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« Le démantèlement de certaines institutions étatiques et la mise à l'écart des compétences ont fragilisé la Tunisie face au terrorisme »
Publié dans Le Temps le 03 - 08 - 2014

Parmi les nouveau-nés de l'après 14 Janvier, il y a les syndicats des forces de l'ordre. Leur constitution, qui était vivement saluée au départ, est devenue contestée par certaines parties qui voient en elles une sérieuse menace. Les révélations très dangereuses qu'ils divulguent, constamment, à propos de la situation sécuritaire ne sont pas de nature à conforter la position de ces parties d'autant plus qu'elles sont appuyées par des arguments d'acier. Cependant, en dépit de la profusion de ces dénonciations par les Dardouri, Jouini, Rachdi et Zarrouk, notre invité, et la gravité des faits relatés par eux, on n'a encore vu aucune arrestation, ni de ceux qu'ils ont nominativement désignés, ni de l'un d'entre eux pour diffamation. Ce qui aggrave davantage nos inquiétudes et nos appréhensions dans cette conjoncture explosive où le terrorisme nous guette de toute part. Face à ce silence des autorités, nos syndicalistes multiplient leurs accusations à l'endroit d'hommes politiques, de députés et de médias partisans, tout en imputant la responsabilité au gouvernement qui ne prend, toujours, pas de mesures effectives contre les auteurs de ces dépassements graves, compromettant la vie des Tunisiens. Nous avons invité pour vous l'un de ces syndicalistes qui aspirent à instaurer une institution sécuritaire républicaine. Il ne mâche pas ses mots et ne va pas par quatre chemins pour analyser la situation comme il la voit, quitte à dénoncer certaines pratiques au sein de certains syndicats des forces de l'ordre.
-Le Temps : des voix s'élèvent pour dénoncer ce qu'elles appellent le démantèlement du ministère de l'intérieur. Partagez-vous cet avis ?
-Walid Zarrouk : cette volonté politique d'asséner des coups à l'institution sécuritaire et de la sataniser n'a pas commencé aujourd'hui, mais depuis la fuite de Ben Ali. On aurait dû opter pour sa réforme et non pas pour son démantèlement. Le processus a débuté avec les limogeages discrétionnaires entrepris par Farhat Rajhi de quarante deux officiers qui étaient mis à la retraite forcée, sans jugement, un droit que nous avons réclamé, nous, en tant que syndicalistes des forces de l'ordre. On a écarté des compétences et dissout un appareil qui, s'il était là, aurait pu nous faire éviter la situation qu'on connaît aujourd'hui. Cette volonté politique de démantèlement de l'institution sécuritaire s'est poursuivie avec l'avènement de la Troïka et la désignation, à la tête du ministère de l'intérieur, d'Ali Laârayedh qui a placé autour de lui aux postes de conseillers des officiers qui avaient des grades modestes que ce soit dans la garde nationale ou bien dans l'armée, à l'image de Tahar Boubahri et de l'avocat Ossama Bouthelja qui appartenaient au mouvement Ennahdha, chose que même Ben Ali n'a pas faite, puisqu'il n'a pas nommé des Rcdistes dans le cabinet politique du ministre de l'intérieur qui ne regroupait que des éléments étrangers. Pire, on a mis à l'écart tous ceux qui ont des compétences dans le domaine du terrorisme, soit par le biais des missions onusiennes, comme Mohamed Larbi Bellakhal, le numéro 1 dans en la matière et qui était formé avec les Américains, ou bien par l'affectation à des postes prestigieux mais dépourvu de pouvoir réel. C'est le cas de l'homme de sécurité le plus médiatisé, Samir Tarhouni, pour le grand soutien qu'il a apporté à la révolution tunisienne : il était nommé comme directeur général de la formation. Il s'agit là d'officiers très compétents, pour la formation desquels la communauté nationale a consenti des moyens financiers très importants. Ecarter de grandes compétences dont le pays a un besoin urgent pose de grands points d'interrogation. Imaginez que la grande compétence, Mohamed Larbi Bellakhal, était envoyée en Libye pour aider ce pays à lutter contre le terrorisme, alors que la Tunisie en a un grand besoin. On vide notre pays des éléments de cette stature et on offre leurs services à d'autres.
-Cette situation n'a pas changé avec l'avènement du gouvernement Mehdi Jomâa ?
-On aurait aimé qu'elle le soit avec l'arrivée de ce qu'on appelle gouvernement de technocrates. En témoigne ce qui se passe dans les coulisses et ce que nous sommes en train de suivre de près, en tant que syndicalistes des forces de l'ordre ; je veux parler des instructions, concernant la remise en liberté des terroristes et les mutations de ceux qui essayent de donner le meilleur d'eux-mêmes dontla lutte contre le terrorisme, qui se poursuivent comme avant. Je vous cite, à ce propos, l'exemple d'un collègue de la garde nationale, appartenant à la brigade de lutte contre le terrorisme de Mhamdia, qui a arrêté quatre salafistes dans une 4X4 au bord de laquelle on a trouvé un détecteur de mines. Eux, ils étaient libérés, tandis que lui, il était accusé de corruption et limogé, après trois mois. Nous sommes en train de suivre et d'archiver plusieurs dossiers de ce genre.
-Puisque vous disposez de toutes ces preuves, pourquoi vous ne vous adressez pas à la justice ?
-Malheureusement, et avec tout le respect que je dois aux juges honnêtes, l'autorité judiciaire s'est engagée dans cette voie par son silence absolu à cause des nominations douteuses et des limogeages hasardeux, à l'instar de ceux du ministère de l'intérieur. Vous voyez très bien comment plusieurs institutions publiques, qui auraient pu constituer des remparts dans la lutte contre le terrorisme, ont été démantelées et affaiblies.
-Le remaniement de la Brigade nationale d'investigations dans les affaires de terrorisme de Gorjani s'insère-t-il dans ce cadre?
-Effectivement, on est vraiment surpris par ce qui vient de se passer dans cette brigade. On l'a annexée à la direction générale des unités spécialisées et on a nommé à sa tête quelqu'un dont nous, en tant que syndicalistes, la société civile ainsi que la famille du martyr Mohamed Brahmi et ses avocats réclamons tous le jugement. Il s'agit d'Adel Arfaoui. Lui et Mustapha Ben Amor étaient écartés pour leur complicité et pour avoir négligé de prendre les préventions nécessaires afin d'éviter cet assassinat. Et le ministère de l'intérieur a, expressément, reconnu leur culpabilité pour la non activation des procédures relatives au document émanant du service de renseignement américain, la CIA. Puis, le même ministère vient de nommer, après les avoir écartés pendant six/huit mois pour les faire oublier, ces mêmes personnes, l'un, Mustapha Ben Amor, en tant que conseiller, chargé d'une mission auprès du ministre, l'autre, Adel Arfaoui, à la tête de la brigade nationale d'investigations dans les affaires de terrorisme de Gorjani. Ces pratiques suscitent des suspicions. On voudrait savoir s'il y a vraiment une volonté politique sincère pour juger les coupables et parvenir à la vérité. Aujourd'hui, cette volonté se trouve dans la cage des accusés et prend l'allure du supporter officiel du terrorisme, étant donné que toute personne faisant l'objet de soupçons et que nous demandons de mettre à l'écart, telle que le commandant de la garde nationale, est soit maintenue à son poste, soit nommée à un autre de la même importance sinon plus important. Pour ce qui est de M Mounir Ksiksi, on ne doute pas de son patriotisme, ni de son appartenance au corps de la garde nationale, mais lorsqu'on évalue sa direction des événements de Gobellat, de Sidi Ali Bou Aoun, Rouhia, Jendouba, etc., on constate à l'évidence qu'il a échoué et qu'il doit quitter la barque. Au lieu de cela, on le confirme à son poste, tandis que de hautes compétences sont gelées dans l'Observatoire national de la circulation, comme Brahem, ou bien au-delà de nos frontières, à l'image de Bellakhal, que j'ai cité plus haut.
-Mais le gouvernement de la Troïka a déclaré que si certaines de ces compétences étaient gelées c'était parce qu'elles ont commis des forfaits.
-Tout d'abord, il ne faut pas oublier que le peuple tunisien a sacrifié une fortune pour former ces gens-là qui représentent donc une richesse nationale. D'autre part, on ne demande pas de réintégrer les quarante deux officiers qui étaient mis à la retraite forcée. Libre à la Troïka de juger les coupables d'entre eux. Mais, est-il logique que lorsqu'elle accepte d'engager quelqu'un dont le dossier est irréprochable, elle l'envoie en Libye ? Et il y en a d'autres qui étaient affectés à nos ambassades dont un au Qatar pour assurer la sécurité du Mondial dans ce pays, alors qu'ils sont titulaires des plus hauts diplômes dans la lutte contre terrorisme.
-Vous parlez comme si la Troïka tenait encore les commandes et qu'elle n'avait pas quitté le pouvoir.
-On ne peut pas soutenir le contraire, quand les bénéficiaires de l'amnistie législative générale sont ceux d'obédience partisane comme Fathi Beldi, nommé conseiller à la direction des frontières et des étrangers et dont on réclame la destitution. Nous avons présenté des dossiers attestant qu'il y avait des passeports qui ont été livrés à de jeunes tunisiens pour aller périr dans le brasier malien, libyen et syrien. Ces dossiers se trouvant actuellement chez l'inspection, et j'invite l'autorité judiciaire à s'en saisir, et s'il s'avère que nos accusations sont mensongères, qu'elle nous arrête, vu que ce serait porter atteinte à la sûreté nationale de notre part. Mais, cette autorité se tait sur la question et ces dossiers sont gelés. Nous nous abstenons d'en rendre public et d'en médiatiser les détails, car nous sommes tenus par l'obligation de réserve, au nom de l'intérêt général et des devoirs envers la patrie. Toutefois, nous ne pouvons nous empêcher de dire que nous avons trouvé des passeports falsifiés. Le témoignage, sur le plateau de Nessma, de la mère d'un jeune, parti en Syrie, en est l'illustration parfaite : il a pu effectuer le voyage, alors que son passeport se trouvait à la maison. Il y a aussi un dossier comprenant cent vingt deux passeports de jeunes, engagés avec « Daech », qui leur ont été livrés sur l'intervention de cadres de la sécurité nationale d'obédience nahdhaouie, ainsi que de députés de l'ANC.
-Où est le ministre de l'intérieur dans tout cela ? Ce ministre que plusieurs parties dont, notamment, la Troïka, ont défendu aussi bien sa compétence que son impartialité.
-A l'époque d'Ali Laârayedh, il disait à mes collègues syndicalistes, à propose des dossiers qu'ils lui présentaient, lors des réunions qu'il tenait avec eux, qu'il était impuissant, qu'il proposait mais que les instructions l'emportaient. Je me contente de cela et n'en rapporterai pas davantage pour respecter le caractère secret des réunions. Si les choses étaient ainsi, pourquoi n'a-t-il pas démissionné ? S'il est incapable de gérer cette phase, où il est question de la vie des Tunisiens, qu'est-ce qu'il fait encore à ce poste ? Le terrorisme ne va pas s'arrêter à ce niveau, il ne va pas se limiter à attaquer nos forces de sécurité et notre armée dans les montagnes, car des cellules dormantes sont présentes dans plusieurs centres vitaux et gouvernorats. Il est de même pour les armes, elles se trouvent dans toutes nos villes, depuis trois ans. La responsabilité en incombe aux gouvernements successifs, y compris l'actuel. Les parties qui s'opposent, aujourd'hui, à tout dialogue, qui refusent de prêter l'oreille et de prendre des décisions effectives dans la bataille contre le terrorisme, seront jugés encore plus sévèrement que leurs devanciers, Ben Ali et les Trabelsi.
-Est-ce que vous entendez par là que l'attaque terroriste contre les civils est imminente ?
-Tout ce que je pourrais dire c'est que nous sommes prêts pour cet instant. Grâce à la grande détermination, l'abnégation, l'honnêteté et la bravoure de nos forces de sécurité et militaires, les terroristes seront exterminés jusqu'au dernier. Les gens qui nous acheminent vers ce chemin doivent savoir que nous sommes prêts à arroser cette terre avec notre sang comme l'ont fait nos aïeuls pour affronter le colonialisme. Sans vouloir répandre la terreur, ce qui nous attend est plus dangereux que les monts Châambi et Semmama, les scènes irakiennes et syriennes nous guettent en l'absence d'une volonté politique. Le gouvernement actuel n'est pas capable de prendre des décisions effectives, il se contente d'en décréter quelques unes juste pour donner l'impression qu'il sévit contre ce fléau, telles que celles relatives à la fermeture de certaines mosquées, bien qu'il sache très bien qu'il existe des parties politiques, des cadres de la sécurité et des associations qui, sous le couvert des droits de l'homme et d'activités sociales, sont en train de soutenir le terrorisme, et qu'ils sont impliquées dans des affaires bien déterminées.
-Ce que vous dites est très grave, est-ce que vous disposez de preuves confirmant ces accusations ?
-Tout cela est appuyé par des preuves se trouvant entre les mains des autorités judiciaires. Lorsque vous parlez aux avocats de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, vous constatez par vous-même qu'il existe une mauvaise intention d'occulter des vérités évidentes qui sont instrumentalisées par des parties qui nous accusent de servir des agendas politiques. Elles nous attaquent à travers des pages facebook appartenant à un parti particulier, rien que parce nous luttons contre le terrorisme. Et je tiens à rappeler que, lorsqu'ils étaient encore au pouvoir, nous avons discuté avec ces gens-là auxquels on a livré des dossiers de corruption. On a essayé de construire avec eux une institution sécuritaire qui soit basée sur des convictions républicaines. Mais malheureusement, ils ont refusé toute coopération à ce niveau, et préféré travailler avec les hommes les plus pourris de Ben Ali qu'ils soumettaient à l'extorsion, en les nommant à la tête des directions sensibles afin de servir leurs agendas politiques et leurs intérêts partisans étriqués. Ce sont toutes ces pratiques qui nous ont amenés à cette situation déplorable.
-Comment évaluez-vous la méthode de travail de la cellule de crise ?
-Je n'arrive pas à comprendre la présence dans cette cellule du conseiller de Mehdi Jomâa, Lassâad Dorboz, qui n'a pas l'expérience requise, vu que durant toute sa carrière, cet homme de bureau n'a pas assumé de responsabilités. Et je me demande quelle est l'utilité d'une réunion sécuritaire à laquelle s'absentent le directeur général de la sécurité nationale, le directeur général des unités d'intervention, le directeur général des unités spécialisées, le commandant de la garde nationale et des cadres militaires. Les décisions émanant de cette cellule sont juste pour jeter de la poudre aux yeux, rien de plus. Et ce qui s'est produit, avant-hier, à Ras Jedir, est très grave. Cela dénote un manque flagrant de matériel. Si j'étais à la place de Mehdi Jomâa, j'aurais placé les radars et les caméras de surveillance infrarouge, se trouvant en grande quantité au ministère de l'intérieur, au palais du gouvernement et aux ministères, aux postes frontaliers. Ce serait une mesure urgente qui nous permettrait d'épargner des dépenses. La priorité absolue c'est de protéger la Tunisie d'autant plus qu'il y a assez de moyens logistiques pour assurer la protection de ces établissements de souveraineté. Ce qui vient de se produire à Ras Jedir met à nu ce manque de matériel, l'absence d'une volonté politique et aussi d'expérience, à cause de la mise à l'écart des rouages de l'Etat des compétences dans la lutte contre le terrorisme. Si, par exemple, l'opération de Soliman était réussie, en dépit du fait qu'elle ait eu lieu dans le cadre d'un régime dictatorial, c'était parce que la volonté politique était là. Au cours de cette opération, il a été procédé à l'arrestation de toutes les cellules dormantes qui n'étaient pas seulement à Soliman, mais également à Sidi Bouzid, Sfax, Jendouba, Kasserine, Gafsa et d'autres gouvernorats. Et le dossier était clos en vingt quatre jours. Ces vérités n'étaient pas sues en raison du blackout médiatique. Aujourd'hui, les responsables politiques annoncent que le Mont Châambi est une zone militaire fermée, alors que ce sont les terroristes qui nous assènent des coups, qui nous attaquent et qui nous surprennent. Les victimes qui sont tombées devraient, normalement, nous pousser à avancer pour ratisser ce mont.
-Vous dénoncez par là des défaillances au niveau de la manière de sécuriser les montagnes ?
-Effectivement, car à l'époque de Ben Ali, toutes les montagnes et toutes les réserves étaient protégées par des patrouilles militaires. Toutes les cavernes étaient fermées. Et les gardes forestiers étaient formés par l'armée et ils étaient même habilités à rédiger les PV relatifs aux réquisitions des fusils de chasse dont les possesseurs n'avaient pas de permis. Mais à l'époque de la Troïka et de son ministre de l'Agriculture, certains gouverneurs, comme celui de Kasserine, qui était parmi le groupe putschiste qui a voulu renverser l'Etat en 1987, ont décidé le licenciement de tous les gardes forestiers formés par l'institution militaire et leur remplacement par d'autres n'ayant aucune formation, d'obédience partisane dans le cadre de l'amnistie législative générale. C'est pourquoi il n'ya plus assez de renseignements. La complicité de certains de ces gardes forestiers avec les terroristes est attestée; ils leur procurent la nourriture et leur prodiguent des informations à propos du positionnement de nos forces militaires.
-Puisque vous parlez de népotisme, qu'en est-il de ces ouvriers recrutés dans les zones et les districts de police et qui se substituent au personnel ?
-Leur recrutement s'est fait selon les mêmes procédés utilisés dans le cas des gardes forestiers. Les ouvriers de nettoyage ont été nommés sur la base de correspondances directes émanant des gouverneurs et adressées aux chefs des zones de police. Plusieurs parmi eux ont changé de statut, puisqu'ils entrent dans les salles d'opération et accomplissent le travail administratif. Nous disposons d'exemples, de dossiers et de scènes vidéo, mais par respect au prestige de l'appareil sécuritaire, on ne les divulgue pas. Il y en a même des cartes d'identité où les auteurs ont falsifié la date de naissance et font l'objet de plusieurs suspicions, alors qu'avant on procédait à une investigation sécuritaire à propos de toute personne recrutée dans le secteur. Aujourd'hui, l'institution sécuritaire est infiltrée par ce qu'on appelle les mouvements terroristes. Ceux qui ont nommé ces ouvriers ne sont autres que les gouverneurs, les cadres sécuritaires et ses conseillers politiques dans les gouvernements de la Troïka I et II.
-Comment expliquez-vous ces attaques menées à l'endroit des syndicalistes des forces de l'ordre tels qu'Issam Dardouri, Mohamed Sahbi Jouini, Habib Rachdi et vous-même ?
-Je pense que la mémoire des médias est faible, car elle oublie qu'à chaque fois nous soulevons et dénonçons une affaire, on nous menace de poursuites judicaires dont aucune n'a abouti jusqu'à aujourd'hui. Toutes ces menaces sont restées lettres mortes. Si nous diffusons des mensonges, que nous fourvoyions l'opinion publique et que nous servions des agendas étrangers, il faudrait nous juger et nous mettre en prison ou même nous fusiller pour trahison et ce sur la base d'une disposition juridique qui régit notre statut militaire. Cela montre à l'évidence qui a raison et qui a tort, qui dit la vérité et qui est à incriminer. On voit très bien comment ces gens mènent à notre encontre des campagnes, gratuitement et injustement, à travers leurs pages facebook qui se comptent par milliers, leurs journaux électroniques et leurs chaînes de télévision. Tous les citoyens conscients savent pertinemment bien que ces moyens dont ils usent sont en train de diffuser l'hypocrisie et le mensonge, comme ils ont fait, par exemple, lors de l'assassinat de nos victimes de la garde nationale à Goballat, en les accusant de chercher des trésors, alors que leur sang n'a pas encore séché. Il était de même pour l'opération de Jendouba où Skander Rekik et Maher Zid ont développé la même thèse. Le pire c'est que ni le ministère public, ni la HAICA n'aient bronché. Personnellement, je reproche aux médias honnêtes de ne pas dénoncer, d'une manière constante et itérative, ces graves dépassements et les déclarations officielles dont les slogans sont le mensonge et l'hypocrisie et qui tendent à faire taire l'opinion publique nationale jusqu'à ce que la tempête passe. La mobilisation des médias sur ce plan permet de rafraîchir les mémoires et de lutter contre l'oubli sur lequel misent ces responsables. D'autre part, le ministère public devrait assumer sa responsabilité historique en procédant à l'arrestation de la partie incriminée, que ce soit nous, ou bien ceux que nous avons désignés nommément.
-Certains syndicats des forces de l'ordre et certains syndicalistes sont accusés de servir des agendas qui n'ont rien à voir avec le syndicalisme et d'œuvrer à réinstaller l'Etat policier. Qu'en pensez-vous ?
-Si j'affirme que plusieurs institutions étatiques sont infiltrées et que je nie la chose pour des syndicats nouvellement constituées, cela voudrait dire que je suis en train de vous induire en erreur. Il y en a ceux qui sont filtrés pour aider des cadres sécuritaires à réaliser des intérêts particuliers, ceux qui le sont en vue de rendre des services à ces cadres partisans. Ces syndicats sont à l'image des partis politiques. Mais au cours de ces trois ans, nous avons pu identifier tout le monde et savoir qui est un vrai syndicaliste et qui ne l'est pas ; cette vérité, on peut la saisir à travers les positions des uns et des autres. Les plus nombreux de ces intrus n'ont jamais cru au syndicalisme, ils y étaient implantés dans l'intention de restaurer l'Etat policier et servir le nouveau parti au pouvoir et la future personnalité qui va accéder à la présidence de la République. Ce sont les serviteurs de ces derniers et non pas de la patrie.


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