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Alerte, ils sont vraiment de retour !
Opinions - GRANDS PROJETS
Publié dans La Presse de Tunisie le 29 - 09 - 2014


Par Jalel ABDELKAFI
On nous annonçait à mi-voix le retour sur scène des fameux «grands projets». Nous nous en étions inquiétés, dans une tribune libre (cf. « Alerte, les grands projets sont de retour !» La Presse du 28 mars 2014) tant ce type de projets, dans son élaboration comme dans son contenu et sa mise en œuvre, nous semblait contraire à ce que devaient être les grands chantiers à lancer pour fonder une nouvelle phase de l'avenir du pays.
Un brillant exercice de communication vient de conforter, de façon presque caricaturale, notre analyse antérieure : la présentation dans un grand hôtel de la place du nouveau-né de cette lignée : Tunisia Economic City, à Enfidha.
L'horizon de cette Brasilia du XXIe siècle ? Un « nouveau concept », la Smart City, pour une ville « mondiale », Tunisia Economic City, qu'un planisphère judicieusement cadré place au cœur des flux d'échanges mondiaux. Une diversité de pôles d'excellence internationale, pour que tout le monde y trouve son compte, s'y épanouiront dans un équilibre statistique quasi irréprochable: logistique et industrie (30%), loisirs et tourisme (30%), éducation et santé (11%), immobilier résidentiel (12%).
Pour cela, 9.000 hectares, soit 10 fois plus que la petite sœur Sama Dubaï sur le Lac sud à Tunis, 18 km de côte de sable, 2milliards $ d'investissement initial et 10 milliards à terme (« sans dette » précise laconiquement le présentateur), 200.000 emplois créés (la brochure, plus prudente, n'en annonce que 127.000, mais le chiffre de 250.000 est atteint dans l'enthousiasme par l'un des intervenants). Et tout cela porté par un flot d'images sur papier glacé faisant alterner tours d'avant-garde, zones vertes, transports futuriste, villas d'exception, flots bleus et hors-bords blancs.
On ne peut s'empêcher de penser, face à cette campagne de promotion du projet qui s'apparente à un forcing de séduction, au tristement célèbre domaine d'Enfidha devenu un important foyer de colonisation étrangère après qu'il a été cédé en 1871 à la Société marseillaise de crédit qui le rebaptise Enfidhaville. La tentative des autorités tunisiennes de l'époque de bloquer cette vente fut l'un des déclencheurs de la décision du gouvernement français de placer la Tunisie sous protectorat.
La présentation sommaire qui en a été faite ne donne pas le détail de chacune des composantes du projet. Il rassemble cependant, dans sa démarche, tout ce que nous dénoncions dans notre position générale sur les grands projets de type ancien, auquel font écho les réactions à la présentation de Tunisia Economic City, dubitatives, ironiques ou plus frontalement en désaccord.
Si nous y revenons cependant, c'est que, dans ce cas plus précisément, l'une des failles essentielles révélées par les grands projets de type ancien est particulièrement mise en lumière : celle du rôle que les promoteurs des grands projets veulent faire jouer à l'Etat. Car de quoi s'agit-il ici ? D'un énorme projet dont la viabilité repose sur trois éléments : le foncier, dont un foncier côtier quasi vierge et d'excellente qualité dont on sait la rareté aujourd'hui autour de la Méditerranée, l'aéroport et un futur port en eaux profondes dont le principe a été retenu par le gouvernement. Quoi qu'il en soit, l'idée même de Tunisie Economic City n'aurait jamais germé dans le cerveau d'aucun opérateur sans la conjonction de ces trois éléments.
Or chacun de ces trois éléments est directement lié à la puissance publique. Soit parce qu'elle le maîtrise (le foncier), soit parce qu'elle l'a largement financé (l'aéroport), soit parce qu'elle porterait en partie la charge de sa réalisation (le port en eaux profondes).
En ce qui concerne notamment le cas du port en eaux profondes, il s'agirait s'il était réalisé d'un équipement de très grande ampleur, la plateforme logistique d'envergure internationale qui l'accompagnerait pouvant occuper à terme une superficie de plusieurs milliers d'ha.
Peut-on imaginer dès lors, face à un tel enjeu, que la puissance publique qui orienterait une part des ressources rares du pays vers la réalisation de cet équipement ne se préoccupe pas de l'aménagement du territoire qui l'entoure? Qu'elle n'en élabore pas les lignes directrices afin d'assurer que ce port en eau profonde trouve autour de lui toutes les activités et les aménités qui assureront son efficacité ? Qu'elle ne dessine pas les grandes articulations de ce port avec le reste du territoire national ?
Or que constatons-nous ?
Du côté des initiateurs du projet, une place de « sleeping partner » accordée à l'Etat, appelé à donner un accord de principe, dont il a été annoncé à la tribune qu'il avait déjà été obtenu du précédent gouvernement, puis sollicité de fournir les terrains et les infrastructures hors site, en contrepartie de quoi il est invité à faire partie du tour de table (son apport étant même évalué .. à 20% de la holding qui coifferait le projet).
A cette dynamique des initiateurs répond une attitude passive des pouvoirs publics, qui renvoient aux résultats de futures études de faisabilité.
Cette démission de l'Etat nous inquiète au plus haut point. Il ne s'agit pas de savoir si ce qui est proposé présente une faisabilité pour ses promoteurs, il s'agit de savoir si ce qui est proposé est souhaitable et avantageux pour la collectivité.
Or, pour répondre à cette question centrale, Il est impératif que l'Etat se dote de la vision d'ensemble qui définisse les orientations directrices des aménagements qui doivent assurer la réalisation et la réussite de l'énorme équipement qu'il s'apprête à promouvoir.
Nous appelions il y a quelques semaines à une nouvelle conception des grands projets, dont nous esquissions les grandes lignes.
La redéfinition du rôle de l'Etat était l'un des axes de notre prise de position. Le projet de Tunisia Economic City tel qu'il a été présenté illustre l'urgence de cette redéfinition.
Il nous conduit à préciser nos propositions sur deux aspects clés du projet :
- Il revient aux pouvoirs publics de porter la volonté d'accorder la priorité, au cœur du projet, au port en eaux profondes si sa réalisation est acquise, puis d'assurer les conditions du meilleur choix possible de l'opérateur, public ou privé, adéquat pour chaque composante du projet.
- ceci doit impérativement se faire dans le cadre d'un schéma global et d'un plan de développement arrêtés par les pouvoirs publics, dans le plein exercice de leur rôle de maître d'ouvrage.
Concrètement pour le cas d'espèce, nous proposons que soit constitué un organisme public, qui aurait la propriété du foncier et serait chargé de concevoir le schéma d'aménagement et le plan de développement de l'ensemble du secteur d'Enfidha, de réaliser les travaux d'infrastructures publiques, d'élaborer les cahiers des charges de chacune des composantes du projet et de mettre en œuvre, sur ces bases, les PPP (partenariats public-privé) adéquats.
Il est impératif pour l'avenir du pays que soient redressées les dérives que traduit la présentation de ce projet. Nous savons que très nombreux sont les citoyens qui partagent cette exigence. Les conditions pour que cette exigence soit mise en œuvre existent. Il faut que tous ceux qui veulent y contribuer associent leurs compétences et leur volonté de faire.
Nous nous adressons donc aux pouvoirs publics et leur demandons instamment de ne pas prendre d'engagements inconsidérés et mal fondés qui créeraient une situation irréversible pour le grand projet de port en eaux profondes et ses composantes associées. Nous le pressons d'initier à cette occasion le chantier de la rénovation et de la réhabilitation du rôle et de la place de l'Etat dans l'aménagement de notre territoire par la mise en œuvre d'une nouvelle approche des grands projets dont le pays a besoin.


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