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«La place de l'art dans la Tunisie post révolution: La jeunesse ne cèdera plus!»: Réponse à Gilles Dohès
Congrès à Hammamet
Publié dans Le Temps le 02 - 02 - 2012

Par : Moez SAFTA - Suite à la parution sur ces mêmes colonnes de l'article de Gilles Dohès « La place de l'art dans la Tunisie post révolution : La jeunesse ne cèdera plus ! », Moez Safta* réagit.
« Monsieur Gilles Dohès, avec tous les respects que je dois à votre honorable profession, il me semble, après avoir lu votre article ayant pour titre : "Congrès à Hammamet – La place de l'art dans la Tunisie post révolution.
La jeunesse ne cèdera plus !" qu'il y a un hic quelque part, dont je m'en vais vous expliquer les raisons. Tout d'abord, je tiens à vous dire que je l'ai lu avec plaisir et que je l'ai trouvé intéressant, au point de l'avoir partagé sur un site sur lequel de nombreux Tunisiens naviguent amplement. Quelle ne fut pas ma stupeur, lorsqu'un ami m'a demandé si ce qui était écrit était conforme à ce à quoi j'avais participé. Ma réponse fut que je n'avais pas assisté à cette réunion, et que je ne pouvais donc savoir. Cet ami me taquina en me demandant de vérifier la concordance des dates. Ceci ayant été fait, j'ai pris conscience qu'une mise au point était nécessaire. Si vous le permettez, toujours avec politesse et sans jugement aucun ; soit vous n'étiez pas présent, soit vous ne comprenez pas la langue tunisienne, soit vous avez été induit en erreur, car ni le titre de votre article, ni son contenu, ne reflètent le sujet de la discussion qui a eu lieu en heure et date que vous évoquez.
Le sujet de cette rencontre, à laquelle j'étais effectivement présent de bout en bout tout au long des deux journées, consistait en un projet de reconstruction du domaine de l'Art, des lois et des infrastructures. Cette réunion fut organisée par l'Union des Artistes Plasticiens de Tunisie, en coordination avec le Syndicat des Métiers des Arts Plastiques, ainsi que quatorze associations dont vous n'évoquez qu'une seule qui, semble-t-il, mais cela reste à être vérifié, n'avait pas été invitée, vu qu'elle n'a toujours pas encore de poids réel sur le champ artistique. Cela dit, il ne s'agit aucunement d'un jugement de valeur, puisque vous constaterez que j'ai utilisé le terme "encore", ce qui sous-entend : pas pour l'instant, du moins !
Avant d'entrer dans le vif du sujet, je tiens à vous préciser qu'en aucun cas il n'y a eu de conflit entre les "Jeunes" et les "Anciens" ; preuve à l'appui, la présence de l'"Association des Jeunes Créateurs" qui a légalement vu le jour 48 heures plus tôt que cette rencontre.
Maintenant, de manière plus précise : d'entrée, l'Union des Artistes Plasticiens de Tunisie, représentée en la personne de son Secrétaire général et seule représentante des artistes tout au long de plusieurs décennies, a proposé la lecture d'une feuille de travail élaborée en 2002 et qui résumait plusieurs décades de demandes, de quêtes et de problèmes toujours soulevés, mais jamais entendus, auparavant, par les autorités compétentes en la matière. Cette "feuille de route", j'y avais participé en tant que membre de cette organisation, et j'ai, ce jour-là, à maintes reprises, rappelé qu'elle ne devait être considérée que comme document de travail de base, à remettre en cause en cas de nécessité, ou carrément à jeter à la poubelle si l'assemblée la considérait comme anachronique ; d'autant que les membres du Syndicat des Métiers des Arts Plastiques, avaient insisté qu'ils venaient "vierges, avec une feuille blanche, sans aucun préjugé et sans propositions préétablies". C'est alors que j'ai proposé à l'assemblée de passer au vote : soit on adopte cette "feuille de route" comme première proposition à revoir, soit on fait tabula rasa et on recommence tout à zéro. Le vote fut clair avec une large majorité, pour considérer ce document comme un moyen de gagner du temps. Malgré cet apprentissage de la démocratie, certains membres du Syndicat des Métiers des Arts Plastiques, ont tenu à exprimer qu'ils refusaient ce suffrage. Leurs problématiques, longuement soulevées, avaient alors plutôt tendance à être fictives, dans le sens que rien de concret ne pouvait mener à un véritable débat.
Puisqu'il semble que vous n'ayez pas assisté à cette discussion, ou que vous n'ayez pas vraiment compris le propos, ou encore –je le répète- que vous avez été induit en erreur, je ne sais pour quelle raison ; je m'en vais vous rappeler ce qui a été évoqué par les différents intervenants ; en rapport avec ce que proposait l'Union des Artistes Plasticiens de Tunisie :
-La nécessité de créer un Musée d'Art Contemporain et non pas comptant pour rien !
-La création de Musées régionaux
-La création d'ateliers d'artistes
-La création d'une Cité Nationale des Arts
-La création d'une Maison de l'Artiste Plasticien
Pour ce qui est du registre de la Loi, les propositions soulevées furent :
-La création d'une loi d'aide à la production artistique
-La révision de la loi actuelle concernant la Commission d'Achat des Œuvres d'Art pour l'Etat
-Trouver le moyen d'inviter les institutions et organismes étatiques à sponsoriser ou à financer des projets relevant du domaine des Arts Plastiques
-Réactivation de la loi du 1 %
-Organisation d'un réel marché de l'Art
-Donner la possibilité d'un congé de six mois pour les fonctionnaires qui préparent un projet artistique
-Séparation de la subvention et de l'achat des œuvres d'art par l'Etat
-Faciliter la possibilité des œuvres d'art à voyager, voire à être exportées
-Révision des lois en rapport avec la Cité Internationale des Arts de Paris, en donnant la possibilité aux artistes d'y effectuer des séjours de trois, six ou douze mois, au lieu d'une année fixe, ce qui permettrait une meilleure fluctuation
-Développer le secteur de la Critique d'Art
-Créer un Centre d'Archivage des Arts Plastiques
-Publier un magazine spécialisé dans le domaine des Arts Plastiques
-Créer un prix annuel pour la Critique d'Art
-Subventionner les artistes pour créer des sites Web
-Faire valoir des œuvres de jeunes artistes dans des foires étrangères et non pas seulement toujours les mêmes !
-Subventionner les documentaires sur les artistes tunisiens, qu'ils soient modernes ou contemporains
-Créer, au même titre que les Journées Cinématographiques ou Musicales ou encore Théâtrales, des Journées d'Arts Plastiques de Carthage
-Créer un mois national des Arts Plastiques dans un gouvernorat différent chaque année
-Insister sur la nécessité de faire participer un ou plusieurs plasticiens dans les réunions des municipalités afin d'enrichir l'aspect esthétique des villes.
Vous comprendrez aisément, monsieur, que tout le monde était d'accord avec ces revendications, d'autant qu'elles datent d'une quarantaine d'années et qu'elles reflètent parfaitement les problèmes vécus par tout un chacun se sentant directement ou indirectement concerné par le domaine des Arts Plastiques.
Le lendemain l'ensemble de ces points a été résumé par trois personnes d'horizons différents, en un papier que toutes les organisations présentes ont signé. Seul le Syndicat des Métiers des Arts Plastiques a considéré que cela ne concernait pas directement les artistes plasticiens. Pour les membres de ce Syndicat des Métiers des Arts Plastiques, seuls importaient les rapports entre artistes et entre artistes et Etat. C'est alors qu'un des intervenants a pris la parole pour évoquer la remise en cause même de ce "Syndicat des Métiers des Arts Plastiques " qui n'avait pas lieu d'être, comme il a été créé dans des circonstances floues, que l'artiste est, par définition, un homme libre, et que l'Union Générale des Travailleurs Tunisiens ne reconnait pas "ce" syndicat, comme il n'y aurait pas eu de congrès.
Vous voyez donc, monsieur, à quel point vous vous êtes éloigné de ce qui s'est réellement passé ou dit ! En aucun cas n'ont été évoqués le "décorum des plus nantis", "le refus de projet", la volonté de "quitter le territoire pour des cieux plus cléments", et j'en passe ! Jamais, ô combien, jamais, nous n'avons parlé de querelle(s) entre les "Anciens adeptes de l'académisme, thuriféraires de tous les compromis et parfois de toutes les compromissions" et "les Modernes, enthousiastes et impatients, animés par le souffle d'une certaine radicalité artistique".
Et si d'après vous, "le congrès s'est soldé par un fiasco retentissant", ce n'est certainement pas parce que "les Anciens ont remis grossièrement en cause la légitimité des Modernes", mais parce que ceux que vous appelez "Modernes", auxquels l'ensemble de l'assemblée avait proposé de préparer, pour le lendemain, des propositions concrètes –ce qu'ils n'ont pas fait- ont fait le choix de claquer la porte, comme vous le dites si bien… Et dites-vous bien (justement), sans aucune intention de tomber dans un combat de boxe ; je les connais trop bien, pour qu'ils se rabaissent à ce niveau.
Monsieur, je pense que vous avez tout à fait raison d'avancer que "la Tunisie est à un tournant de son histoire", mais détrompez-vous et apprenez à ne pas émettre de préjugés, car on ne mélange pas si facilement les torchons avec les serviettes : tous ceux que vous appelez "Anciens" ne se sont pas "acoquinés avec l'ancien pouvoir pour une poignée de dinars" et la Tunisie, toute pittoresque qu'elle puisse vous paraître, n'est pas une gigantesque scène de western spaghetti. Ne vous faites pas de film dans la tête ! S'il n'y a pas eu d'accords entre les différents représentants de tous les artistes tunisiens avec les membres du Syndicat des Métiers des Arts Plastiques, en aucun cas il n'y a eu d'injures ou de provocations "d'une caste aux abois" ; et franchement, pour vous paraphraser une énième fois, tant mieux si "la jeunesse ne cèdera plus", comme partout ailleurs, dans les pays qui se respectent, c'est à la jeunesse de tenir le flambeau de la modernité, pour ne pas dire, de la contemporanéité.
Vous comprendrez, monsieur, que je ne vous salue pas pour l'article que vous avez publié. Vous avez certainement, comme tout citoyen, droit à l'erreur, mais, comme disait le psychanalyste français Jacques Lacan : "L'erreur de bonne foi, est parmi toutes, la moins pardonnable" ! Ici, cet intellectuel, de renommée internationale, parle aux inconscients. À vous de comprendre ce que je sous-entends, comme, une fois de plus, Jacques Lacan, que je cite de mémoire, disait que "la Vérité est dans le mi-dire". A bon entendeur, salut. »
* Moez SAFTA est enseignant d'Histoire de l'Art à l'Institut Supérieur des Beaux-Arts de Tunis, artiste plasticien et membre de l'Union des Artistes Plasticiens de Tunisie


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