenu n'a aucune chance d'entendre le bruit de la vie, ni même percevoir la lumière du jour. «Huit ans que j'ai passés dans cet endroit étouffant, affamé vivant de quelques miettes de pain parsemées par terre. De même pour mes camarades...», s'en souvient-il. Les deux ministres qui ont pénétré dans la cave n'ont pas pu supporter l'odeur fétide et les graffitis encore visibles sur les murs de la dépression. Et c'était grâce aux projecteurs des caméras des journalistes qu'on a pu voir les séquelles douloureuses des politiques pénitentiaires répressives. Selon des témoins, cela avait eu lieu pendant l'exercice de Taïeb M'hiri, alors ministre de l'Intérieur au début des années 60, et celui de son successeur Béji Caïd Essebsi. Les sympathisants de Salah Ben Youssef, les islamistes ainsi que certains opposants de Ben Ali le connaissent très bien. Ils gardent en mémoire les spectres de la torture qu'ils subissaient au quotidien, sans avoir le moindre recours en justice, ni le droit de défense. Autant de pratiques sauvages loin d'être conformes aux principes élémentaires des droits de l'Homme. Des atteintes flagrantes à la dignité physique et morale du prisonnier. Profitant de la présence de Ali Ben Salem, illustre détenu de la prison, où il avait longtemps souffert des affres du supplice, la foule a voulu en savoir plus. Marchant à pas feutrés, l'homme chargé d'émotions et de paroles, a parcouru la cave, racontant scrupuleusement son triste passé. «Onze ans de prison ferme pour avoir été accusé de complicité avec d'autres youssefistes dans un coup d'Etat présumé en 1962. Depuis, j'étais mis à rude épreuve de la vie carcérale, attaché à des carcans métalliques cloués au mur», décrit-il, poussant un profond soupir. Les présents ont été attentifs, ne cessant de lui demander des explications supplémentaires. Des nahdhaouis n'ont pas manqué, eux- aussi, de livrer des témoignages divers quant aux maltraitances et actes répressifs dont ils étaient victimes dans les années 90.
Et la visite se poursuit. Le directeur de la prison, le lieutenant Makram Ammar, était très sollicité pour plus d'informations. Ce responsable n'a pas caché que cette institution mérite bien des réformes. Les conditions de détention sont déplorables. Parmi une population carcérale condamnée à de longues peines, voire à perpétuité, M. Makram a recensé, au moins, neuf cas sociaux dont l'état de santé implique leur libération avant terme. MM. Dilou et Ben Ammou se sont, ensuite, dirigés vers la Karraka, un pavillon considéré des plus dangereux, où résident des condamnés à la peine capitale. Un détenu nous a confié qu'il purge 81 ans de prison pour avoir émis des chèques sans provisions dont la valeur est de quelque 2 mille dinars. Incroyable, mais vrai !
Agglutinés derrière les barreaux des fenêtres d'aération en haut des cellules, de nombreux prisonniers ont revendiqué, dans un grand brouhaha, la possibilité d'être graciés ou faire partie de l'amnistie générale. Alors que d'autres se sont contentés de voir leurs peines, aussi lourdes soient-elles, réduites de moitié. Chacun d'eux se déclare innocent et veut être acquitté.
Face à cet état des lieux qui n'est plus à démontrer et suite aux flux des demandes de certains détenus, le ministre de la Justice se trouve devant une responsabilité assez lourde. A peine quelques semaines après sa prise de fonction, M. Ben Ammou doit engager tout un chantier de réformes et de restructuration. Rendre justice aux justiciables, dans un processus de transition démocratique, relève aussi du rôle de M. Dilou. En fait, le gouvernement de Laârayedh aura encore du pain sur la planche. Qu'attend l'Etat pour pallier toutes ces défaillances? Améliorer les conditions pénitentiaires ou fermer à jamais la prison.
D'ailleurs, cette question de fermeture a déjà été posée à maintes reprises. Lors de sa visite, en 2012, à ladite prison, le président Marzouki l'a encore confirmé. Et l'information de sa reconversion en musée de la mémoire collective avait circulé au lendemain de la révolution sans qu'une décision ne soit sérieusement prise jusqu'à ce jour.


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