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20 à 30 Milliards de dollars pour « reconstruire la Tunisie »
G8
Publié dans Le Temps le 18 - 05 - 2011

20 à 30 Milliards de dollars, sur les cinq à dix années à venir, c'est le montant dont la Tunisie aura besoin pour que réussisse la transition démocratique sur le plan économique. Un montant qui ne représenterait que les 2 à 3% des coûts de la réunification de l'Allemagne, et qui est aussi bien infime par rapport au coût d'un à deux mois de la guerre en Irak.
C'est le préambule des demandes de la Tunisie, qui devront être présentées à l'occasion du sommet du G8 (les 8 pays les plus industrialisés de la planète), la semaine prochaine à Deauville en France. Une vingtaine d'économistes de différentes nationalités, mais essentiellement des Français, soutiennent les propositions de la Tunisie. D'ailleurs, ce fut justement le sujet d'une audience entre le Premier Ministre du gouvernement provisoire Beji Caïd Essebsi et trois économistes ; deux Français ; Jean- Louis Reiffers et Olivier Pastré, ainsi que le prix Nobel de l'Economie en 2011, l'Américain Joseph Stiglitz, en présence de Mustapha Kamel Nabli, Gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie. Cette audience a connu la participation de plusieurs autres économistes, signataires du communiqué du plan du plan de soutien à la Tunisie, à travers une vidéo conférence. Une conférence de presse a suivi l'entretien et pendant laquelle et on a pu, un tant soit peu, connaitre les détails de ces propositions, de supporter les chances de leurs concrétisations sur le terrain.
Selon le prix Nobel américain, Joe Stiglitz « il faut tout d'abord sensibiliser les responsables des pays participants à ce sommet sur certaines priorités. Car les prochains mois seront difficiles à gérer. Le soutien de la communauté internationale est ainsi indispensable », il fait là allusion au premier point de l'appel lancé par ces économistes à savoir celui d'une « aide immédiate pour les subventions alimentaires et énergétiques ainsi que pour un plan de recyclage à l'intention des diplômés chômeurs ». Car dans les périodes à venir « il est impératif que les grands marchés, notamment ceux de l'Europe et celui des Etats Unis, s'ouvrent davantage devant les produits tunisiens » ajoute Joe Stiglitz. Le plan du G8, doté de 20 à 30 Milliards de dollars sur 5 à 10 ans, devrait permettre d' «investir massivement dans le désenclavement de l'intérieur du pays, le développement des transports, des infrastructures technologiques, des pôles technologiques et industriels », des éléments considérés comme étant « des priorités absolues en mesure de créer le tissu de PME dont les régions déshéritées ont tant besoin ». On entend aussi, par cet appel qui se base sur une feuille de route élaborée par la Tunisie, « rétablir la confiance indispensable au rebond. Ce qui permettrait de créer un cadre concurrentiel pour les industries et les services, mettre l'accent sur les petites entreprises, optimiser l'intermédiation financière, notamment au travers d'une restructuration du système financier », un système qui est en quête de capitalisations plus importantes des banques, un traitement spécifique pour les prêts non performants, ainsi que la micro-finance, les fonds d'investissement et les fonds d'amorçage. Pour Jean- Louis Reiffers, qui s'est dit « leurré par les performances économiques de la Tunisie enregistrées durant les dernières années, alors que le système a été corrompu », une obligation d'instaurer les règles prudentielles pour contrecarrer la corruption et la fraude est plus que jamais nécessaire « ce qui faciliterait le mise en place d'un système rigoureux permettant la décentralisation de la décision, notamment au niveau des régions du Sud et du Centre ».
Pour plus de clarté
Les économistes présents à cette conférence ont insisté sur le fait que « plusieurs pays de la région ont l'attention absolue focalisée sur la Tunisie et un échec de sa transition serait une victoire pour les dictatures, et un échec de la démocratie ». C'est ce qui explique la nécessité d'une « déclaration claire sur les modalités de mobilisation et de coordination entre les différentes institutions financières (FMI, Banque Mondiale, BERD, BEI, BAD et BID) afin qu'elles puissent contribuer d'une manière optimale à la croissance et à la restructuration de l'économie tunisienne ». Une condition qui traduit « la responsabilité collective de faire en sorte que la transition démocratique en Tunisie réussisse et de prouver que la coopération économique est la meilleure barrière contre les extrémistes ». Les économistes appellent aussi à « un engagement, à titre individuel, des pays européens participant à ce sommet d'appuyer l'obtention pour la Tunisie du statut de partenaire associé de l'Union Européenne avec un plein accès aux fonds structurels européens ». « A l'instar de ce qui a été fait avec la Suisse, la Norvège etc », souligne pour sa part Olivier Pastré.
Les jeunes, notamment les diplômés de l'enseignement supérieur, l'éclosion et la pérennité des PME, mais aussi la disparité entre les régions et le développement régional de grandes parties de la Tunisie, l'immigration ainsi que la refonte du système bancaire en Tunisie, semblent tous être les mots clés de l'appel de ces économistes, mais aussi de toute cette feuille de route que la Tunisie compte présenter à l'occasion du sommet des G8. Car, s‘alarme-t-on « il est du devoir de la communauté internationale d'éviter que la Tunisie n'entre dans un cercle vicieux ; pauvreté et augmentation du chômage ». Les économistes signataires, disent être convaincus du fait que « les investissements se jugent sur le long terme. Nous avons la ferme conviction, ajoutent-ils aussi, que la mise en place d'institutions démocratiques sera un facteur déterminant de l'amélioration de l'attractivité et des performances économiques sur les moyen et long termes ». Mais interrogés par « Le Temps » sur la place qu'occupe le transfert technologique dans la palette de demandes adressées aux 8 dirigeants des pays les plus industrialisés, Joe Stiglitz a indiqué que «c'est un problème commun à l'ensemble des pays du monde, la feuille de route présentée par la Tunisie devrait susciter et renforcer la confiance des investisseurs, notamment ceux issus du secteur privé ». Il n'a pas non plus omis de mentionner le rôle que devrait prendre le secteur privé tunisien.
Malgré une note d'optimisme qui semble régner sur l'atmosphère, quelques jours avant la tenue de ce sommet en France, on imagine mal que ce soit « la baguette magique » capable de tout changer. Car de tels sommets dans le passé, et il n'y a eu que cela, mais avec de très minimes réalisations sur le terrain. Rappelons les différents plans de relance pour un nombre de pays tels que le Pakistan, ou celui de la reconstruction de l'Irak, où tout le monde ne s'était montré généreux que dans les promesses. Malgré les jours difficiles qui semblent nous hanter dans les quelques mois à venir, tribut de la Révolution, diraient certains, il faudrait tout de même s'orienter encore davantage vers un modèle qui se base encore plus sur ses propres ressources et approfondir les liens avec ses voisins directs, comptant surtout sur une amélioration rapide de la situation en Libye.


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