Les universités privées tunisiennes à la conquête de l'Afrique centrale via le Forum tuniso-congolais 2026    Suspension des vols Omra avec escale, seuls les vols directs sont maintenus !    Pluies orageuses et risques de fortes précipitations dès jeudi    L'Ambassade de Tunisie à Abou Dhabi appelle au recensement immédiat de la communauté    Le programme TACIR et FOCUS Gabès, lancent un appel à candidatures pour la résidence co-créative "Immersia'Fen 26′′    Tunisiens dans les pays du Golfe et du Moyen-Orient : une cellule de crise 24H, deux numéros d'urgence et des consignes de sécurité    Hadj Béchir Akremi est décédé : Un pionnier des Tunisiens en France    Les soldes d'hiver prolongées ? Les commerçants réclament une décision    Météo en Tunisie : temps nuageux, pluies éparses sur le nord-ouest    Alerte aux Tunisiens à Dubaï : Le Consulat ordonne un recensement immédiat face à la situation régionale !    Un drone iranien frappe l'ambassade américaine en Arabie saoudite, le complexe en feu !    Comment payer la taxe de circulation en ligne ? Guide pratique    Quand 62.000 soldats serbes débarquaient à Bizerte    Kaïs Saïed sonne l'alarme: réformes structurelles imminentes pour les caisses sociales    Orientation scolaire 2026 en Tunisie : calendrier, réorientation et démarches à suivre    Le gaspillage alimentaire atteint un tiers de la production alimentaire mondiale selon WWF    Le salon international du café, pâtisserie, boulangerie et gelaterie, le Printemps du Café 2026 du 16 au 19 avril    Macron remet la dissuasion au centre et prépare le grand renouvellement nucléaire français    FET 2026: huit entrepreneures tunisiennes triomphent et sont propulsées à l'international    Sadok Chaabane, toujours épris des « Leçons de la politique »    Météo en Tunisie : temps partiellement nuageux sur la plupart des régions    Date limite aujourd'hui : déclaration fiscale obligatoire, qui est concerné ?    Edito: Réinjecter l'expertise des retraités    Le VAR se réinvente... Les grandes nouveautés pour le Mondial 2026    Abdelmajid Chaar : Le papier et l'encre, notre trésor!    Les Nuits ramadanesques du Bardo 2026, du 6 au 15 mars dans plusieurs espaces    L'envoi vers les zones de conflit » : jugements sévères en appel, jusqu'à 24 ans de prison    Monopole de la farine : 24 ans de prison pour Mohamed Bouanane    Soirées ramadanesques à Bhar Lazreg : Ramadan Nights at B7L9    Elyes Ghariani - De la retenue à la puissance: le tournant stratégique allemand    Espérance : qui manquera face à Métlaoui ?    Régime 100 % végétarien (végétalien): avantages, limites et comment le faire correctement    Tremblement de terre léger ce mercredi matin à Gabès    L'avocat Ahmed Souab libre, après plusieurs mois de détention provisoire    Le Stade Tunisien demande les enregistrements du VAR    Leila Shahid: une vie à raconter la Palestine au monde    De Tunis aux plus hautes sphères : le parcours exceptionnel de Rachid Azizi dans son livre « Un sur un million »    Ahmed Jaouadi et Ahmed Hafnaoui brillent aux Championnats SEC : la natation tunisienne au sommet aux USA    Zoubeida Khaldi: Ce cavalier    Iran : Guerre probable, versus, paix improbable ?    Festival Gabès Cinéma : Afef Ben Mahmoud à la direction    La sélection tunisienne de judo senior remporte 11 médailles au tournoi international Tunis African Open    Anis Lassoued : ''Enda a été le déclic qui a permis à Moez de briser les chaînes du silence''    Le tennisman tunisien Moez Echargui se qualifie pour les quarts de finale du Challenger de Pau    Sabri Lamouchi : Une bonne nouvelle impression (Album photos)    L'Université de Tunis El Manar et l'Université japonaise d'Hiroshima signent un accord de coopération    Mondher Msakni: L'orfèvre    Secousse tellurique en Tunisie, au nord de Béja ressentie par les habitants    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Tunisie : le piège constitutionnel
Publié dans Tunisie Numérique le 14 - 03 - 2011

En Egypte, le raïs quitte la présidence de la République le 11 février en laissant un acte testamentaire, consistant à confier la gestion des affaires du pays au conseil supérieur des forces armées. On chercherait en vain une disposition dans la constitution égyptienne qui permette de fonder juridiquement une telle dévolution du pouvoir. Cependant, le processus de transition semble fonctionner, du fait notamment des ressources de légitimité de l'armée, et du recours au peuple intervenant dans de brefs délais par voie référendaire, pour valider les acquis de la révolution et établir les règles de la compétition politique.
En Tunisie, rien de tel. Le président Ben Ali s'enfuit à l'étranger, sans aucun legs... Les autorités intérimaires conduisant la transition se considèrent dans l'obligation de s'appuyer strictement sur les dispositions de la Constitution en vigueur, parce qu'elles n'ont pas de ressources alternatives de légitimité. Or, cette référence à la constitution comme guide de la transition constitue un piège dans la mesure où elle entrave l'établissement d'un scénario clair et rapide de réforme constitutionnelle, offrant des garanties aux acteurs de la révolution tunisienne sur les règles futures du jeu politique. D'où la perte de confiance presque immédiate, le sentiment d'un risque de confiscation de la révolution, et les coups de boutoirs de foules de plus en plus nombreuses et virulentes sur la place de la Kasbah, puis le délitement du pouvoir.
Les dispositions de la constitution relatives au président par intérim paralysent largement le pouvoir en place. Celui-ci dispose en principe des prérogatives présidentielles, mais l'article 72 en limite singulièrement l'exercice. Il est privé du droit de dissolution de la chambre des députés, et de la faculté de renvoyer le gouvernement. Il ne peut organiser de référendum ni entamer une procédure de révision de la constitution. La voie des mesures exceptionnelles de l'article 46, assimilables à celles de l'article 16 en France, lui est également fermées. Obligé de cohabiter avec un parlement bicaméral relevant du paysage de l'ancien régime, le gouvernement a pu desserrer l'étau en faisant voter par les deux chambres une loi d'habilitation lui permettant de mettre en place le cadre juridique des élections présidentielles (ordonnances en préparation relatives à la presse, aux partis politiques, aux associations, au mode de scrutin et aux opérations électorales). Il s'est également appuyé sur l'article 39 al.2 qui autorise à proroger le mandat présidentiel et à différer les élections pour cause de guerre ou de péril imminent.
Cependant la loi ne peut modifier les dispositions de la constitution qui contraignent le processus électoral, notamment la règle de présentation des candidatures par des membres de la chambre des députés et par des présidents de communes (le nombre de parrainages étant fixé par la loi), en l'état des représentants de l'ancien régime. Mais surtout, le respect de la constitution détermine l'agenda politique du processus de transition, obligeant à organiser l'élection du président de la République avant de réformer la constitution, alors que la revendication est forte de l'instauration préalable d'un régime parlementaire, et qu'en Egypte le scénario est inversé, avec les avantages évoqués plus haut.
Aussi, n'est-il pas surprenant que la contestation vise tout particulièrement la légitimité de la commission supérieure de la réforme politique, chargée de préparer les nouveaux textes institutionnels. Et quand Yadh Ben Achour, son président, déclare à juste titre que celle-ci a un caractère purement technique, par sa composition (des professeurs de droit sans lien avec l'ancien régime) et par son objet (mettre en forme juridique un nouveau projet de Constitution, et les règles d'une compétition politique et électorale démocratique), il n'est guère entendu.
La commission continue d'être contestée dans son principe et de faire l'objet de multiples pressions car, contrairement au cas égyptien, elle ne peut s'appuyer sur un donneur d'ordre légitime qui aurait la capacité de fixer l'orientation de ses travaux et les modalités des consultations à conduire avec les forces politiques du pays (exercice bien délicat dans le contexte actuel, on en conviendra). Et son élargissement envisagé à certaines de ces forces politiques, notamment aux membres d'un conseil de protection de la révolution qui s'est formé spontanément avec une forte présence des professions judiciaires, risque d'être maintenant une réponse insuffisante face à l'ampleur des mécontentements.
Il est donc urgent de trouver les voies d'une sortie de crise qui semble supposer aujourd'hui une suspension de la Constitution, au moins dans certaines de ses dispositions, et sa révision soit par voie de référendum, soit en convoquant une assemblée constituante, soit encore en utilisant les deux procédures de manière cumulative.
Source : Lemonde.fr (par Jean-Philippe Bras, professeur de droit public à la faculté de droit de Rouen)


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.