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111 cas de suicides depuis le 14 janvier dont 69 par immolation par le feu
Phénomène de société
Publié dans Le Temps le 16 - 06 - 2011

- Selon le professeur Zouheir El Hechmi, professeur à l'hôpital Razi, le suicide de Mohamed Bouazizi, suivi d'une très grande médiatisation, a été traité avec beaucoup d'hypocrisie
«On a commis trop d'erreurs dans la gestion du suicide de Mohamed Bouazizi qui a été suivi par une très grande médiatisation et traité avec beaucoup d'hypocrisie. » déclare le professeur en psychiatrie à l'hôpital Razi, Zouhair El Hechmi, lors d'une journée de travail organisée par la Direction de la santé scolaire et universitaire à Tunis.
La journée qui a comporté, entre autres, des ateliers de travail auxquels ont été conviés des spécialistes, entend plutôt interroger les sens du suicide en tant acte à prévenir, le phénomène ayant frappé de plein fouet notre pays depuis le 14 janvier. Une chose à relever en premier, est que les chiffres enregistrés depuis l'avènement de la Révolution ont de quoi nous donner froid dans le dos : 111cas de suicides dont 58 jeunes âgés entre 15 et 25 ans. Le professeur Zouhair El Hechemi qui s'est exprimé sur la question n'en revient pas « 69 cas d'immolation par le feu depuis le 14 janvier. Mais c'est du jamais vu ! Cela remet en question toutes les données qu'on avait sur ce phénomène. Par ailleurs, il est à signaler qu'on a commis trop d'erreurs dans la gestion de ce suicide qui a été suivi par une très grande médiatisation. Cet acte qui n'est pas par ailleurs pas politique a été traité avec beaucoup d'hypocrisie. » avance-t-il.
Définition du suicide
Mais qu'est-ce que le suicide ? Comment peut-on l'expliquer si ce n'est selon le professeur El Hechemi qu'« un geste auto-agressif et hétéro-agressif puisqu'au moins 6 personnes de l'entourage du suicidé sont affectées par cet acte. » dit-il pour expliquer ce phénomène à la lumière des différentes écoles psychiatriques et à travers l'histoire. « Le suicide est dans tous les cas de figure pathologique. Quel que soit le temps que prend cet acte, le moment du passage à l'acte est pathologique selon beaucoup de spécialistes. » dit-il en ajoutant « Chez l'être humain, il y a des pulsions de vie et de survie très fortes qui doivent dépasser l'envie de mourir. Chez le suicidé et au moment où la personne veut mettre fin à ses jours le contraire se produit. Le problème est d'autant plus grave si la personne choisit un moyen physique pour se suicider comme la pendaison ou l'immolation par le feu car l'acte est définitif. Par contre pour le suicide médicamenteux, la personne en détresse peut faire un appel à son entourage comme par exemple le fait d'ingurgiter un produit toxique tout en appelant des amis. » dit-il.
Le conférencier a évoqué également des facteurs environnementaux et sociaux favorisant cet acte en invoquant l'analyse de Durkheim qui considère que « le suicide ne concerne pas l'individu mais la société. »
Pour le cas de la Tunisie le conférencier a étayé son exposé à partir des résultats d'une étude qu'il a menée et son équipe de résidents entre 2007 et 2008. Selon cette étude, le taux de suicide dans notre pays serait situé entre 6 et 7 pour 100 000 habitants. Chiffre qui ne nous fait pas parler d'un problème de santé publique, le comparant au chiffre mondial qui caracole les 16 suicidés pour 100 000 habitants.
Le suicide des adultes est complètement différent de celui des jeunes d'entre 10 et 24ans
Le conférencier distingue, par ailleurs, deux rythmes de suicide celui des adultes et celui des jeunes. Jusque-là on estime que les régions les plus touchées par le suicide sont le grand Tunis et Nord-est totalisant près des deux tiers des cas (62,5%). Les adultes se suicident généralement en hiver. Pour les jeunes c'est complètement l'inverse qui se produit. Les jeunes de la tranche d'âge entre 10 et 24 ans constituent dans notre pays 30,84% de la population soient 3 millions de personnes. Les taux de suicide les plus fréquents pour eux se produisent au printemps et sont localisés plutôt dans le sud et les régions côtières. Cela s'explique selon notre interlocuteur par le fait que les déterminants suicidaires chez les jeunes sont différents de ceux des adultes…
Mais qu'est-ce qui a déclenché ce phénomène de suicides dans la période postrévolutionnaire dans nos murs ayant fait multiplier par trois les taux enregistrés jusque là ?
« On n'a pas de couverture mentale dans notre pays qui fait qu'on peut se projeter dans une dizaine d'années pour prévenir certains phénomènes… « avance le conférencier en ajoutant « A cet instant, en Tunisie, elles sont 700 mille personnes déprimées avec des caractéristiques de dépression majeure. Il faut compter 1000 seulement parmi eux ayant consulté. Le suicide dans notre pays, a toujours été traité comme étant sans intérêt puisqu'on subissait la parole qui dit que ‘'Le suicide est bas là où l'Islam est fortement implanté.'' Le suicide était également de l'ordre du tabou qui a fait occulter toutes les données chiffrées. ».
Dr El Hechemi explique en effet que dans les années 80 le professeur Slaiem Ammar était le premier en Tunisie à avoir brisé le silence qui entourait la question. Ses travaux ont montré qu'en 78/79 le taux du suicide dans notre pays était entre 25,5 et 31,5 pour 100 000 habitants. Le double de la moyenne mondiale. Finalement l'Islam ne protège pas contre le suicide autant qu'on le croyait. Il répond beaucoup plus à des facteurs environnementaux et politiques, liés notamment à la fin du socialisme. Beaucoup de personnes ayant été dépossédées de leurs biens se sont suicidées. Le suicide a repris depuis la fin des années 90 mais lentement. Les moyens du suicide ont changé depuis en faveur des méthodes physiques. La tentative de suicide médicamenteuse ou toxique… a cédé la place à la pendaison, puis et depuis l'année 1994 le suicide a représenté 0,3% de l'ensemble des causes de décès en Tunisie. « Un chiffre à prendre avec des pincettes tout comme celui qui avance que 45% des suicides concernent les 20 et 44 ans »
Et en guise de conclusion il ya lieu de rappeler qu'en matière de suicide nos aïeux berbères et carthaginois étaient pionniers en la matière. Parmi les illustres personnes ayant choisi de donner fin à leur vie citons Hannibal, Didon, Kahéna, etc. Dans une époque plus récente c'est Bouazizi, un illustre inconnu qui s'est donné la mort pour entrer dans les annales de l'histoire par la grande porte, même si pour ce dernier cas la cause politique est à bannir encore plus l'idée qui dit que l'indignation suscitée par ce suicide s'est mue en Révolution.
Mona BEN GAMRA

Qu'est ce qui protège du suicide ?
Le Dr Zouhair El Hechmi égrène les éléments qui protègent du suicide tout en insistant sur la nécessité de miser sur les jeunes dans les milieux scolaires et universitaires.
-L'interdit religieux
-L'interdit d'exprimer un vécu de désespoir (plus on se lamente sur son mauvais sort plus on finit par croire qu'on a un mauvais sort)
-L'interdit de l'alcool et de la drogue.
-Discrétion à propos du suicide (on peut parler du suicide mais tout en observant quelques précautions qui nous feraient éviter de faire du suicidé un héros.
-Evoquer la question du suicide d'une manière objective en l'associant à quelque chose de négatif.
-La qualité des relations intrafamiliales. ( Il ne faut pas se fier aux apparences car une famille peut paraître équilibrée mais au fond les relations entre ses membres sont mauvaises)

Le suicide depuis le 14 janvier par les chiffres
-111 cas de suicide dont 80 hommes et 31 femmes.
-58 des cas de suicide sont entre 15 et 25 ans.
-69 cas d'immolation par le feu
-Intoxication médicamenteuse : 11
-Ingestion de produits toxiques (Raticide…) et caustique : 15
-Auto agression : 3
-Pendaison : 2
-Electrocution : 2
-Chute dans un puits : 2
-Précipitation dans le vide : 2


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