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Quand la triche devient prouesse
Enseignement : En pleine semaine bloquée
Publié dans Le Temps le 06 - 03 - 2009


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Il n'y a pas que les mauvais élèves qui trichent. Les bons ne se privent pas, eux non plus...
On n'en a pas fini avec la triche aux examens. La fraude est devenue une maladie chronique chez la majorité de nos élèves. Ils en usent lors des devoirs de contrôle ou pendant la semaine bloquée où elle devient plus flagrante.
La triche n'est pas l'apanage des élèves des grandes classes, elle est pratiquée même par des élèves de 7è année, et peut-être de 6è et 5è au premier cycle de l'école de base. Il va sans dire que la fraude aux examens peut fausser l'évaluation scolaire et ne permet pas de juger l'élève à sa juste valeur ni d'avoir une idée sur son niveau réel. C'est pour cette raison qu'elle est interdite par la loi qui prévoit des sanctions très sévères à l'égard de l'élève coupable de fraude ou de tentative de fraude. Cependant, beaucoup d'élèves (filles et garçons) sont devenus des professionnels en la matière, pouvant commettre leur délit sans se faire prendre, tellement les stratagèmes employés relèvent d'une extrême ingéniosité. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les amateurs de tricherie rivalisent dans ce domaine et se vantent des prouesses qu'ils ont réalisées.
Les enseignants chargés de la surveillance pendant cette semaine bloquée, redoublent de vigilance pour empêcher toute tentative de fraude de la part des candidats dont la plupart tentent de profiter de la moindre inattention ou distraction du professeur-surveillant pour tricher : jeter un coup d'œil sur la copie du voisin, passer un bout de papier à l'un des camarades, souffler un ou deux mots à l'un, faire un geste intentionnel à l'autre. Pour communiquer entre eux, les élèves se sont érigé un bon nombre de codes confidentiels dont ils se servent le jour de l'examen. Pour certaines questions, surtout celles qui demandent de répondre par « oui » ou « non », par « vrai » ou « faux », on n'a pas besoin d'un grand effort pour transmettre l'information ; il suffit d'un hochement de tête ou d'une petite toux ou encore d'un claquement des doigts pour se faire comprendre !

L'apport du portable
Avec l'avènement du téléphone portable, la fraude se développe et se modernise ; certains élèves trouvent toujours le moment propice pour se communiquer une réponse totale ou partielle via le SMS sans pour autant être découverts ; de même, ils peuvent afficher discrètement sur l'écran du portable quelques formules mathématiques ou autres qu'ils ont auparavant enregistrées. En outre, dans certains collèges ou lycées, les élèves sont autorisés dans des disciplines bien déterminées d'utiliser une calculatrice, faute de quoi, la plupart des élèves ont recours à la calculatrice du portable pour faire des calculs et ainsi, ils en profitent pour accomplir d'autres desseins. Plusieurs portables employés pour la triche sont saisis par l'Administration scolaire à chaque semaine bloquée ! Toujours enclins aux pratiques frauduleuses, certains élèves ne cessent d'inventer des moyens « magiques » pour affronter un examen ou un devoir. Quelques jours avant la semaine bloquée et peut-être la veille de chaque devoir, beaucoup d'élèves se préparent non en revoyant leurs cours ou en révisant sérieusement leurs leçons, mais en photocopiant en miniature sur des bouts de papiers ces cours et ces leçons qu'ils dissimulent précautionneusement dans leurs poches ou sous leurs vêtements afin d'en recourir en cas de besoin, en trompant la vigilance du professeur-surveillant.

Excuses et prétextes
Devant ce phénomène, une question se pose : Pourquoi certains élèves trichent-ils à l'examen? A cette question, les fraudeurs vous répondent que les programmes sont trop chargés pour qu'ils puissent en venir à bout, qu'il y a plusieurs matières à préparer, que les leçons d'histoire et de géographie sont trop longues, que certaines formules mathématiques ou physiques sont difficiles à retenir, que tout le monde triche, que c'est devenu normal partout ! Ainsi, pour la plupart des élèves, la fraude est devenue le chemin le plus court pour avoir une bonne moyenne et réussir. Quant aux enseignants, ils vous diront que la fraude est due à plusieurs facteurs : la paresse et le manque de concentration en classe pendant les cours, la mauvaise préparation pour les devoirs au cours de l'année, le manque d'esprit de synthèse chez certains élèves, tout cela les pousse vers un « parcoeurisme » superflu. Or, apprendre par cœur n'a jamais été une méthode efficace, d'autant plus que les élèves manquent d'esprit critique et d'une méthode de travail qui leur permette de doser leurs efforts sur toute l'année scolaire.
Hechmi KHALLADI
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Témoignages
Nous avons posé la question suivante à quelques enseignants : - Pourquoi les élèves trichent-ils à l'examen ? - Voici quelques réponses.

Noureddine A. : -Ce sont généralement les paresseux et les cancres qui recourent à la fraude : le temps qu'ils passent à préparer des fausses-copies à chaque devoir leur suffirait suffisamment pour apprendre leurs leçons. Et puis, l'administration est trop clémente avec ces fraudeurs ; plusieurs cas restent parfois impunis ou n'ont pas eu la sanction qu'ils méritent ! L'un des principaux facteurs de la baisse du niveau des élèves, c'est la fraude à l'examen ! -
Mekki J. : - Les fraudeurs sont toujours les mêmes : la punition ne les a jamais empêchés de récidiver ! Il paraît que les mesures coercitives en vigueur ne sont plus efficaces. Mais parfois la triche n'est pas le résultat d'un simple manque de discipline chez les élèves, elle est bien ancrée dans nos habitudes, dans notre société : on triche dans le commerce, en sport, dans les jeux, dans les concours ! Il est donc normal qu'un élève triche à l'examen !-
Doha M. : - Il n'est pas toujours vrai que seuls les élèves médiocres trichent ; les bons élèves sont parfois tentés par cette pratique. D'ailleurs, ils sont impliqués dans la triche du fait que, au nom de la solidarité, ils trouvent l'occasion de dépanner leurs camarades en mal de réponses ! Et puis, quelle que soit la vigilance du professeur, le tricheur parvient à son but par des manœuvres subtiles qu'il exécute habilement et sans se faire prendre ! Avec le portable, c'est encore pire !-
Sihem. A. : -Quand les élèves font des efforts tout au long de l'année, ils n'ont pas besoin de tricher car les épreuves leur paraissent normales. Le malheur est que nos élèves laissent s'amasser les cours jour après jour au point que la veille des examens ils sont incapables de réviser tout en un temps très réduit, d'où le recours aux fausses-copies. Ce qui manque à nos élèves c'est la méthode de travail et l'organisation. De plus, la fraude peut faire partie intégrante d'une mentalité en vogue chez nos jeunes qui prône la facilité et le moindre effort. Leur devise est la fin justifie les moyens !-


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