Le Premier ministre Sébastien Lecornu bataille ce jeudi 16 octobre contre deux motions de censure, déposées par l'extrême gauche et l'extrême droite, la France insoumise (LFI) et le Rassemblement national (RN). Enfin, batailler est un terme un peu trop fort peut-être vu la tambouille qui a précédé les votes de cette matinée, avec un Lecornu qui s'est littéralement dépoilé sur la suspension de la réforme des retraites pour avoir le quitus du contingent des 69 députés socialistes. Comme cela a été annoncé, officiellement et officieusement, Lecornu a survécu à la motion de censure de LFI… Il enregistre une première victoire, après un scrutin enfiévré par quelques grognements dans les rangs du Parti socialiste (PS) et face à un RN qui éructait et haranguait « les sociaux-traîtres« . Les élus socialistes Paul Christophle (Drôme) et 5 ultramarins (Béatrice Bellay, Christian Baptiste, Elie Califer, Jiovanny William et Philippe Naillet) avaient annoncé qu'ils ne suivraient pas les consignes de leur leader Olivier Faure, ils ont tenu parole. Mais cette fronde n'a pas permis d'atteindre la majorité absolue de 289 voix pour couler Lecornu. On en restera à 271 voix, la motion du RN a été rejetée dans les mêmes proportions quasiment. À droite, les Républicains (LR) ont été plus disciplinés en dépit des attaques de leur chef de file, l'ex-ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau, une attitude que les militants ne s'expliquent pas et qui coûtera cher à son statut de présidentiable. Incontestablement son rival interne, le président des députes LR Laurent Wauquiez, s'en tire beaucoup mieux, avec un discours fort à la tribune du Parlement en faveur de la non-censure… Wauquiez engrange de précieux points sur la route de l'élection de 2027, lui qui avait été écrasé par Retailleau lors du scrutin de la présidence LR (73% des voix pour l'ex-ministre de l'Intérieur). La droite a sauvé Lecornu parce qu'une censure aurait entraîné une dissolution et donc des législatives anticipées (le président Emmanuel Macron l'a laissé entendre), en plus du coût de la paralysie budgétaire. Mais ce sont surtout les élections qui terrifient LR vu les scores que les sondeurs prédisent à l'extrême droite. Les élus se sont dit qu'un abandon en rase campagne sur le Budget 2026 vaut mieux qu'un carnage électoral, un énième. C'est semble-t-il le même calcul qu'a fait le groupe LIOT (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires), donc aucune consigne de vote n'a été donnée. In fine c'est la peur de retourner aux élections qui l'a emporté. Donc la plupart ont sagement voté la non-censure. Le camp présidentiel peut souffler mais trop, le chemin du Budget 2026 est encore semé d'embûches, avec des socialistes qui ne se contenteront pas du scalp de la réforme des retraites. Et puis Lecornu a dit « suspension« , pas « abrogation« . Mais puisque le Premier ministre a publiquement enterré le bâton du 49.3 et qu'il s'est engagé à gouverner avec le Parlement, clairement il n'a plus la main, c'est le PS qui l'a… C'est Faure qui l'a. Tout juste avant d'entrer dans le chaudron de l'Assemblée nationale pour y faire son discours de politique générale Lecornu a envoyé un texto au patron des socialistes pour lui dire « Je prends mon risque« . Autrement dit il gèle la réforme des retraites, une demande forte des socialistes, en retour Faure tient ses troupes pour le vote de censure. Donc les deux ont fait ce qu'ils avaient dit. On en est là : une gouvernance bicéphale, entre Lecornu et Faure. L'atout maître du second c'est qu'il est persuadé qu'on n'en a pas terminé avec les motions de censure sur la longue route du Budget 2026. Donc ce sont les socialistes qui tiendront encore le destin du gouvernement – et du président Macron aussi – entre leurs mains. Ils le savent à tel point qu'ils ont déjà annoncé qu'ils pousseront pour une taxation des hauts revenus et patrimoines – taxe Zucman -, une disposition qui ulcère la droite et la Macronie. Des hausses d'impôts, le chef de l'Etat ne veut pas entendre parler mais puisqu'il a cédé – il ne faut pas croire que Lecornu l'a décidé seul – sur sa réforme phare, les retraites, il reculera sur autre chose. Naviguer entre des eaux troubles et verser dans la compromission pour s'éviter une dissolution, une démission ou une destitution, après tout pourquoi pas se dit le président de la République. Les socialistes – et la droite aussi – s'en tiendront à ça parce qu'ils ne sont pas du tout prêts pour des élections anticipées. Lecornu survivra tant que le PS y aura un intérêt. Il tombera quand Faure en aura tiré tout le jus qu'il pouvait et quand son parti se musclera davantage dans les sondages en siphonnant les vestiges de la Macronie et du centre, sans oublier les modérés que Retailleau aura déçus. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!