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Lettre ouverte à Monsieur le président de la République, chef suprême des forces armées
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 21 - 10 - 2014


Par le Colonel(r) Boubaker BENKRAIEM *
Objet : Commémoration de la fête de l'Evacuation : les grands absents.
Monsieur le président,
Vous savez ce qu'évoque pour nous, les militaires de tous grades, la date du 15 octobre, intimement liée à celle du 19 juillet, la mère de toutes les batailles de l'histoire contemporaine de notre pays.
Et vous êtes sans ignorer que le 15 octobre de chaque année représente la fête de l'Evacuation, évacuation qui survint en 1963, lorsque l'armée française, deux années après la guerre qui eut lieu dans la zone de Bizerte, quatre journées durant, du 19 au 22 juillet 1961, décida de quitter la base aéronavale. C'est l'une des dates glorieuses de l'histoire de notre pays que nous fêtons chaque année avec solennellité, ferveur et dévotion en souvenir des centaines de nos martyrs qui sont tombés au champ d'honneur pour que vive la Tunisie, libre et indépendante et pour que les générations futures s'en rappellent et soient fières de leurs aïeux!!! Cette cérémonie, présidée par les plus hautes autorités de l'Etat, et à laquelle participent les cadres du pays à l'échelle nationale et régionale ainsi que les représentants des partis politiques et des organisations nationales, est destinée, non seulement à commémorer le sacrifice de nos concitoyens morts pour la patrie lors de cette bataille, mais encore à exhorter les jeunes et les galvaniser à se tenir toujours prêts à défendre le pays et sauvegarder la souveraineté nationale.
Je n'ai nullement besoin de rappeler que cette bataille asymétrique a opposé l'armée tunisienne naissante, composée de quelques unités implantées dans la région, insuffisamment armées et équipées puisque les pays occidentaux, par solidarité avec la France, ne voulaient pas nous fournir l'armement et les équipements dont nous avions besoin, sous prétexte que cet armement pourrait être cédé à l'Armée de libération nationale algérienne que la Tunisie a hébergée et soutenue, au dispositif militaire français très élaboré et qui a été renforcé par des unités venues d'Algérie. En effet, la toute-puissante armée française implantée à Bizerte disposait d'unités de paras, d'un porte-avions, de navires de guerre, d'aviation de combat, d'unités de marine, d'artillerie et de blindés. Mais ces quatre journées de guerre qui ont semblé être une éternité pour nos hommes, dépourvus du minimum de moyens et sans aucune expérience de la guerre, ont été réellement une épopée pour nos braves soldats qui ont fait preuve de beaucoup de courage, de ténacité et de patriotisme. En effet, l'état-major tactique tunisien créé à cette occasion et composé de quatre officiers supérieurs et de quatre officiers subalternes installé à la caserne Japy (actuellement Hédi Ouali) ayant appris que les troupes françaises avaient forcé les barrages et avaient poursuivi jusqu'à son terme l'opération destinée à dégager la base de Sidi Ahmed, devait se replier sur Zhana. Il s'est rendu auparavant chez le gouverneur. C'est alors que le gouvernement tunisien, ne souhaitant pas que des officiers supérieurs soient faits prisonniers, leur ordonna ainsi qu'au gouverneur de quitter Bizerte et de se replier sur Tunis. C'est alors que de jeunes lieutenants dont la majorité appartient à la 1°promotion d'officiers de la Tunisie indépendante, formés à St Cyr, ne voulant pas céder à la panique et dans le but de défendre l'Honneur de l'armée et celui du pays s'étaient réunis à la caserne Japy pour faire l'évaluation de la situation. Ils décidèrent de continuer le combat coûte que coûte. Ils avaient constitué un état-major provisoire comprenant : les Lieutenants Noureddine Boujellebia, Hamida Ferchichi, Abdelhamid Escheikh, Béchir Ben Aissa, Salah Bouhelel, Abbès Atallah et le S/Lt Hédi Ouali. D'autres camarades et officiers commandants d'unités ont assisté à cette réunion dont les lieutenants Ammar Kheriji, Mohamed Benzerti, Abdelhamid Lajoued, Tahar Ben Tanfous, les S/Lts Abderrahman Chihi, Boualem, Salem, Aziz Tej et Naji.
Ayant repris la situation en main, ils ont repositionné les unités et ont décidé de mener un combat retardateur, couvrant tous les axes que peuvent utiliser les troupes françaises. Ils l'ont remarquablement fait et ont tiré avantage de l'excellente attaque du lieutenant Saïd El Kateb, positionné depuis plusieurs jours à la lisière de la base de Sidi Ahmed avec une excellente unité dotée de mortiers qu'il a personnellement formée, en attaquant, aux mortiers, dans la nuit du 19 au 20 juillet la base aérienne, lui causant des pertes sérieuses dont une quinzaine d'aéronefs.
Devant la puissance de feu des troupes françaises qui avaient utilisé tous les moyens à leur disposition (paras, blindés, avions de combat, unités de marine, etc....) nos unités avaient reçu l'ordre, vers 19h30, de décrocher sur la médina de Bizerte où le combat ne peut être effectué que par des hommes à pied, c'est-à-dire par l'infanterie. Ainsi, le combat ne serait plus aussi inégal.
Sans vouloir traiter du déroulement de cette bataille qui a duré une éternité pour des jeunes de vingt-cinq à vingt-huit ans d'âge pour l'encadrement officiers et sous-officiers (avec des jeunes recrues d'à peine vingt ans), avec une expérience ne dépassant pas les cinq années et dont la majorité n'avait pas encore subi son baptème du feu, je voudrais tout simplement rendre, non seulement à mes camarades officiers, mais surtout aux sous-officiers et aux hommes de troupe qui, grâce à leur courage, à leur témérité, à leur foi, à leur audace et à leur bravoure, l'hommage qu'ils méritent, parce que ce sont eux qui, en gardant la médina de Bizerte, la ville intra-muros, ont sauvé l'honneur de l'Armée et de la Tunisie et ont permis à notre représentant aux Nations unies, feu Mongi Slim, de traiter d'égal à égal, avec le représentant de la France, au Conseil de sécurité.
Monsieur le Président,
J'ai fait ce rappel succint sur la Bataille de Bizerte pour vous rappeler que cette bataille a été faite par des militaires encadrés par des officiers, et à ce moment-là, par de très jeunes officiers qui ont eu beaucoup de mérite ! Vous ne vous êtes pas demandé, le 15 oct. 2014, lorsque vous avez salué les invités au cimetière des Martyrs, comment on ne vous a pas présenté certains de ces chefs, les héros de cette bataille ou du moins les quelques survivants, comme cela se passe dans tous les pays du monde ? Je vais vous répondre, Mr le président, c'est parce qu'on continue à procéder, malheureusement, comme par le passé. J'ai même posé, entre autres sujets, dans le premier article que j'ai fait paraître, sous le titre «Les rêves d'un Officier ... Républicain » publié en mars 2011 par la revue *Réalités*, ce même problème en ces termes : «Faut-il se rappeler des héros de la Bataille de Bizerte, les onze ou douze jeunes officiers dont seulement six sont encore vivants (Lieutenants à l'époque, les Kateb, Ferchichi, Ben Aïssa, Boujellabia, Escheikh, Lajoued, Kheriji, Benzarti, Bouhelal, Abbès,Abderahmane,Naji) qui ont sauvé l'honneur de la Tunisie en interdisant à la toute-puissante armée française de conquérir et d'occuper toute la ville de Bizerte. Ils avaient ainsi permis à feu Mongi Slim, notre représentant aux Nations unies, de traiter d'égal à égal avec le représentant de la France, au Conseil de sécurité. Ces officiers n'étaient même pas invités, pour la plupart, aux festivités de commémoration de la fête de l'Evacuation le 15 octobre et de celle de l'armée le 24 juin de chaque année. Peut-on expliquer les raisons de pareils omissions, oublis ou négligences ? En a-t-on essayé de calculer l'importance de l'effet démoralisant sur les jeunes cadres d'aujourd'hui, les chefs de demain? »
Fort heureusement, il nous a semblé que le message a été fort bien entendu et compris, puisque la majorité de ces officiers ont été invités le 15 octobre 2011 à assister à la commémoration de la fête de l'Evacuation. Nous avions apprécié cette délicatesse et nous en avions déduit, un peu trop rapidement, que la Révolution tunisienne qui a remis les pendules à l'heure, a changé la mentalité des responsables; mais ce fut peine perdue, car en 2012 et les années suivantes, ce fut l'oubli ou la négligence qui ont repris leurs lettres de noblesse !
Comment explique-t-on cela ? Je suis incapable de répondre. Ce qui est regrettable, c'est l'absence, au monument des Martyrs de Bizerte, de ceux qui ont été les acteurs, au risque de leur vie, de cet évènement historique et de surcroît sanglant et qui auraient tant souhaité réciter la Fatiha à la mémoire de leurs hommes, morts, l'arme au poing, pour que vive la Tunisie libre, indépendante et éternelle. Cela n'a pas eu lieu, malheureusement cette année, et c'est bien dommage.
Monsieur le Président,
J'en parle en toute quiétude, n'étant nullement concerné puisque, à ce moment-là, je faisais partie du contingent tunisien servant sous la bannière des Casques Bleus de l'ONU au Congo, pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Mais le moins que l'on puisse dire à ce propos, c'est honteux pour nous tous, et pour le pays, et pour la défense et le commandement que d'oublier ses héros, aussi grands ou petits soient-ils mais qui ont été, à un moment de l'histoire de notre pays, et grâce à leur courage, à leur détermination et à leur bravoure, la fierté de tout un peuple.
Par ailleurs, est-il besoin de rappeler que dans les pays démocratiques, on essaie de chercher au fin fond de l'Histoire du pays pour trouver un haut fait d'armes et même un petit, au besoin, pour le fêter « en grande pompe » en vue de permettre d'exalter la jeunesse pour qu'elle en tire tous les enseignements et surtout pour qu'elle s'en souvienne.
Pour votre information, je vous signale que parmi les officiers, héros de Bizerte, deux sont des officiers généraux et cinq sont des officiers supérieurs. Ils ont, tous, assumé de hautes fonctions dans nos forces armées. Ils sont tous à la retraite et en bonne santé walhamdoulellah.
Monsieur le Président,
On m'a appris qu'un peuple sans Histoire et qui oublie ou veut oublier les «faits d'armes de ses anciens» n'a pas d'avenir. Respectueusement.
Ancien sous-chef d'état major de l'armée de terre,
Ancien auditeur à l'Institut de défense (3° promo).


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