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15ème anniversaire de la disparition d'Abdelhamid Escheikh: Hommage à un grand patriote
Publié dans Leaders le 07 - 11 - 2014

Il y a tout juste quinze ans, le 8 novembre 1999 nous quittait un grand patriote, un homme d'une trempe exceptionnelle. Abdelhamid Escheikh était alors président du comité d'organisation des Jeux méditerranéens 2001 quand il s'était éteint des suites d'une longue et pénible maladie au cours de laquelle il avait fait montre d'un courage exemplaire.
A 64 ans, le sportif accompli, le militaire ayant atteint le grade le plus élevé de sa hiérarchie, le diplomate qui a réussi là où il était passé, l'homme politique droit et rigoureux nous avait quitté pour un monde meilleur. D'un patriotisme autant sourcilleux qu'intraitable, il rappelait sans cesse ses origines modestes et son ancrage dans la Tunisie profonde. Né à Tunis dans le quartier des Mtawas entre Rue Tronja et Bab Khadhra, il se faisait une fierté de rappeler ses origines modestes et la ville de ses aïeux Metouia, une belle oasis maritime du gouvernorat de Gabès.
A l'indépendance de la Tunisie en 1956, il interrompit ses études de droit pour faire partie de la première promotion envoyée en formation à l'Ecole militaire de Saint Cyr qui constitua le premier noyau des officiers de la jeune armée tunisienne. Il poursuivit sa formation aux Etats unis au «Command and General Staff College» puis de nouveau en France à l'Ecole supérieure de guerre. Il fit partie de la mission des Casques bleus tunisiens sous la bannière de l'ONU au Congo en 1960.En juillet 1961, le lieutenant Abdelhamid Escheikh prit part à la guerre de Bizerte au sein du l'Etat-major tactique aux côtés de ses aînés le Lieutenant-colonel Ali Kortas, et les Commandants Mohamed Salah Mokaddem et Mohamed Béjaoui entre autres. Il gravit tous les échelons de l'armée tunisienne jusqu'à en devenir le chef d'état major général. Il était le plus jeune officier supérieur à avoir été promu au grade militaire le plus élevé, celui de général de corps d'armée.
Abdelhamid Escheikh fut l'un des militaires qui avaient cultivé au sein de l'armée l'esprit républicain qui est resté la marque de l'armée tunisienne et qui lui a permis de jouer un rôle essentiel dans la révolution des 17décembre 2010-14 janvier 2011. Suite au congrès du PSD en 1979 dont l'organisation fut confiée à l'armée, ce que Bourguiba n'apprécia guère, il entra en diplomatie comme on entrait en religion avec dévouement et abnégation. Il y montra de grandes qualités insoupçonnables. A Khartoum, il retrouva le général Gaafar Numeïri, mais quand celui-ci fut balayé par un coup d'état, lui resta en mémoire la période Siwar Al-Dhahab quand le Soudan vécut son âge d'or démocratique qui fut de courte durée. Il fut ensuite muté à Dakar où Lépold Sedar Senghor venait de passer la main à son premier ministre Abdou Diouf puis à Alger sous la présidence d'un autre militaire, Chadli Ben Jédid.
Lui, le bourguibiste convaincu, il avait rejoint le changement du 7 novembre 1987 sans états d'âme car comme beaucoup il avait cru que ce mouvement devait «sauver Bourguiba de Bourguiba», selon le mot de Mohamed Masmoudi. Nommé ministre de la jeunesse et des sports en avril 1988 (il succéda à Fouad Mebazaa), il accéda très vite au ministère des affaires étrangères en juillet de la même année au lendemain du 1er congrès du RCD dont il devint membre de son bureau politique. A ce poste il rappelait sans cesse qu'au Sommet arabe de Casablanca en octobre 1989, il fit des yeux le tour des présents trouvant que le chef de l'Etat tunisien était le seul à avoir un mandat déterminé dans le temps. Peu auparavant une révision constitutionnelle ramenait le mandat présidentiel à trois mandats au maximum. Tous les chefs d'Etat présents étaient soit des rois ou des émirs, soit des présidents à vie. C'est sûr qu'il se serait opposé avec force à la révision constitutionnelle de 2002 qui avait ouvert la voie à la présidence à vie, ce qui était impensable pour l'homme de parole qu'il était car en totale contradiction avec les engagements pris dans la déclaration du 7 novembre.
En mars 1990, il fut muté au ministère de l'Intérieur où il resta moins d'une année. Dans l'affaire de Bab Souika le militaire loyal et discipliné qu'il était resté dans l'âme assuma pleinement ses responsabilités en acceptant d'être relevé de ses fonctions. Il retrouva la diplomatie en février 1991 comme ambassadeur de Tunisie à Paris où il montra d'indéniables qualités autant auprès du pays d'accréditation que de la communauté tunisienne en France qui lui vouait respect et considération. A Paris ceux qui avaient eu le privilège de travailler avec lui se souviennent d'un homme droit, affable, toujours disponible, un chef qui savait déléguer mais aussi soutenir ses collaborateurs. Il était un animateur d'équipe qui écoutait et tranchait toujours dans le bon sens sans jamais craindre d'assumer ses décisions. Contrairement à ce qu'on pouvait penser d'un ancien militaire (un dur des durs) il était un homme de dialogue, ouvert et d'une immense tolérance.
Alors que le discours officiel était de prétendre que «tout allait bien dans le meilleur des mondes», lui disait qu'on n'était qu'au tout début du chemin et que tout pouvait être remis en cause si on n'y prenait garde. C'est d'ailleurs sa sincérité, son patriotisme, son attachement aux institutions plus qu'aux personnes qui lui jouèrent des tours. Limogé de son poste sans raison, il prit les choses avec patience et philosophie. Quand on fit appel à lui pour diriger le comité d'organisation des JM 2001, l'homme discipliné au service de sa patrie d'abord et avant tout ne pouvait se dérober aux responsabilités qu'on lui confiait. Sa disparition prématurée ne lui avait pas permis d'assister à ces Jeux.
Sportif pratiquant et dans l'âme, il était aussi un dirigeant d'une haute qualité.Footballeur à la Jeunesse sportive Methouienne, club de la capitale, il fut président de la FTF. Cavalier émérite, il présida aux destinées de la fédération tunisienne des sports équestres. Tireur d'élite Il dirigea aussi la Fédération de Tir. Il faisait tous les jours son jogging qu'il vente ou qu'il pleuve. Il s'est mis aussi au Tennis, le sport qu'il pratiquait avec ses collègues diplomates.
Qu'aurait fait Abdelhamid Escheikh face au soulèvement populaire qui déboucha sur la révolution du 14 janvier 2014. Ceux qui l'ont connu de près sont persuadés qu'il aurait soutenu le mouvement des jeunes des régions défavorisées. Le militaire républicain qu'il était ne pouvait qu'être aux côtés de son peuple. Peut-être aurait-il conseillé au président déchu d'entendre la jeunesse et de s'éclipser. Lorsqu'il était ambassadeur à Paris, le général Rachid Ammar (il était colonel à ce moment) était attaché militaire à l'ambassade. Le courant passait bien entre les deux hommes. On est du reste convaincu qu'Abdelhamid Escheikh aurait préconisé tout du moins soutenu la démarche républicaine de son lointain successeur à la tête de l'état major général de l'armée.
Abdelhamid Esheikh avait le sens de la famille et de l'amitié. Il avait laissé une veuve éplorée Faouzia, sœur de l'ancien rédacteur en chef de TAP et l'un des chevilles ouvrières de sa rédaction sportive, feu Rabah Rochdy et deux grandes filles Oumaya et Myriam qui lui ont donné des petits-enfants qu'il aurait aimés et chéris plus que tout. Le couple Abdelhamid et Faouzia Escheikh resta néanmoins à jamais marquée par la mort accidentelle de leur troisième fille.
Ses collègues de l'armée, les diplomates qui ont travaillé avec lui ou sous son autorité, ses camarades nombreux et ses amis de tous horizons continuent d' évoquer son souvenir avec respect et considération.
Que son âme repose en paix.
Allah Yarhmou.


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