En ces périodes difficiles, il faut diminuer les importations et encourager la production locale Sur les étalages anarchiques qui couvrent les centres des chefs-lieux des gouvernorats et bien d'autres endroits envahis par le «commerce» parallèle et qui, soit dit en passant, dépassent toutes les normes admises ou vues un peu partout dans le monde, nous relevons la présence de choses le moins qu'on puisse dire aussi extraordinaires qu'extravagantes. Le moment de surprise passé, nous pouvons essayer d'expliquer ce relâchement complet par (encore) la révolution qui a laminé le pouvoir de contrôle et de surveillance des échanges commerciaux et le respect des réglementations en vigueur. Combien de décisions ont-elles été prises pour dégager les centres-villes et combien d'opérations coup de poing y ont-elles eu lieu pour mettre un terme à ces étalages montés de toutes pièces qui défigurent la ville, et incommodent tous ceux qui passent dans les parages ? Qu'ils soient en carton ou en dur avec des échafaudages en métal rouillé vissés à la chaussée même et posés de façon défiant tout équilibre pour asseoir une occupation qui gêne les piétons, les voitures et bien sûr les commerces réguliers qui ne peuvent piper mot, sous la menace d'une agression qui ne saurait tarder. Combien de fois a-t-on engagé les forces de l'ordre dans des confrontations avec beaucoup de préjudices pour dégager ces zones névralgiques et de donner un air de centre-ville propre et digne d'une capitale ? Combien de fois a-t-on annoncé en grande pompe et à coups de conférences de presse que tout est rentré dans l'ordre, que dorénavant cette anarchie n'aura plus sa raison d'être et que des mesures ont été prises pour recaser ces commerces et procurer un emploi stable et digne à ces centaines, voire milliers d'opérateurs en fraude, qui offrent tout ce qu'on pourrait imaginer de produits de toutes provenances et dont la qualité et la composition représentent parfois le plus grand danger ? Du n'importe quoi Mais... découvrir que sur les étalages des grandes surfaces qui opèrent sous des noms prestigieux, il existe aussi une anarchie de produits que personne ne peut excuser ou expliquer, cela relève de la pire des surprises. Donnons quelques exemples : à l'occasion de l'Aïd El Kébir, nous avons vu des grille-viande qui viennent d'Allemagne, des couteaux (passons) qui viennent d'autres cieux, des ustensiles de cuisine et autres babioles sans intérêt et que le marché local couvre sans aucune difficulté et dont la qualité est excellente. Tout récemment, nous avons relevé la présence de... poubelles, seaux en plastique et bien d'autres objets d'importation, qui nous donnent l'impression que nous vivons dans un pays qui ne produit rien, et dont les habitants sont de pauvres consommateurs qui se précipitent bêtement sur tout ce qui provient de l'étranger, à condition que l'emballage soit beau et que les couleurs soient attirantes. Si les artisans ou les industriels tunisiens ne sont pas capables de transformer du fil de fer dont nous sommes largement producteurs (et de qualité) en grille-viande et que nous sommes incapables de reconvertir nos déchets en plastique en poubelles, brosses et autres objets ménagers, c'est que nous sommes indignes de tout ce que nous possédons. Comment ces objets, cités bien sûr entre autres, peuvent-ils motiver les personnes qui sont censées être aux commandes dans les différentes centrales d'achat de nos grands opérateurs ? Comment peuvent-ils expliquer que dans la situation que vit le pays et ses besoins en devises et qui s'en va lever des emprunts à l'étranger, ce pays peut-il se permettre de dépenser ces devises dans des seaux et des objets qui ne sont absolument d'aucune utilité ? Comment le consommateur tunisien peut-il se prêter à ce jeu, en sachant qu'au point de vue qualité, finition et présentation, le produit local est nettement supérieur, à meilleur prix et tout indiqué pour encourager et conforter la production nationale ? Comment enfin l'Organisation de défense du consommateur n'a-t-elle pas relevé et dénoncé ces abus qui écorchent la sensibilité des tunisiens et enfoncent encore plus le clou dans une économie qui cherche à sortir la tête de l'eau ? Bien entendu, il ne s'agit pas de créer une psychose dans le pays, de fermer les frontières et de nous replier sur nous-mêmes, mais il s'agit seulement, surtout en ces périodes difficiles, de réguler ce secteur de l‘importation qui, par le biais des accords de partenariat entre les grandes surfaces tunisiennes et étrangères, effectue ces échanges. Nous relevons parfois la mise à l'étalage de bien des objets portant le logo du correspondant à l'étranger. En supposant que ces objets, appareils ou autres futilités, n'ont pas été reconvertis et que les dates de consommation sont bonnes et véridiques, nous pouvons accepter qu'ils soient écoulés sur nos marchés. Mais nous hésitons à croire qu'un allemand, un français ou un suédois achèterait une poubelle ou des fariboles made in Tunisia. Ce secteur, depuis qu'a eu lieu la libéralisation de l'importation, s'en donne à cœur joie. Il semble vivre en dehors du temps et ne donne aucune impression de se rendre compte que les conditions depuis 2011 ont changé et qu'un minimum de solidarité nationale est de rigueur. Quant au reste, c'est au consommateur de voir. Un minimum de prise de conscience le pousserait en effet à faire la part des choses pour refuser d'acheter des objets inutiles et dont il pourrait aisément se passer. Histoire de sanctionner ces importateurs peu regardants et complètement dépassés par les réalités.