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Le journalisme d'investigation à l'épreuve
Scandale «Sheratongate»
Publié dans Le Temps le 10 - 01 - 2013

L'affaire Olfa Riahi met au grand jour la réalité du journalisme en Tunisie.
Il est vrai que depuis le 14 Janvier, ce domaine muselé pendant des décennies respire l'air de liberté qui vient de souffler sur notre pays, cependant, cette liberté gagnée de vive lutte n'est pas, définitivement, acquise et les tentatives de la confisquer se sont multipliées tout au long de cette période transitoire s'étalant sur deux ans. Ces offensives à l'égard de la presse ont commencé, bien que timidement, avec le gouvernement de Essebsi qui, au nom de ce qu'il appelait « le prestige de l'Etat », a imposé des limites aux journalistes, et les réfractaires parmi eux se sont vu infliger un traitement dur, très dur comme le journaliste de La Presse, Abdelfattah Belaïd qui fut molesté par des agents de la police sur le lieu de son travail, le 6 mai 2011, le jour du retour en force très musclé des forces de l'ordre. D'autres ont été traités avec dédain par le premier ministre lui-même comme la journaliste de « Al Wataniya » envers laquelle il a tenu des propos inconvenants qu'il a fait accompagner d'une pantomime désagréable.
Les mêmes réflexes
Donc, le calvaire des journalistes n'a pas débuté avec le gouvernement « Ennahdha ». Mais en dépit de cette ressemblance, la différence entre les deux époques est de taille, car, au cours de la première, le gouvernement n'avait pas une assise légitime lui permettant d'appliquer sa politique de la manière qu'il entendait, un élan coupé, d'ailleurs, par la mission dont il était chargée et qui était bien précise et limitée dans le temps : la préparation des élections. Tandis que celui de la « Troïka » se prévaut d'une légitimité électorale dont il se sert pour justifier toutes ses entreprises. Sans entrer dans une discussion infructueuse à propos de cette légitimité contestée du gouvernement, en fait, désigné et non élu, il est évident que l'un et l'autre oublient qu'ils sont provisoires et agissent comme s'ils étaient durables. Leurs réflexes vis-à-vis des journalistes sont les mêmes, ils veulent en faire des agents dociles et des moyens de propagande de leurs politiques respectives. Ces mêmes gènes qu'ils portent nous renseignent sur la nature du rapport entre le pouvoir politique et le 4ème pouvoir et en disent long sur la réalité du droit de la presse en Tunisie.
Menées méthodiques
Dès son accession au pouvoir, « Ennahdha » a mobilisé ses partisans et ses milices pour orchestrer des campagnes d'intimidation contre les journalistes, et les premiers visés étaient ceux de « Al Wataniya » qu'ils menaçaient de privatisation faute d'accepter leurs conditions et de signer l'acte de leur récapitulation. Et ils n'ont quitté la partie qu'après avoir obtenu des concessions qu'ils ont renforcées avec le temps, puisqu'ils ont nommé à la tête de cette grande institution nationale leur agent de prédilection, bonne à tout faire, Imène Bahroun, et limogé le grand perturbateur, celui qui dérangeait leurs projets, à savoir Saïd Khezami. La pression exercée sur les journalistes a touché d'autres établissements publics comme la radio nationale et celles des régions où on a procédé à des nominations d'une manière discrétionnaire sans faire participer les spécialistes du métier. Cette démonstration de force a déclenché des démissions en cascade parmi les directeurs de radio. La presse écrite n'était pas non plus épargnée, les premières menées déstabilisatrices étaient dirigées contre le journal « La Presse » où le gouvernement a voulu s'immiscer dans la rédaction, et l'épilogue provisoire de ces offensives, dans ce secteur, fut l'affaire de « Dar Assabah ». Le feuilleton d'intimidation des journalistes est loin d'être clos, il continue encore avec Sami El Fehri, le directeur de la chaîne privée de télévision « Ettounsia » dont on voudrait monnayer les charmes.
Les fonctions du 4ème pouvoir
L'affaire « Sheratongate » a fait remonter à la surface la grande hostilité du pouvoir politique à l'égard des médias et qui est suscitée par les grandes appréhensions qu'ils lui inspirent. Il veut en faire un commis, un « lapdog », c'est-à-dire leur assigner la fonction du « chien fidèle » qui n'agirait que sur ses ordres. « Ennahdha » demande aux médias de se jeter dans ses bras et de se transformer en un organe qui transmet au public seulement ce qu'elle veut qu'il sache et de la manière qu'elle prescrit. Désolé messieurs ! Les fonctions du 4ème pouvoir sont autres : « watchdog », « guard dog », « guide dog » et « lead dog ». C'est-à-dire qu'il est appelé à contrôler le mauvais usage du pouvoir et les intérêts de la société, à surveiller le fonctionnement des institutions influentes, à éclairer les citoyens en leur procurant des renseignements sur les responsables et la politique qu'ils mènent et à mettre en place un agenda (« agenda setting ») pour les questions posées sur l'échiquier politique.
Le devoir d'informer
Olfa Riahi n'a pas dérogé à ces règles d'or, elle s'y est conformée et a agi conformément à la loi. En effet, l'article 10 du décret-loi 115 et relatif à la section 1 intitulée « Du journaliste professionnel et des droits des journalistes » stipule que « Le journaliste, au même titre que tout citoyen, a un droit d'accès aux informations nouvelles données et statistiques ; il a le droit d'en obtenir communication auprès de leurs différentes sources selon les conditions, modalités et procédures prévues par le décret-loi n 2011-41 du 26 mai 2011 relatif à l'accès aux documents administratifs des organismes publics». Olfa Riahi s'est comportée comme l'exige son statut de journaliste dont le devoir est de surveiller les responsables politiques ou autres et de dénoncer tout abus qu'ils commettent dans l'exercice du pouvoir qui leur est confié. Au regard de la loi, personne n'a le droit d'empêcher un journaliste d'accomplir sa mission d'investigation et de dénoncer les pratiques illicites portant préjudice aux citoyens dont il a la tâche de défendre l'intérêt. L'article 10 découle du précédent, l'article 9 qui énonce que « Il est interdit d'imposer des restrictions à la libre circulation des informations ou des restrictions pouvant entraver l'égalité des chances entre les différentes entreprises d'information dans l'obtention des informations ou pouvant mettre en cause le droit au citoyen à une information libre, pluraliste et transparente ».
Un devoir civique
Le gouvernement ferme les yeux sur ces permissions légales explicites et essaye de détourner ces textes de loi en incriminant la journaliste : on lui oppose la divulgation de la vie privée d'un ministre. Mais celle-ci n'en est plus une dès qu'elle intègre le giron public, et ce changement de terrain est opéré par la dilapidation des deniers publics pour des plaisirs personnels. Dès lors, il serait inadéquat de parler de vie privée d'autant plus que la question s'accompagne de dons étrangers versés, illégalement, dans le compte du ministère des affaires étrangères, d'après la blogueuse. Des accusations qui seront vérifiées par la justice très prochainement. Au lieu de traiter le fait en lui-même, le gouvernement s'est attaqué aux sources d'information de la journaliste oubliant les dispositions de l'article 11 de la même section qui disent que « Sont protégés les sources du journaliste dans l'exercice de ses fonctions ainsi que les sources de toute personne qui contribue à la confection de la manière journalistique. Il ne peut être procédé à la violation du secret de ces sources directement ou indirectement que pour un motif impérieux de sûreté de l'Etat ou de défense nationale et sous le contrôle de l'autorité judiciaire». Ce n'est pas le cas, étant donné que les informations fournies à Olfa Riahi ne compromettent aucunement l'ordre public, bien au contraire, elles sont de nature à rectifier des comportements et à conscientiser les responsables politiques qui devraient comprendre que la chose publique n'est pas un bien personnel et qu'ils sont mandatés pour la gérer, provisoirement, conformément à la loi. De plus, tout citoyen quel que soit son statut est invité à participer à la découverte de la vérité quand cela touche à l'intérêt général. Ce devoir civique s'impose davantage par la conjoncture très délicate par laquelle nous passons et où la vigilance est extrêmement requise.
Atermoiements calculés
Les tergiversations du gouvernement quant à la mise en place de l'instance indépendante de l'information, malgré les déclarations récentes de Samir Ben Amor (le 17 décembre sur les ondes de Mosaïque FM), ainsi que la non activation des décrets-lois 115 et 116 témoignent de son intention à juguler la presse. Il est clair que les journalistes ont encore du chemin à parcourir et des luttes à entreprendre, le bras de fer entre eux et le pouvoir va continuer. La constitution d'une presse libre, au cours de cette période de transition démocratique, n'est pas de tout repos face à un pouvoir imprégné de l'image du guide tout puissant et assoiffé du pouvoir illimité refusant de reconnaître que l'émancipation de ce secteur est une partie intégrante de cette transition démocratique et la garante de la dynamique sociale. Par cette attitude, il fait fi de l'équation qui existe entre la liberté des médias et le règne de la loi dont le corollaire est, entre autres, la baisse du taux de corruption et de malversation dont il ne cesse de faire un slogan.


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