TMM : une stabilité à 7,50 % en août    Abattage des chiens errants : campagne intensive dans la ville d'Ezzahra    Trois secousses sismiques en 24 heures, Hammamet et Kerkennah ont tremblé    Kaïs Saïed : malgré les manœuvres des comploteurs, les choix du peule se concrétiseront    Hammamet et Golfe de Gabès: deux secousses telluriques ressenties    Championnats du monde d'athlétisme : la Tunisie sera représentée par quatre athlètes à Tokyo    Fluidification du fret portuaire : la STAM et CONECT s'accordent sur des solutions logistiques    Météo : chute des températures et orages attendus    Education: lancement d'un concours externe pour le recrutement de 31 psychologues    Le président Saïed : La Tunisie résolue à aller de l'avant malgré les dysfonctionnements de certains services publics    Entrée sud de la capitale: ouverture du tunnel qui relie les routes régionales 22 et 24    L'INM prévoit un automne plus chaud et plus sec que la normale    Six hôpitaux régionaux dotés de services à vocation universitaire    Mandat de dépôt en prison à l'encontre de la femme accusée d'avoir brûlé des chats vivants    Washington refuse des visas à des responsables palestiniens avant l'Assemblée générale de l'ONU    L'IA face au mystère du soin : quand la technologie rencontre l'éthique    Football-ligue 2: lundi prochain, tirage au sort du calendrier de la nouvelle saison sportive    Bilan énergétique à fin juin 2025 : une production en baisse, mais une demande en hausse    Sejnane : le blocage foncier du projet de village artisanal bientôt levé    Les taxis individuels menacent d'une grève nationale de trois jours à partir du 15 septembre    Le typhon Kajiki tue cinq personnes en Thaïlande    Le ministre de la Défense reçoit une délégation du congrès américain : le développement de la coopération militaire au coeur de la rencontre    Mohamed Abbou : il faut arrêter les contre-vérités sur le recrutement des diplômés chômeurs    Enseignement supérieur Le système LMD au cœur de nouvelles réformes    ATL Leasing : bénéfice net en hausse de plus de 10% au premier semestre 2025    Kais Saied : La nationalité et le dévouement, critères essentiels pour les recrutements    Soldes d'été : légère baisse de la fréquentation    Journée du Savoir : le Président honore l'excellence et la mémoire des élèves disparus    Finie la séance unique, retour à l'horaire d'hiver dès le 1er septembre    Les larmes de Kaïs Saïed    Fin de l'exemption fiscale aux Etats-Unis : les colis en ligne plus chers ?    Athlétisme : La Tunisienne Marwa Bouzayani décroche la troisième place à la Ligue de diamant de Zurich    Kamel Néji quittera la présidence du conseil d'administration de l'UIB à la fin de l'année    Trump réduit le séjour des étudiants et journalistes étrangers aux Etats-Unis    L'Ambassade de Tunisie à Bagdad dément l'annulation du visa ordinaire pour les Irakiens    Changement à la tête du gouvernement en Algérie    Le lion de Chemtou retrouvé au Vatican ? Que sait-on de ce trésor tunisien ?    Météo en Tunisie : cellules orageuses accompagnées de chutes de pluies    Match CAB CA  : la FTF annonce une tolérance zéro face aux agressions    Oscars 2026 : Kaouther Ben Hania représentera la Tunisie avec « La Voix de Hind Rajab »    Jet de projectile contre un arbitre : le match CA-CAB suspendu    Brad Pitt et Joaquin Phoenix soutiennent le film de Kaouther Ben Hnia sur Hind Rajab        Djerba abrite le Festival des Littératures du Sud "Kotouf Sud Festival" en octobre    JCC 2025 : ouverture des inscriptions pour la section Carthage Pro et les ateliers Chabaka et Takmil    Tabarka : le Festival Musique du Monde signe son grand retour après 21 ans    Zaineb Naoui offre 3 médailles d'or et 3 médailles d'argent à la Tunisie aux Championnats d'Afrique d'haltérophilie 2025    Eya Hosni et Yasmine Radhouani offrent une pluie de médailles d'or à la Tunisie aux Championnats d'Afrique d'Haltérophilie    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Le non-sens d'un projet
Opinions - Impôt sur la propriété immobilière


Par Mehdi MAAZOUN
L'impôt sur la propriété est considéré sur la scène internationale comme une exception française, puisque la quasi-totalité des pays ne taxent que les revenus et non le patrimoine. Et même les rares nations qui disposaient de ce type d'impôt l'ont purement et simplement abandonné. C'est notamment le cas de l'Allemagne qui a supprimé l'imposition des fortunes en 1997, le Danemark en 1997, la Suède en 2007 et l'Espagne en 2008. Tous ces pays ont compris que ce genre d'impôt ne favorise pas l'investissement et l'emploi, mais il provoque plutôt la fuite des hommes d'affaires riches vers d'autres pays plus cléments, générant ainsi une perte sur plusieurs plans. En effet, la recette fiscale diminue puisque ces personnes, devenues non résidentes fiscalement dans leurs pays d'origine, ne paient plus d'impôt, y compris celui basé sur le revenu qu'ils avaient l'habitude de payer avant leur départ fiscal. En plus, ces hommes d'affaires ne vont plus investir, créer des usines ou des projets dans leurs pays d'origine, causant une perte significative en matière d'investissements et d'emploi.
En Tunisie, au lieu de s'inspirer des expériences et des échecs des autres nations, le projet de la loi de finances pour l'année 2014 prévoit la création d'un nouvel impôt annuel sur la fortune immobilière, en exceptant le logement principal, les terrains agricoles situés dans les zones agricoles (sur la base d'une attestation délivrée par les autorités compétentes), et les biens immobiliers exploités par leurs propriétaires pour leurs activités professionnelles (bureaux d'études, d'avocats, cabinets de médecins, usines...).
Le projet de loi précise également que chacun des copropriétaires sera tenu de payer l'impôt en proportion de sa part et ce dans le cas où plusieurs personnes détiendraient un même bien immobilier. Toutefois, les copropriétaires seront solidaires pour le paiement de l'impôt dû.
Côté taux et assiette, le projet reste muet et précise que l'assiette de l'impôt immobilier sera déterminée, par décret, selon des critères tenant compte de la surface et de la situation du bien immobilier ainsi que des services effectués par les collectivités locales. Le même décret devrait fixer les montants et les modalités de paiement de cet impôt sur la propriété immobilière.
Une première interrogation concerne cette «délégation» donnée par le législateur au pouvoir exécutif pour fixer, comme bon lui semble, les taux et les assiettes d'un impôt, alors que le pouvoir législatif devrait être le seul organe censé légiférer en matière fiscale.
D'ailleurs, la première version du projet de la loi de finances avait prévu un taux d'impôt annuel sur la fortune immobilière égale à 1,5 % sur la base des valeurs réelles des immeubles évaluées annuellement. Ce chiffre de 1,5 % n'est autre que le taux le plus élevé de «l'impôt de solidarité sur la fortune» (ISF), appliqué actuellement en France et frappant uniquement la tranche de fortune supérieure à dix millions d'euros. Il en découle que les rédacteurs du premier projet en Tunisie ont choisi un taux exorbitant, appliqué en France pour les très grosses fortunes, pour l'imposer en Tunisie à toutes les propriétés, y compris un simple studio valant quelques milliers de dinars. Suite aux premières réactions hostiles contre ce taux, il est subitement passé de 1,5% à 0,15%, soit une réduction de 90%. Cette «remise exceptionnelle» pourrait avoir été consentie pour calmer les esprits tout en visant d'instaurer le principe de l'impôt sur la fortune immobilière. Enfin, la dernière version, communiquée à l'Assemblée nationale constituante, a purement et simplement éliminé les taux et les modalités en prévoyant qu'ils seront fixés ultérieurement par un décret.
L'exposé des motifs accompagnant le projet de la loi indique que «cette mesure est de nature à inciter les personnes disposant de capitaux et qui ont préféré investir dans l'acquisition de biens fonciers à s'orienter plutôt vers les secteurs productifs permettant le développement et la création d'emplois».
N'importe quel lecteur averti et surtout connaisseur de l'expérience internationale peut facilement conclure le non-sens d'un tel argument. Une personne «fortunée» ayant l'expérience d'investir et même de spéculer dans le secteur immobilier ne va pas se transformer en patron d'usine industrielle ou en promoteur d'activité commerciale suite à la promulgation d'un impôt sur la fortune immobilière. Sa réaction sera plutôt un changement de sa résidence fiscale en dehors de la Tunisie et on retombera exactement dans le piège français. Rappelons dans ce cadre que l'impôt sur les fortunes, instauré par la gauche française, au début des années 80, juste après l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République française, a causé d'énormes dégâts à l'économie française, puisque des milliers de contribuables aisés ont quitté le territoire français pour s'installer à l'étranger afin de payer moins d'impôts, générant une fuite des capitaux et un manque à gagner important pour la France.
Une mauvaise copie de la législation française
Le projet tunisien d'impôt sur la fortune constitue une mauvaise copie de son homologue français, et ce, sur plusieurs points. En premier lieu, il ne prévoit pas un seuil à partir duquel une personne entre dans le champ d'application. Pour rappel, un Français disposant de plusieurs biens dont la valeur totale ne dépasse pas un million trois cent mille euros (soit l'équivalent de trois milliards de nos millimes) n'est même pas concerné par l'ISF. En deuxième lieu, le projet tunisien ignore les dettes rattachées aux biens immeubles et ne les déduit pas de l'assiette imposable. Or, l'ISF s'applique sur le montant du patrimoine net, après déduction des dettes telles que les crédits bancaires (en principal et en intérêts), les dettes fiscales (impôts fonciers, taxe d'habitation...).
La conjugaison de ces deux points implique qu'un Tunisien, ayant acheté un appartement, valant par exemple 100.000 dinars, financé par des crédits bancaires le rendant endetté pendant des dizaines d'années, se trouve obligé de payer annuellement l'impôt sur la fortune immobilière basé sur la valeur réelle, sans même pouvoir déduire de cette base les dettes non encore remboursées provenant de l'acquisition de ce même appartement.
Un impôt mal conçu et contre-productif
L'application de ce projet impliquera une multitude de difficultés, notamment relatives à l'évaluation des biens immobiliers. Il revient au contribuable de déterminer seul la valeur de son patrimoine immobilier. Cette valeur ne correspond pas à celle de l'achat mais à la valeur actuelle estimée du bien sur le marché au moment de la déclaration. Or, même dans une seule localité, le prix du mètre carré du terrain varie considérablement, en fonction de l'emplacement exact, de l'accès, des voisins et surtout de la situation foncière (titre bleu, propriété dans l'indivision...). Le risque d'abus par les services de contrôles fiscaux demeure important, notamment dans un domaine aléatoire. Le fait de s'aligner sur d'autres contrats de vente de terrains pourrait fortement fausser les données réelles spécifiques à chaque parcelle de terrain. Par ailleurs, le projet de loi prévoit que les copropriétaires seront solidaires pour le paiement de l'impôt dû, bien qu'il énonce que chacun d'eux sera tenu de payer l'impôt en proportion de sa part. La solidarité créera en pratique d'énormes injustices. Imaginons un terrain, propriété en indivision de dizaines, voire de centaines de copropriétaires, qui l'ont hérité de leurs ascendants. L'administration fiscale pourrait exiger d'une seule personne de payer l'impôt sur la valeur de tout le terrain, au lieu et à la place de tous les autres. En théorie, il peut par la suite se retourner contre les autres copropriétaires, toutefois les chances de succès de cette solution seraient minimes et on voit-mal les autres copropriétaires lui rembourser leurs parts alors qu'ils ont déjà refusé de payer le fisc.
Enfin, cet impôt frappera la propriété en absence de tout revenu préalablement encaissé par le contribuable. Il est donc contraire au principe élémentaire d'une imposition qui ne devra prélever une recette fiscale que d'une personne ayant réalisé un revenu. C'est le cas des textes fiscaux actuels qui prévoient un impôt sur les revenus fonciers en cas de location du bien immobilier, et un impôt sur la plus-value immobilière en cas de vente. Mais si le propriétaire n'en tire aucun revenu, la logique veut qu'il ne paie pas d'impôt.
Conclusion
L'impôt sur la fortune est injuste puisqu'il ne taxe pas des revenus gagnés mais il frappe annuellement la propriété des biens acquis grâce à des revenus déjà fiscalisés et imposés en amont, même dans le cas de transmissions et d'héritage.
L'Etat tunisien, en voulant imposer la propriété immobilière, accélère la fuite des riches et tue la poule aux œufs d'or. En effet, tout capital ayant fui à l'étranger est perdu, alors qu'investi par des privés dans le circuit économique, il aurait permis de générer des revenus, des emplois, des impôts directs et indirects qui auraient alimenté les caisses de l'Etat. C'est principalement cette évidence économique qui a poussé quasiment tous les pays à ne pas instaurer cet impôt ou à l'abandonner pour ceux qui se sont hasardés à l'essayer. Ils ont tous compris qu'à terme, il coûte plus cher à la Nation qu'il ne lui rapporte et que ses conséquences néfastes sur l'économie dépassent de loin les recettes supposées être encaissées.
Prions le Bon Dieu pour que l'Assemblée nationale constituante retienne la leçon des expériences des autres pays, en supprimant du projet de la loi de finances pour l'année 2014, l'impôt sur la fortune immobilière qui taxe la propriété et non le revenu, afin de s'aligner sur la position internationale.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.