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L'exemple du beau chant
Contrepoint
Publié dans La Presse de Tunisie le 26 - 05 - 2015


Par Khaled TEBOURBI
Pas encore d'«indiscrétions» à propos de «Carthage 2015». Sauf, peut-être, une : celle de la venue possible de Mohamed Assef.
Mohamed Assef est une voix sans faille, à même la tonalité. Un don du ciel, avec ce que l'on écope comme «chanter faux». Un don du ciel, mais aussi, histoire à l'appui, une vraie rareté. Partout, dans les milieux du chant, les professionnels aiment à «distinguer» les voix qui ne se comptent que «sur les doigts d'une main». Les «cas uniques» qui ne s'y reprennent jamais quand ils exercent en studio. Ceux-là, (petite poignée de par le monde) qui collent par nature au diapason. En Tunisie, dès les années 60, les spécialistes les plus irréductibles citaient l'exemple de Oulaya. Abdelhamid Ben Algia en jurait pour en avoir été, longtemps, témoin : «elle enregistrait d'une seule traite, une seule fois!». Dhikra lui emprunta le pas, dans les années 80. Tous faisaient, et font encore, l'éloge de son «infaillible justesse». On ne saura, au juste, si ce fut mythe ou réalité, mais pour Mohamed Assef on prendra, volontiers, le risque : ce chanteur, jusqu'a preuve du contraire, on ne l'aura, jamais encore, surpris, une once au-delà, ou une once en dessous.
Mais ce n'est pas tout. Le beau Halim Palestinien était à Hammamet l'autre samedi, à la clôture du festival de l'Asbu. Et là, nous étions bien présents et tout ouïe. Autrement dit, réceptifs à tout. A la justesse, innée, entendue, bien entendue. Mais encore, au timbre limpide, cristallin, qui avait tant noué les gorges lors de l'Arab Idol de 2013. Mieux : à ce qui, à notre sens, rapproche Mohamed Assef du noyau des chanteurs d'exception : cette sensibilité jamais recherchée, jamais factice, jamais fabriquée, qui «vous va droit au cœur» —observait si Abdelahmid Ben Algia— «avant que vous ne vous en sentiez ému».
Ce passage au gala de l'Asbu, comme la venue possible de Mohamed Assef au théâtre romain, nous renvoie, cependant, à plus sérieux : à l'exemple du beau chant. C'est un idéal «laissé-pour-compte» depuis plus de deux décennies. Au profit des marchands de musique et des satellitaires privées, nos festivals publics tentent, Dieu merci, voilà deux sessions, de rétablir la tendance en restituant à l'art musical et à la belle tradition classique leurs dûs. Assef ou pas cet été, il leur faudra poursuivre dans le même but.


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