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Mokhtar Laâtiri: Un bâtisseur des plus talentueux et un ingénieur des plus brillants et des plus créatifs (1926 - 2007)
Publié dans Leaders le 21 - 04 - 2025

Par Ahmed Friaa - La Tunisie vient de perdre, en la personne de Si Mokhtar Laâtiri, un bâtisseur des plus talentueux et un ingénieur des plus brillants et des plus créatifs. Que Dieu lui accorde Son infinie Miséricorde. Cette disparition a attristé la communauté des ingénieurs tunisiens et plus généralement, tous ceux, nombreux, qui avaient connu le défunt, y compris à l'étranger. Car «Si Mokhtar», comme on avait coutume à l'appeler, était un homme hors normes, doté d'une personnalité singulière et d'une sagacité d'esprit exceptionnelle. Même si son tempérament fougueux, ses prises de position, déroutantes parfois, irritaient certains, il ne laissait jamais indifférent. Esprit brillant, il inspirait le respect et souvent l'admiration.
Après des études secondaires en Tunisie où il obtint son baccalauréat avec brio et tous ceux qui le connaissaient à l'époque s'accordaient à dire qu'il dépassait nettement la moyenne de ses condisciples, il rejoignit la Ville lumière, qui constituait alors l'un des hauts lieux des études supérieures en général et des études d'ingénieurs en particulier. Il avait été admis dans les classes préparatoires du célèbre lycée Louis le Grand. Studieux, intelligent et appliqué, le jeune Laâtiri avait réussi alors au concours de la prestigieuse Ecole polytechnique de Paris qu'il intégra en 1947. Son bon classement à la sortie de cette grande institution lui permettra d'être brillamment admis à la non moins prestigieuse Ecole nationale des ponts et chaussées de Paris, dont il obtint le diplôme en 1951. Il est à rappeler que ces deux grandes écoles ont formé de nombreuses générations d'ingénieurs de haut niveau, ayant contribué à l'avancement des sciences en général et des techniques de construction en particulier.
Un grand bâtisseur doublé d'un visionnaire
Voici donc Si Mokhtar, jeune et muni de diplômes prestigieux, obtenus au sein d'institutions réputées, dans une Europe qui venait de sortir d'une guerre atroce, une Europe à reconstruire. Toutes les portes s'ouvraient devant lui et rien ne l'empêchait d'envisager une belle carrière dans une France qui manquait cruellement d'ingénieurs à l'époque et qui mettait en place d'ambitieux programmes de reconstruction. Il préféra rentrer au pays et servir l'intérêt national, après quelques années d'apprentissage du métier, sur le terrain, passées en France.
Il revint en Tunisie en 1956. Le pays venait à peine de recouvrer son indépendance. Il manquait de tout. C'était un terrain vierge avec une écrasante majorité de citoyens confrontée à la misère, l'ignorance et le manque des services les plus élémentaires. Un pays à construire, une administration à créer, des services à inventer, dans un environnement où accéder à l'école pour y apprendre à lire et à écrire relevait déjà d'une véritable prouesse.
Si Mokhtar, l'ingénieur bardé de diplômes, attaché au service de son pays, plein d'énergie s'était, alors, mis à la tâche et, en collaboration avec une poignée d'ingénieurs patriotes de sa génération, il va écrire une belle page de l'histoire de la jeune Tunisie indépendante. Malgré la modestie des moyens dont ils disposaient, malgré l'absence de techniciens qualifiés, malgré l'inexistence d'une expérience nationale antérieure, ce groupe de pionniers va réussir à doter le jeune ministère des Travaux publics de structures administratives et techniques efficaces permettant ainsi de concevoir, de réaliser, de suivre l'exécution et d'assurer plus tard la maintenance d'infrastructures variées, des routes et des ponts, des aéroports et des ports maritimes, des aménagements touristiques et industriels, dans différentes régions du pays. Oui, Si Mokhtar était un véritable bâtisseur et un pionnier dans le domaine de l'ingénierie en Tunisie. Il avait su sacrifier ses intérêts personnels, quand tout lui était accessible et en particulier une belle carrière d'ingénieur et de manager à l'étranger, pour se donner sans limites à l'intérêt général, au service de son pays. Oui, Si Mokhtar était un patriote sincère et désintéressé.
A la fin des années soixante, conscient du rôle majeur dévolu à l'ingénieur dans toute oeuvre de développement durable et conscient également que quelle que soit la formation reçue à l'étranger, rien ne vaut, pour un ingénieur, la pratique du terrain et l'immersion dans la réalité culturelle et socioéconomique du pays, il s'était beaucoup dépensé pour convaincre d'abord de l'intérêt qu'avait la Tunisie à se doter de sa propre école d'ingénieurs pluridisciplinaires et fonder ensuite l'Ecole nationale d'ingénieurs de Tunis, communément connue par ses initiales: l'Enit, dont il fut le premier directeur, de 1968 à 1975. Rares étaient à l'époque, ceux qui croyaient en la faisabilité d'un tel projet et en sa pérennité surtout.
En effet, une telle école ne se réduisait nullement à des bâtiments et des équipements, somme toute relativement faciles à acquérir, le plus important était de la doter d'un corps professoral qualifié, de programmes et de plans d'études compatibles avec les besoins du pays et l'évolution des sciences de l'ingénieur et des techniques en général.
La tâche était d'autant plus risquée que le pays manquait cruellement d'universitaires spécialisés en sciences de l'ingénieur et de technologues capables d'assurer un enseignement de qualité. Ces difficultés n'avaient nullement affecté la détermination de Si Mokhtar. Il mit à profit ses nombreux contacts dans les milieux universitaires de pays amis et au sein des grandes écoles pour attirer à l'Enit des enseignants de qualité, de différentes écoles de pensée, qui venaient y dispenser des cours et encadrer les étudiants, sur des périodes plus ou moins longues. C'est ainsi que des centaines d'ingénieurs dans les diverses spécialités d'ingénierie ont été formés dans le pays, permettant ainsi de répondre aux besoins d'encadrement grandissants d'une économie tunisienne en développement constant.
Ce fut un grand défi relevé, encore une fois, avec beaucoup de succès par Si Mokhtar. Qui croyait en la réussite d'une aventure de cette ampleur ? Sans doute peu de monde. Oui Si Mokhtar était un visionnaire. Il avait vu juste et la réputation de l'ENIT, confortée il est vrai par le dévouement, l'énergie, l'apport et le sens de la responsabilité de ses successeurs et de toute la grande famille de cette vénérable institution, n'a cessé de croître au fil des ans, pour devenir l'un des fleurons du système universitaire tunisien !
Après l'Enit, Si Mokhtar avait occupé de nombreuses autres responsabilités, à la Steg dont il fut le PDG de 1977 à 1980, à la Société d'aménagement de Sousse nord, à l'Institut de micro-informatique, dont il fut le fondateur et le premier responsable. A cet égard, il avait été parmi les premiers à prévoir la révolution numérique à une époque où peu de gens pensaient que les énormes machines, qui remplissaient des salles immenses, dont l'usage était réservé à une petite élite hautement spécialisée, allaient être remplacées par des ordinateurs de petites dimensions accessibles à tout le monde. Déjà, à l'époque de l'Inbmi, il militait pour une culture numérique mieux partagée. C'est sa foi en le progrès du savoir et de l'intérêt qu'avait notre pays de profiter des multiples opportunités qu'il offrait, qui l'avaient amené à participer activement à la création de l'Institut régional des sciences informatiques et des télécommunications (Irsit), dont il fut l'un des fondateurs et des plus grands défenseurs. A l'avènement du Changement, il avait été honoré par le Président Ben Ali en le nommant conseiller à la Présidence.
A ce titre, Si Mokhtar s'était vu associé aux nombreux et grands projets initiés par le Président de la République et comme à son habitude, il s'en était acquitté avec abnégation et un grand sens de la responsabilité. Il serait long d'énumérer, d'une manière exhaustive, toutes les réalisations auxquelles avait pris part d'une manière active, toujours aux premières loges, Si Mokhtar, tellement elles étaient nombreuses et variées. Les quelques repères précédemment évoqués, dans son riche et combien intense parcours, le prouvent amplement. Il convient en revanche d'en tirer quelques enseignements qui méritent d'être médités, notamment par les plus jeunes. Le principal enseignement sans doute est que la réelle volonté de faire et de réaliser, la foi en la capacité de l'homme, l'amour de la patrie et l'engagement en faveur du bien commun peuvent remplacer avantageusement le manque de moyens matériels. Avec peu de moyens, les véritables bâtisseurs peuvent réaliser beaucoup ! Ils peuvent transformer la carence matérielle par la richesse de l'esprit, par l'aptitude à créer et à innover. Le deuxième enseignement est la grande foi qu'avait Si Mokhtar en la devise dite par l'un des pères fondateurs de l'Europe, à savoir que «rien ne se crée sans les hommes et rien ne dure sans les institutions». C'est pourquoi, tout en veillant à la bonne réalisation, il se préoccupait toujours de la pérennité de ce qu'il réalisait en y associant les institutions concernées.
Il est néanmoins vrai que la vision juste et l'aptitude à déceler bien avant les autres les mutations qui se profilent à l'horizon et bien s'y préparer pour en tirer le meilleur profit est probablement la qualité la moins bien partagée par les hommes. Si Mokhtar faisait partie, précisément, de la trempe des visionnaires. C'est pourquoi il était parfois mal compris.
Certains de ses détracteurs y voyaient même une forme d'anormalité, s'acquittant ainsi de leur propre ignorance. Il lui arrivait bien sûr de se tromper, la faute étant humaine, mais ses erreurs étaient largement compensées par les nombreuses idées lumineuses dont il avait été l'initiateur. Il va beaucoup nous manquer à tous. C'est une grande perte pour le pays et pour la communauté des ingénieurs, mais telle est la destinée de tout être humain.
Adieu Si Mokhtar ! et sache que ton exemple, tes réalisations et ton franc-parler qui avait agacé plus d'un, resteront présents dans nos esprits, rappelant l'unicité de ta personnalité et son côté brillant.
Ahmed Friaa
Tunisiens émérites
Ouvrage collectif sous la direction de Taoufik Habaieb
Editions Leaders, 2025, 252 pages, 40 DT
Disponible en librairies et sur


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