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«Renforcer le dispositif de lutte contre la fraude fiscale»
Entretien avec... Lassaâd Dhaouadi (conseiller fiscal)
Publié dans La Presse de Tunisie le 29 - 05 - 2013

Selon bon nombre d'experts, le système fiscal tunisien souffre de plusieurs défaillances et semble être en profond déphasage avec les dispositions internationales. D'ailleurs, lors du dialogue national sur la réforme fiscale qui a récemment démarré à Tunis, divers points ayant trait à ces défaillances ont été évoqués suscitant diverses réactions. Eclairage de Lassaâd Dhaouadi, conseiller fiscal agréé et membre du Groupement professionnel des conseillers fiscaux, de l'Association fiscale et de l'Institut des avocats conseillers fiscaux de France.
Quelles sont les principales carences du système fiscal tunisien ?
D'abord, il faut dire que bon nombre de dispositions ne respectent pas les grands principes du droit et de la fiscalité, à savoir les principes de légalité, de neutralité, d'égalité et de non-discrimination. Dans ce sens, on peut citer les dispositions fiscales mafieuses ayant subordonné l'obtention d'un avantage quelconque (avance sur crédit de TVA de 15% ou 50%) ou la déduction d'une charge à la certification légale des comptes. Ces mesures, qui contredisent l'article 34 de la Constitution consacrant le principe de la légalité, n'ont pas de similaires dans les législations des pays développés.
On peut également ajouter d'autres carences relevant de l'article 36 de la loi de finances pour la gestion 2010, de l'article 49 désuète sur l'impôt sur le revenu des personnes physiques et l'impôt sur les sociétés. S'y ajoute l'article 185 de la loi de finances 2012 qui a paralysé les services de contrôle fiscal au profit des fraudeurs. Ces dispositions discriminatoires et contraires aux principes constitutionnels ont subordonné le bénéfice d'un droit par une entreprise citoyenne à la certification de ses comptes par un commissaire aux comptes.
La pseudo-certification évoquée ci-dessus balise le terrain devant des pratiques discriminatoires. Dans les pays développés, tels les Etats-Unis d'Amérique et le Royaume-Uni, l'audit n'est obligatoire que pour les entreprises cotées en Bourse. Or, en Tunisie, toutes les entreprises doivent le faire. Il me semble que nos entreprises ont besoin du modèle précité afin de faire face au déficit de compétitivité dont elles souffrent et parvenir à survivre. Il est aujourd'hui impératif de réformer le code des sociétés commerciales et la loi n°225-96 du 18 octobre 2005 relative au financement de la sécurité financière. Le cas s'applique au décret n°2006-1546 dont l'article premier prévoit des critères irraisonnables et favorables à la corruption. Il s'agit ici des critères de désignation d'un commissaire aux comptes. Le code des sociétés commerciales tunisien oblige les Sarl (sociétés à responsabilité limitée) à désigner un commissaire aux comptes en présence de deux des trois critères suivants : un personnel composé de 10 employés, un CA de 300 mille dinars et un total de 100 mille dinars. Alors que le code français prévoit les critères suivants : un personnel composé de 50 employés, un CA de 3 100 000 euros et un total de 1 550 000 euros.
Cela pour dire, en définitive, que nos textes ne tiennent pas compte de l'intérêt de l'entreprise, compte tenu de l'apport insignifiant de l'audit légal dans la pratique.
Quelles mesures proposez-vous afin d'aider l'entreprise tunisienne à résister et à mieux se développer?
Les attestations d'achat émises par l'administration fiscale prévoient des exceptions (équipements, matériaux de construction, matériel et transport). Or, ces éléments n'ont pas été prévus dans l'article 11 du code de la TVA et l'article 10 du même code qui exclut la déduction de la TVA sur l'acquisition ou la location de voitures de tourisme, exception faite pour les agences de location de voitures et les sociétés de leasing. Mais peut-on faire fonctionner une entreprise sans voiture de tourisme ? Est-il également concevable de faire payer la TVA à une entreprise alors que celle-ci ne parvient pas à collecter la TVA ?
Il y a lieu d'affirmer que pour encourager l'investissement et la création de nouvelles opportunités d'emploi, il faut permettre aux investisseurs de créer leurs projets en suspension de la TVA. Et l'entreprise commerciale assujettie à la TVA, qui réalise parfois des opérations d'exportation, doit bénéficier de l'achat en suspension, à l'instar des entreprises non assujetties à la TVA.
Voulez-vous dire que la législation fiscale ne prend pas en considération la réalité économique ?
Absolument. La pratique administrative et parfois la législation ne tiennent pas compte de la réalité économique. En effet, l'administration considère que les cadeaux promotionnels destinés au développement du chiffre d'affaires comme étant des charges dont la déduction est plafonnée à 20 mille dinars, vu que ces charges qui sont très nécessaires à l'exploitation ont été qualifiées à tort comme étant des frais de réception.
De ce point de vue, je peux citer le cas d'un cabinet de formation qui a rencontré la même difficulté au titre des charges de nourriture liées à l'organisation de séminaires. Il a ainsi été contraint à se pourvoir en justice au moment où l'administration a pris auparavant une position considérant ces charges comme déductibles sans plafond. Ajoutons que la non-déduction du salaire du gérant majoritaire exerçant réellement au sein de l'entreprise n'a aucun fondement logique et entrave l'esprit d'entreprise.
Le Conseil national de la fiscalité, tel qu'il est actuellement, peut-il contribuer au redressement de la barre ?
Ce Conseil fiscal créé en vigueur de l'article 4 du Code des droits et procédures fiscaux a pour rôle d'évaluer le système fiscal. Or, il se trouve que depuis son entrée en activité en 2002, il n'a publié aucun rapport évaluant le système fiscal. En France, à titre d'exemple, le Conseil des prélèvements obligatoires publie annuellement des rapports scientifiques et recommande des réformes de nature à développer le système fiscal français. Il est présidé par le premier président de la Cour des comptes. En Tunisie, le Conseil national de la fiscalité est présidé par le ministre des Finances et le secrétaire d'Etat à la fiscalité. Sachant qu'il ne peut se réunir que sur convocation de son président et son secrétariat. Tout cela ne fait qu'entraver son indépendance par rapport à l'autorité ayant élaboré et mis en place le système fiscal.
Quelles sont, selon vous, les principales réformes à engager pour un système fiscal efficace et propice à la croissance économique du pays?
D'abord, il faut écarter les mafieux et corrompus de l'ancien système de tout exercice de réforme. Puis, il est obligatoire de faire participer les conseillers fiscaux car sans leur apport les rapports seraient sans fondements scientifiques. Sinon, il me semble que la Constitution est appelée à adopter, dans le cadre d'une loi de finances complémentaire, quelques mesures au profit des entreprises, des salariés et du Trésor public. Ce, dans l'objectif d'alléger la pression fiscale en éliminant certaines taxes (Fodec, TFP et Foprols entre autres) et en modifiant le barème de l'impôt sur le revenu. De surcroît, il faut renforcer le dispositif de lutte contre la fraude fiscale qui se chiffre annuellement à des dizaines de milliards de dinars. Tout autant qu'il faut procéder à l'assainissement de la législation actuelle de certaines mesures mafieuses confectionnées sur mesure au profit du président déchu, de ses proches, de ses « mounachidines » (alliés), des corrompus et des intermédiaires. L'on parle notamment des articles 15 du code de la TVA, 40 de la loi n 2011-69, 36 de la loi de finances pour la gestion 2010. S'y ajoutent consécutivement l'article 9 du décret-loi n 2011-28 ainsi que les articles 50 à 55 de la loi de finances pour la gestion 2001 visant la suppression de la profession de Conseil fiscal agréé. Cela nécessite irrévocablement, à mon sens, une enquête pénale au sens de l'article 96 du Code pénal, vu que ce dispositif a contribué au gaspillage de l'argent public. Il faut, au demeurant, prévoir une disposition similaire à l'article 113.1 du code français de justice permettant aux juridictions administratives de fond de saisir pour avis le Conseil d'Etat en cas de différend d'interprétation. Les organisations professionnelles doivent disposer quant à elles de la possibilité de consulter le tribunal administratif, à l'instar du Conseil de la concurrence, afin de réduire les abus de l'administration et les affaires devant les tribunaux.
A ce propos, nous sommes prêts à présenter un projet de loi qui tienne compte de toutes les données précitées et de la situation générale du pays.


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