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La cinquième saison de Jean-Jacques Ciscardi
Publié dans Le Temps le 13 - 06 - 2020

Ne dit-on pas que Djerba est l'île de la cinquième saison? Avec sa plume trempée dans la nostalgie, Jean-Jacques Ciscardi vient de publier un nouveau livre inspiré de son île natale. Paru aux éditions Arabesques, "Djerba, l'impossible oubli" est le quatrième tome de la saga d'un mémorialiste qui puise la beauté de son verbe à la fontaine du souvenir.
En douze chapitres bien ficelés et une trentaine de photographies, Jean-Jacques Ciscardi vient de boucler le quatrième tome de ses mémoires. Commencé en 2016, ce parcours aura été ponctué de quatre balises ponctuelles qui, à la cadence d'une parution annuelle, nous mènent à cet excellent "Djerba, l'impossible oubli".
Le récit des heures claires
Encore improbable, ce projet à la fois mémoriel et littéraire avait commencé avec un premier ouvrage intitulé "La légende vivante de Djerba" qui avait ouvert des perspectives sur un travail narratif appelé à aller plus loin. Devant le succès de l'entreprise et fort d'un incomparable trésor d'expérience, Ciscardi allait récidiver avec un nostalgique "Djerba le temps des regrets" puis un très attachant "Djerba fontaine des souvenirs". Entre récit de vie, chronique historique et essai biographique, ces trois ouvrages ne laissent pas indifférent et, naturellement, en appellent d'autres, tant cette source de la mémoire est intarissable.
Avec toute sa faconde et son regard rétrospectif, Ciscardi renoue les fils du passé une nouvelle fois. Avec "Djerba l'impossible oubli", il parachève une longue narration et publie ce quatrième tome en guise d'épilogue. A l'ombre du phare de Taguermess et d'Ajim, village natal de son père, Ciscardi poursuit son récit des heures claires, déroule une généalogie et sa vasque de souvenirs. Une trentaine de photos sont publiées en annexe de la narration. A leur manière, elles racontent aussi d'innombrables tranches de vie, fixent des lieux et des objets, des époques et des bribes de mémoire. Ces photos répondent à un texte limpide, aéré; un texte où les histoires s'emboîtent et témoignent de quatre constantes.
Les quatre piliers
de l'amoureux fou
Ces piliers sur lesquels repose le récit de Ciscardi ont pour poutre-maîtresse quelque chose d'indéfinissable qui traverse chacun des quatre recueils de souvenirs de l'auteur. Incontestablement, chez Jean-Jacques Ciscardi, l'amour de Djerba est non seulement le fil conducteur mais aussi le filigrane de l'écriture. C'est là que se trouvent la source et le but, le seuil et le terme de l'ensemble du projet qui, au fond, est le chant lyrique de l'amoureux de son île. L'auteur se compare volontiers à "un djerbien amoureux fou de son île, depuis toujours et à jamais". Abondant dans ce sens, il affirme que l'on "n'aime pas Djerba pour un motif ou une logique". Avec soixante ans passés dans les parages, Ciscardi sait mieux que tout autre les secrets des initiés. Il se contentera de murmurer que l'île "sait envoûter le visiteur, insidieusement, sournoisement, jusqu'à l'accaparer totalement dans son sein.
Cet amour fusionnel pour la terre natale est le ferment duquel ce livre (et ceux qui l'ont précédé) tire toute sa puissance et son caractère. Une seconde articulation est remarquable: elle réside dans la profonde sincérité de l'auteur qui parle à âme ouverte ou coeur dévoilé. Il n'est jamais facile de se livrer à un lecteur inconnu. Toutefois, Ciscardi sait le faire avec pudeur et en maniant à merveille les registres conjugués de la confession/confidence. Il prend son lecteur par la main, lui fait traverser les décennies, l'introduit dans sa famille et ses lieux de vie et lui avoue même de quoi sont faites ses pensées et ses espérances. C'est ce juste ton, à la fois intimiste et détaché, qui fait le deuxième pilier de la démarche de Ciscardi.
La candeur enfantine que l'auteur choisit pour raconter certains épisodes de vie constitue ensuite une véritable source de jouvence. Lire certaines pages où l'auteur raconte la pêche sur le rivage tout en ayant à l'esprit les images paternelles et maternelles, nous place au coeur du dispositif littéraire de Ciscardi. C'est en fait une chronique familiale qu'il nous invite à découvrir et, à chaque instant, l'amour de l'île convoquera l'amour filial. Son île retrouvée équivaut aussi à faire revivre ses parents qui renaissent à travers des gestes parfois anodins et des paysages coutumiers. Enfin, cette chronique familiale se double d'une chronique familière de Djerba. Entre terroirs, paysans et agitation des souks, Ciscardi nous raconte une terre d'asile, des personnages et des villages, des constantes aussi qu'il a pu vérifier à maintes reprises. S'il le fait d'un regard amoureux, cela n'enlève rien de l'acuité de ses observations et la persistance de ses souvenirs.
Les légendes
n'ont pas d'épilogue
Dans ce déploiement aux quatre vents, Jean-Jacques Ciscardi plaide l'impossible oubli. Ayant tourné la page de la vie professionnelle, il cultive son jardin et depuis 1980, ne quitte plus son île. Après avoir tout oublié sauf Djerba, il nous déclare avoir contracté un "virus rebelle" qu'il nomme le "djerbiano-viri". Dans un passage qui résonne comme un clin d'oeil à l'actualité, il nous raconte comment tous ceux qui ont connu l'île, à commencer par Ulysse, ont été saisis par sa beauté qui s'instille en vous pour ne plus vous lâcher.
Quant à ce livre de l'oubli conjuré, on a envie de le relire dès la dernière page tournée. C'est dire la proximité que parvient à installer l'auteur et les délicats effluves du souvenir qui ne vous quittent plus. Désormais, il ne reste plus à Ciscardi que de négocier la passe de cinq pour que son projet prenne la forme d'une "khomsa" emblématique. Car, nous le savons tous, les légendes ne connaissent pas d'épilogues.


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