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Poutine, la nouvelle obsession de l'Otan
D'Ivan le Terrible à Pierre le Grand
Publié dans La Presse de Tunisie le 29 - 12 - 2014

De notre envoyé spécial à Bruxelles, Soufiane Ben Farhat
Le privilège de l'homme libre consiste à tout soumettre à l'examen par le doute. Faire nappe blanche. Constamment et dans tous les cas de figure. Ne pas pleurer, ne pas rire, mais comprendre, comme disait Spinoza. Invité avec des journalistes tunisiens au siège de l'Otan à Bruxelles, pour des palabres géostratégiques, j'ai encore compris qu'en matière politique, l'évidence n'est pas la vérité. Et vice-versa.
Griefs contre Poutine
L'un de nos interlocuteurs était un général en civil qui tient à garder l'anonymat. Il a fait étalage de la frayeur qui a fait que Vladimir Poutine, le président russe, officie désormais comme le nouveau spectre qui hante l'Otan. Et pour cause. Résumons ses propos : «Les agressions de la Russie contre l'Ukraine ont bouleversé la donne fondamentalement. La Russie pratique ce qu'il convient de qualifier de guerre hybride. Poutine a annexé une partie de l'Ukraine, la Crimée, sans coup férir et sans tirer un seul coup de feu. La guerre hybride consiste à utiliser les médias, déstabiliser l'autre en utilisant les hommes dits verts en vue de semer la gabegie et créer un environnement favorable. Il pense que l'Occident est en train d'encercler la Russie. Entre-temps, grâce à l'adhésion de nouveaux pays membres, l'effectif de l'Otan a doublé. Il compte actuellement vingt-huit pays membres. De toute évidence, lorsque l'Ukraine a laissé entendre qu'elle voulait rejoindre l'Otan, Poutine a réagi. Il est revenu aux vieilles méthodes de l'Urss. La guerre hybride utilise aussi l'arme cybernétique. Ce fut le cas lors de l'élection présidentielle ukrainienne. L'un des candidats, ultranationaliste, avait été présenté par les Russes comme un néo-nazi. Les Russes l'avaient faussement donné vainqueur avec près de 37 pour cent des voix alors qu'il n'avait recueilli que 0,70 pour cent des suffrages. Ils avaient ravivé la frayeur, la vieille crainte russe des nazis. Ils s'étaient emparés du logiciel informatique et, une demi-heure durant, tous les networks l'avaient donné vainqueur. Le mal était déjà fait avant qu'on ne rétablisse les vrais chiffres. Les Russes utilisent également les réseaux sociaux. La guerre hybride est totale. Les fonds consacrés par les Russes aux médias se chiffrent à des milliards de dollars. Ils rachètent les médias occidentaux en temps de crise. L'Otan vise à asseoir une cyberdéfense contre les Russes à cent pour cent. Les Russes font des cyberattaques et on a dû obtenir un accord pour la cyberdéfense à l'unanimité mais d'une manière besogneuse».
Les griefs de l'officier de l'Otan contre Poutine se poursuivent, telle une litanie : «Poutine est très déterminé. Il peut être très dangereux. C'est un homme particulièrement fier de la Russie. Il refuse l'ouverture, la perestroïka, la glasnost. Il a été le cinquième premier ministre d'Eltsine. Il a réussi des exploits incroyables notamment en matière économique, sanitaire, etc. Les historiens diront s'il ressemble à Staline. Il a changé considérablement la donne géostratégique en Europe».
D'Ivan le Terrible à Pierre le Grand
Le général a omis de dire que le parti ultranationaliste russe avait distribué des traductions de Mein Kampf de Hitler sur la place Maïdan à Kiev et qu'il en a appelé à casser du Russe.
En fait, en Russie, comme ailleurs, l'histoire tisse des liens sourds, secrets, mais profonds. Après la dislocation de l'Urss, la Russie s'était retrouvée dans la nouvelle catégorie des Etats en déliquescence, les fameux failed states. Le pays était en voie de disparition après la chute du mur de Berlin, en 1989. C'est-à-dire à cause de l'alliance secrète du Vatican, de la CIA et de la coalition occidentale momentanément triomphante de la Guerre froide.
L'avènement de Vladimir Poutine équivalait à la réinvention de la Sainte Russie. L'historien anglais John Morris Roberts a été très perspicace à ce propos : «La Russie était la puissance émergente d'Europe orientale. En 1500, son identité nationale était à peine perceptible et, deux siècles plus tard, la plupart des hommes d'Etat occidentaux commençaient tout juste à deviner son immense potentiel alors que les Polonais et les Suédois en étaient déjà conscients. Il est aujourd'hui malaisé de s'imaginer l'extraordinaire rapidité et le caractère exceptionnel de l'apparition sur le devant de la scène de la Russie, appelée à devenir bien plus tard l'un des deux puissants Etats du monde. Dans les débuts de la formation de l'Europe, l'avenir du pays avait été esquissé par Ivan III le Grand, mais un tel destin était encore inconcevable, et il le resterait longtemps. Le premier personnage qui porta officiellement le titre de tsar de toutes les Russies fut son petit-fils, Ivan IV le Terrible, couronné en 1574. Par là, le grand prince de Moscovie devenait un empereur dont l'autorité s'exerçait sur de nombreux peuples» (in «Les débuts de l'expansion européenne» pp. 100-101).
Et c'est sous le règne de Pierre le Grand que la Russie paracheva sa modernisation. Il mit fin au légendaire repli sur soi russe et s'entoura d'experts dans divers domaines, de constructeurs de navires, d'armuriers, de fonctionnaires, d'enseignants, de hauts gradés militaires...Paradoxalement, comme le soulignent plusieurs historiens, le trait le plus saillant de l'occidentalisation de la Russie, sous Pierre le Grand, fut sa nouvelle puissance militaire. Cela s'est enraciné depuis comme une tradition bien ancrée dans les mœurs politiques des gouvernants russes.
Aujourd'hui, Vladimir Poutine semble bien être une synthèse d'Ivan le Terrible, de Pierre le Grand et de Staline. Son profond attachement à la Russie est reconnu par ses plus zélés détracteurs. Le redéploiement politico-militaire russe un peu partout dans le monde atteste des nouvelles ambitions de Poutine. Qu'il s'agisse des crises en Géorgie, en Ossétie du Sud, en Syrie, en Egypte, en Crimée ou dans le Golfe, la Russie rejoue un rôle prééminent. Le bouclier antimissile occidental aux portes de la Russie n'en finit pas d'envenimer la donne. Sans parler de la baisse vertigineuse du cours du pétrole et de ses effets dévastateurs sur l'économie russe.
Les officiels de l'Otan semblent vouloir mobiliser le ban et l'arrière-ban en vue de discréditer Poutine auprès de diverses opinions. Le pamphlet devant les journalistes tunisiens à Bruxelles procède de cette démarche. Un brûlot en bonne et due forme. J'ai dit au général anonyme que Poutine est très populaire en Tunisie. Heureusement que l'homme n'était pas armé.


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