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Une seringue, rien qu'une seringue …
Consommation de drogues injectables
Publié dans Le Temps le 12 - 02 - 2010


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L'urgence est de réduire les risques de transmission par l'utilisation de seringues infectées
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« Tranca » et « soubia » les appellations d'un monde à part, mais qui fait partie de la société. Toute tendance à minimiser le problème signifie qu'on le banalise et qu'on l'institutionnalise de fait
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Deux nouveaux centres de désintoxication seront installés à la prison civile de la Mornaguia et à la prison pour femmes de la Manouba.
« Tranca », « soubia » sont les termes utilisés par les accros aux drogues pour parler du subutex. Des médicaments prescrits à la base pour les aider à bien supporter les contraintes du sevrage de certaines substances ou de l'alcool mais qui ont changé de vocation chez nous. Nombreux sont en fait, les jeunes et même les adultes qui utilisent le subutex comme drogue injectable ignorant ainsi tous les risques qu'ils encourent, notamment la transmission du VIH-SIDA et les maladies hépatiques. Il s'agit d'un problème qui se pose avec acuité dans notre société, mais qui reste un sujet tabou. Pire encore, certains responsables le banalisent. Il n'est pas considéré comme un phénomène de société. « Nul ne peut confirmer cette idée, car il faut mettre au moins dix ans pour mesurer l'ampleur du problème », avait déclaré l'ex-ministre de la Justice et des Droits de l'Homme lors d'une conférence de presse, M. Béchir Tekkari, actuel ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.
Certes, le mal est là. Plusieurs jeunes garçons et/ou filles sont accros au subutex. Issus de milieux socio-économiques défavorables ou de quartiers populaires, ils souffrent le plus souvent de problèmes familiaux et surtout de manque d'encadrement. Ils sont également au chômage puisqu'ils abandonnent leurs études très tôt. Dès lors, la consommation de drogue reste pour eux une sorte d'échappatoire de la réalité inconfortable et pénible. Une échappatoire qui se transforme au bout de quelques jours en une prison éternelle avec tous les problèmes qui en découlent.
Risque de maladies incurables
En plus de la dépendance psychologique et physionomique, ils font face à un risque permanent, à savoir l'infection par le VIH et/ou les maladies hépatiques. Guidés par le comportement de groupe, les jeunes accros se partagent entre eux les seringues, d'où le danger évident de transmission de ces maladies mortelles.
Face à cette situation très inquiétante, plusieurs associations travaillent d'arrache-pied pour venir en aide à cette frange de la société et surtout l'informer et la sensibiliser par rapport aux risques de l'utilisation des drogues injectables et autres substances.
Ainsi, l'Association Tunisienne d'Information et d'Orientation sur le SIDA (ATIOS) a créé un centre de prise en charge psycho-social « Chams » ayant pour objectif d'aider les toxicomanes à rompre avec ce mal. Pour ce faire, une équipe de spécialistes chevronnés composée d'une psychologue clinicienne, d'une éducatrice polyvalente et d'un médecin, ainsi que de jeunes volontaires sont à leur écoute depuis plus d'un mois.
Une prise en charge avant et après la cure
Les utilisateurs de drogues injectables (UDI) peuvent se rendre deux fois par semaine, les lundis et vendredis après-midi au siège de l'ATIOS pour assister aux séances d'information et de prise en charge psychosociale. La tâche des spécialistes ne se limite pas à ce niveau, car ils aident les toxicomanes au sevrage. En fait, ils les préparent psychologiquement à l'hospitalisation au centre Al Amal pour la prise en charge des toxicomanes à Jebel El Ouest. « Cette méthode multiplie les chances de désintoxication », d'après, Mme Houyem Boukassoula psychologue clinicienne. Elle ajoute : « nous fournissons les informations nécessaires aux intéressés comme nous les aidons à accomplir les formalités de demande de désintoxication ».
Il faut dire que tout un travail psychologique s'effectue au centre « Chams » avant et après la désintoxication. Un travail très important du fait que les spécialistes comptent prendre en charge les utilisateurs de drogue même après le sevrage. Car cette démarche est indispensable pour réduire les risques de rechute. « Nous allons assurer une prise en charge psychologique avant et après la cure », tient à préciser le Dr Samir Bouarrouj, secrétaire général de l'ATIOS. Car « cette période est très critique pour ceux qui viennent de rompre avec la drogue », signale le docteur.
En effet, tout un programme ambitieux sera réalisé par l'association pour protéger les jeunes contre les drogues injectables et surtout contre les maladies et les infections qui en résultent. « Nous allons sensibiliser les accros là où ils sont. Nous allons aussi leur offrir tous les moyens pour réduire les risques de transmission du VIH ou autres maladies », déclare Dr Hédia Chaouachi, présidente de l'ATIOS. Par exemple, les UDI pourront avoir des seringues au lieu d'utiliser celles infectées et ce pour réduire les risques d'infections et de maladies. La présidente précise à cet égard que les UDI pourront avoir des seringues stérilisées contre celles utilisées. Il y aura en fait un échange de ces outils toujours dans le souci de réduire ces infections.
Sana FARHAT
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Des éducateurs de la rue dans les quartiers chauds du Grand-Tunis
L'ATIOS est en train d'œuvrer pour venir en aide aux utilisateurs de drogues injectables. Un projet ambitieux sera réalisé dans ce sens et ce dans le cadre du programme MENAHRA. Des jeunes ayant rompu avec les drogues seront formés pour être des éducateurs de la rue. Ils auront pour mission de sensibiliser leurs camarades par rapport aux moyens de protection contre les infections et les dangers qui résultent de l'utilisation incontrôlée de seringues, de rapports sexuels non protégés…Ils recueilleront aussi des informations sur cette frange pour toucher un grand nombre d'UDI. « Le projet a en fait pour objectif de réduire les risques en général. Il sera appliqué dans les quartiers chauds du Grand-Tunis », déclare Mme Olfa Redissi, éducatrice polyvalente.
S.F
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Témoignage
Mohamed 23 ans, utilisateur de subutex : « Pour un sevrage au centre Al Amal »
Mohamed, âgé de 23 ans s'injecte le subutex depuis son jeune âge. Issu de l'un des quartiers de la Médina, le jeune n'a pas réussi sa désintoxication. Il a rechuté après avoir passé un séjour au centre de l'Association Tunisienne de Désintoxication à Sfax.
Comment vit-il cette expérience ? De quoi est meublé son quotidien ? Pense-t-il à se désintoxiquer de nouveau et reprendre un rythme de vie normale ?
Chômeur, Mohamed est condamné à s'injecter quotidiennement le trois quart d'un cachet de subutex. Il se débrouille par tous les moyens pour se procurer le prix de sa dose. « Le cachet se vend actuellement à 32 dinars et plus. Il me faut chaque jour plus de 8 dinars pour garantir ma dose », témoigne le jeune. Mais comment fait-il pour garantir cette somme sachant qu'il est au chômage ? Auparavant, sa mère lui donnait son argent de poche et il s'en servait pour acheter les cachets. Veuve et en difficulté financière, la maman s'en sort difficilement, « c'est ce qui me pousse à me débrouiller d'une façon ou d'une autre pour acquérir ma dose », ajoute Mohamed. Une situation certes délicate pour ce jeune qui risque de se trouver un jour ou l'autre emprisonné car il a tenté plusieurs fois de voler.
Par ailleurs, Mohamed néglige les dangers auxquels il est confronté par rapport au risque de transmission du VIH. Il a d'ailleurs attrapé l'hépatite parce qu'il partageait les seringues avec d'autres UDI. Mais « j'ai changé de comportement et je me protège de mieux en mieux », explique-t-il. « J'ai même envie de me désintoxiquer définitivement au centre El Amal à Jebel El Ouest. C'est ce qui m'a encouragé à contacter l'ATIOS ». Accueilli par la psychologue la semaine dernière, Mohamed est en train de faire les procédures pour déposer sa demande auprès du ministère de la Santé publique et bénéficier des services du centre gratuitement. Il est décidé cette fois à réussir et surmonter l'obstacle.
S.F
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Les délits de drogues ne représentent que 1,6 % des affaires
« Les délits de drogues sont minimes. Ils ne représentent que 1,6 % des affaires », c'est ce qu'a annoncé M. Rafik Bel Hadj Kacem, ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales lors du débat budgétaire.
Auparavant, M. Béchir Takkari, ex-ministre de la Justice et des Droits de l'Homme avait annoncé lors d'une conférence de presse que « 1314 personnes ont été condamnées à cause de ces délits en (2006-2007). Le chiffre a enregistré une légère hausse en 2008 pour atteindre les 1405 condamnés ». Pour ce qui est des affaires, le ministre a précisé qu'elles dépassent les 400. C'est ce qui explique d'ailleurs le fait que nous ne puissions parler de ce phénomène, tout en précisant que le taux d'évolution du problème est de 4 % ». Pour ce qui est du taux des prisonniers impliqués dans les affaires de drogue il est limité. « Ils sont en fait classés troisièmes après, respectivement, le voleurs et ceux qui ont commis des actes de violence ».
S.F
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La prise en charge dans les prisons
15 % des prisonniers bénéficient de programmes de désintoxication. Des nouveaux centres spécialisés accompliront cette tâche prochainement. Notamment un centre spécialisé est installé à la prison civile à la Mornaguia ayant une capacité d'accueil de 40 personnes aide les toxicomanes à rompre avec les drogues. « Un autre centre sera installé à la prison des femmes à la Manouba », c'est ce qu'a annoncé l'ex-ministre de la Justice et des Droits de l'Homme.


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