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Pesticides: vérité au-delà des Pyrénées, erreur en deçà?
Publié dans Leaders le 23 - 04 - 2019

«Pendant que les citoyens marchent, les lobbys des pesticides avancent et le gouvernement recule.» Communiqué de la Fondation Nicolas Hulot (France)
Dans notre pays aujourd'hui, les questions politiques occupent comme jamais le devant de la scène. On disserte à longueur de journée des présidentiables, de querelles politicardes mesquines qui prêteraient à rire en d'autres circonstances et on fourbit les armes pour les législatives.
Il y a pourtant des questions au moins aussi importantes dignes de retenir l'attention des politiciens patriotes et sincères, des Tunisiens et de la société civile.
Il s'agit de celles qui ont trait à notre environnement.
Il est réjouissant d'apprendre que l'UNESCO a fait du 26 novembre la Journée Mondiale de l'Olivier.
Il est triste d'apprendre, le 16 avril 2019, qu'un avion d'épandage de pesticides s'est écrasé à Sidi Bourouis dans la région de Siliana. Comme il est triste d'apprendre que le charançon rouge ravage les palmiers dans le Grand Tunis et dans le gouvernorat de Ben Arous.
Ces nouvelles nous conduisent à reposer, une fois encore, l'usage des pesticides dans notre pays à l'heure où le monde célèbre la Journée de la Terre.
Après la Deuxième Guerre Mondiale, l'emploi des herbicides, des fongicides et des insecticides synthétiques est devenu courant tant en agriculture qu'en utilisations ménagères ou prophylactiques. Mais on s'est aperçu que ces produits contaminent les nappes phréatiques, les lacs et les cours d'eau et nuisent à la santé des agriculteurs et de la faune. On a retrouvé des pesticides dans le sang de millions de personnes et même dans le sang de cordon des nouveaux nés. Depuis les années 1970 et suite à la parution de l'ouvrage de Rachel Carson «Le printemps silencieux» en 1962, les consommateurs s'opposent de plus en plus à l'emploi de ces produits CMR dont certains sont cancérigènes (pouvant entraîner un cancer), mutagènes (entraînant des mutations génétiques) et reprotoxiques (altérant la fertilité) et qui, via l'alimentation, finissent dans leurs assiettes.
En ce qui nous concerne, espérons d'abord que la Journée Mondiale de l'Olivier aboutisse à l'extension de la culture sans pesticides de l'arbre d'Athéna et que notre pays devienne le champion de l'huile d'olive bio face à de redoutables concurrents comme l'Espagne, la France et l'Italie!
Mais notons que l'épandage par avion est dangereux non seulement pour le milieu mais aussi pour le pilote. Dans de nombreux pays, cette pratique est interdite étant donné ses dangers: pollution généralisée de l'environnement et intérêt bien mince pour l'exploitant agricole car les études prouvent qu'à peine 25% du produit atteignent leur cible. L'épandage ne profite qu'au propriétaire de l'avion! Et il ruine l'eau des rivières et des lacs, essaimant en fait une pollution globale.
Pourquoi cette apathie ?
Habituellement, en Tunisie, on suit de près ce qui se passe chez l'ancienne puissance colonisatrice.
Or, curieusement, le débat qui mobilise si fortement en France et à Bruxelles (Union Européenne) portant sur les pesticides et tout particulièrement sur l'herbicide glyphosate n'intéresse apparemment personne chez nous. Rappelons que le glyphosate est commercialisé sous diverses dénominations et la plus connue est le Roundup du mastodonte de l'agrochimie américain Monsanto racheté l'an dernier par le géant allemand de la chimie Bayer.
En France et ailleurs, cet herbicide est l'objet de l'attention vigilante des militants de l'environnement, des médecins, des toxicologues, des juges et des députés. M. Emmanuel Macron en personne, le Président de la République française, en demande l'interdiction.
Et c'est ainsi que le gouvernement français a promis d'interdire le glyphosate en 2020 pour les principaux usages quand des solutions alternatives existent et d'ici fin 2022 pour tous ses usages.
Produit suspecté depuis 2015 de carcinogénicité, «cancérogène probable» dans le jargon de l'OMS (Centre International de recherche sur le cancer à Lyon CIRC), ses victimes frappées par divers cancers gagnent devant les tribunaux aussi bien aux Etats Unis (Lire sur le site de Leaders, 12 août 2018) qu'en France où le céréalier Paul François, intoxiqué par l'herbicide Lasso de Monsanto, a fait condamner cette multinationale en 2012, 2015 et 2019. Paul François, suite à ses atteintes neurologiques après inhalation accidentelle du pesticide, a converti son exploitation de 200 ha en agriculture biologique. Il déclare à ce propos: «C'est ça la vraie victoire. Cette affaire m'a amené à ouvrir les yeux et à passer à une autre agriculture. J'ai repris ma liberté d'agriculteur.»
La mise en accusation et le rejet du glyphosate dépasse l'Europe: ainsi, le Vietnam vient à son tour de l'interdire en raison de la toxicité des préparations le contenant et de leur impact sur l'environnement et la santé des gens. (L'Express, 12 avril 2019) Ce qui a déclenché des tweets ravageurs de Donald Trump, le défenseur des multinationales.
Chez nous, silence absolu alors que ce produit figure en bonne place (neuf fois!) sur la liste des pesticides homologués dans notre pays par le Ministère de l'Agriculture (liste actualisée et arrêtée suite à la réunion de la commission du 18 octobre 2017). Il est conseillé pour traiter les mauvaises herbes du blé, en arboriculture, en agrumiculture (soit seul soit en association avec l'oxyfluorfène ou le carfentrazone
Est-ce à dire que les lobbys soient si puissants dans notre pays?
Est-ce à dire que nos responsables et nos partis sont plus occupés par les questions de «boulitique» que par la santé de nos agriculteurs, de nos concitoyens, de ces jeunes pousses que sont nos enfants et de la protection de notre biodiversité?
L'INLUCC ne devrait-elle pas se pencher sur cette question pour préserver nos paysans, nos concitoyens et notre environnement?
De plus, il n'y a pas que le cas emblématique du glyphosate et du Round Up. Une révision drastique de la liste des pesticides utilisés en Tunisie doit être diligentée dans la transparence et en associant la société civile, l'Université, le corps médical et l'ARP. Aux Etats Unis, des sénateurs démocrates s'en sont pris à l'Administration parce que le malathion et le chlorpyrifos - autorisés chez nous - affectent dangereusement des centaines d'espèces et que le Département de l'Intérieur garde sous le coude une étude qui met en cause ces deux bien dangereuses substances.
Deux poids, deux mesures!
De plus, la politique du «Deux poids, deux mesures» est toujours à l'œuvre. Un produit réputé cancérigène en Europe et aux Etats Unis, devient inoffensif dans les pays émergents ou ex-colonisés.
Lawrence Summers, ancien secrétaire au Trésor, ancien président du Conseil Economique National US et ancien président de l'Université Harvard n'estimait-il pas que les pays du Sud sont «sous-pollués»? (Lire notre article in Le Monde Diplomatique, mai 1992, p.8-9).
L'Assemblée Nationale, écrit le Monde (16 mars 2019), a repoussé vendredi 15 mars de trois ans l'interdiction de la fabrication sur le sol français de pesticides vendus en dehors de l'Union Européenne, à 2025, en ajoutant des dérogations pour certaines entreprises. En novembre 2018, la loi agriculture et alimentation (Egalim) avait décidé l'interdiction en 2022 de la production, du stockage et de la vente des pesticides destinés à des pays tiers et contenant des molécules prohibées dans l'Union Européenne. Mais le Sénat ne l'a pas entendu de cette oreille: d'abord l'emploi en France hurlent les soit disant sages du Palais du Luxembourg… dussent tous les Autres crever!
«L'exposition aux pesticides peut engendrer des lymphomes non hodgkiniens, la maladie de Parkinson, des myélomes (cancers du sang), des cancers de la prostate. Mais aussi des troubles cognitifs et des problèmes de fertilité» affirme le Dr Pierre- Michel Périnaud, président d'Alerte des médecins sur les pesticides.
Certains affirment que l'on ne peut se passer des pesticides. Ils devraient voir ce qui se passe en Allemagne et dans les pays scandinaves où depuis des décennies, l'usage des pesticides régresse. Le Monde (20-21 avril 2019) écrit sous le titre «Nourrir l'Europe sans pesticides, un objectif réaliste»: «Une production entièrement agroécologique est possible à l'échelle européenne dans les prochaines années» libérant complètement du recours aux fertilisants de synthèse et aux pesticides.
De son côté, la France a lancé en 2007, le programme Ecophyto, pour réduire de moitié sa consommation de ces poisons. Ce qui lui a coûté un demi-milliard d'euros. Les résultats ayant été mitigés, le gouvernement ne s'est pas découragé: il est reparti à la charge avec Ecophyto 2+ en encourageant les cultures multiples sur la même parcelle (vesce avec trèfle et colza par exemple), en recourant à de nouvelles variétés et aux phéronomes, à la lutte biologique, aux systèmes d'analyse des données pour identifier le meilleur moment pour traiter… Les résultats sont au rendez-vous dans les grands vignobles du Bordelais, en Beauce en céréaliculture… Les quantités de pesticides utilisées décroissent. Les mentalités changent: une quarantaine d'organisations d'agriculteurs français ont signé un «Contrat pour les solutions». Elles ne font plus de la lutte pour lever les interdictions frappant tel ou tel pesticide leur but ultime. Bien au contraire, elles cherchent des solutions pour se passer de ces molécules toxiques.
A l'heure où fruits et légumes vident les poches du Tunisien, diminuer les intrants est de nature à favoriser un tant soit peu la décrue de leurs prix.
L'Assemblée de l'Environnement des Nations Unies réunie à Nairobi appelle de façon urgente, dans un rapport en date du 11 mars 2019, à réduire les menaces sérieuses que représente la pollution chimique pour la santé humaine, l'environnement et les économies.
Notre pays a tout intérêt à réduire voire à éliminer totalement les pesticides de notre environnement pour le bien-être de tous.
Il est temps pour nos gouvernants et nos politiciens d'oublier pour un moment présidentielles et législatives et de prendre leurs responsabilités vis-à-vis de notre environnement et les générations futures. A cet égard, face aux lobbys, la société civile a un rôle clé à jouer.


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