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Tunisie : Révolution confisquée, déroutée, en otage de l'enjeu mercantile et de la course au pouvoir !
Publié dans Tunisie Numérique le 17 - 09 - 2014

Depuis le 14 Janvier 2014, le pays n'a pas vraiment accusé aucune rupture au niveau de son modèle de gouvernance et de sa ligne de gestion économique et sociale, tombant, tel un fruit mûr à la consommation, aux mains de gouvernement typiquement de droite (laïcisant ou religieux). La main mise de la droite libérale, dans ses différentes expressions, n'a jamais été démentie. Il ne s'agit là que d'un constat et nullement d'une quelconque apologie, entre les lignes, de la gauche. Nul doute qu'il y a matière à s'interroger pourquoi la révolution tunisienne n'a point élevé la superstructure à son niveau d'insurrection sur l'ordre ambiant et n'a pas été suivie, comme le sens de l'histoire suppose, par des mutations profondes dans l'environnement politique, économique, social et culturel.
Il sied, à bien d'égards, de se demander pourquoi la révolution tunisienne n'a couronné, à rares exceptions près, que les têtes brûlées, les fantassins de la tricherie, les demi-sels de la politique. L'incompétence a été le trait commun de nombre de gouvernements. Le post 14 Janvier 2011, et jusqu'à présent, regorge d'ambigüe, d'irrationnel, il y a quelque chose d'insondable, rampant, à visage masqué, à l'insu des tunisiens moyens. Comme la rivière qui quitte son lit, la révolution tunisienne est détournée de son axe de développement, de son objectif. Les politiciens de tout bord ont tellement écœuré la population que celle-ci a baissé la garde, a fait profil bas, écrasée sous la pression de survivre dans la crise politique, le désordre économique et le chaos social.
Révolution volée? Oui, en quelque sorte. Elle a vomi ses adeptes et tué ses enfants, non par la terreur ou la purge, mais par les manœuvres de sape, de manipulation et d'instrumentalisation, par le course au leadership, au détriment de la quête de gravir les hauteurs de l'idéal, par le calcul d'épiciers de ceux pour qui la révolution n'est qu'un fond de commerce, n'est qu'un slogan de campagne, n'est qu'une rampe de lancement. Les hommes politiques ont confisqué la révolution tunisienne, brisant son élan et étouffant son souffle ardent. Malheureusement, et excepté un noyau aux mains propres et aux yeux comme deux flaques d'eau pure, il s'est avéré que, pour la plupart, le combat qu'ils ont mené contre la dictature déchue n'est qu'un conflit sur le pouvoir, une rivalité de salon, et non une lutte sans merci pour la démocratie, la liberté, la justice sociale, l'intérêt national.
Un butin partagé sur le dos de la Tunisie profonde. A les voir aujourd'hui alimenter les batailles rangées, à couteaux tirés, rivaliser de coups bas et tordus , se permettre toutes les acides facéties et les palabres au vitriol, il n'est pas interdit de penser, et de le crier sur tous les toits s'il le faut, que leur itinéraire d'opposant à Ben Ali n'est qu'un imposture et que leur chant sur la démocratie n'est qu'un cri d'hyène. Outre les cadavres, le charognard se nourrit aussi de sa vilenie. Les tigres en carton ont proliféré. N'est pas lion qui veut!
Sans faire égarer les moutons, revenons aux brebis galeuses:
Les principales institutions de la république, dépourvues de souffle révolutionnaire et de volonté politique de changement, ont toujours serré à droite. L'ordre prérévolutionnaire a survécu, le régime dictatorial a certes été décapité mais il a été recyclé, mis au goût de l'instant, dans la même logique partisane, sans aucune velléité de remodelage massif sinon de refonte radicale. Dans cette perspective, la Troïka a beaucoup plus bloqué que nourri l'idéal de la révolution, se démenant à déconstruire l'Etat tunisien et son héritage institutionnel, à sauver sa part de butin et à ramer à contre-courant, sans nullement couper les ponts avec l'ancien et honni régime.
Au-delà de son discours de reprendre tout en main et de modifier l'ordre des priorités, le gouvernement Mehdi Jomâa n'en a pas quitté le sillage, articulant sa trajectoire autour des mêmes axes politiques et des mêmes schémas socioéconomiques. Le même modèle de gouvernance et la même politique de développement. Personne n'est sorti de l'auberge mauve. Aucun des six gouvernements qu'a connus la Tunisie jusqu'ici n'a été un gouvernement de révolution.
De même pour l'ANC, qui a géré son mandat non en parlement de révolution mais en vitrine du gouvernement et en caisse d'enregistrement de son agenda. Quant à la présidence de la république, où toute flamme révolutionnaire a été éteinte si tant est qu'elle ait été un jour allumée, Moncef Marzouki et son équipe ont montré, à diverses reprises, qu'ils n'ont pas lâché leur bulle et leur prisme déformant de la réalité tunisienne.
Les gouvernements se sont succédé sans changer de tunique ou de trajectoire ou de foi. La politique de droite a la peau dure. Il a fallu qu'un parti politique, fédérateur et fondateur d'une nouvelle ligne ait vu le jour, un partir porteur d'un véritable projet de société, digne de la révolution et à la mesure des aspirations populaires, et non d'un programme remâché sans relief et usé jusqu'à la corde. Ce parti est encore attendu, encore en projet, il est encore un vœu pieux et une vue de l'esprit.
La contre-révolution ?! Le terme suggère plus qu'il ne définit, un ennemi qu'on accuse sans trop le désigner, presque un prétexte, un pain bénit que rompent les tourneurs de veste, les étourdies de la transition, les adversaires en déficit d'argument et de discernement, les agitateurs de consciences, jusqu'aux révolutionnaires de la 25ème heure. Tout le monde est loti à la même sulfureuse enseigne. N'importe qui est accusé de contre-révolution. Que de foule est passée à cette facile et non moins humiliante trappe, même les militants les plus endurcis et les hommes et femmes d'honneur et de conviction. Ceux qui ont les mains sales et la conscience en charpie en braillent plus que quiconque.
L'histoire enseigne qu'à chaque mouvement abouti de transformation politique et sociale, les forces de résistance utilisent leurs armes pour bloquer le changement, du moins en réduire l'impact autant que possible sinon à une peau de chagrin. Il y a ceux qui défendent bec et ongles le statu quo car leurs privilèges et acquis sont en jeu, et ceux qui dont l'esprit est tellement obnubilé par le pouvoir qu'ils se moquent comme d'une guigne de la réalisation des objectifs de la révolution et de l'idée de transformer la société, s'évertuant uniquement à tirer leur épingle du jeu et à caler leurs fesses dans les fauteuils gouvernants .
Ainsi, l'enjeu mercantile et l'obsession politique s'accordent, vont de pair, se mutualisent pour maintenir la situation dans l'état et pour endommager sinon couper la route au processus révolutionnaire naturel. Donc, ceux dont leur propre intérêt matériel est un motif de résistance et ceux qui, peut-être sans le savoir mais en tout cas ils s'en soucient pas, préfèrent ferrailler beaucoup plus pour conquérir le pouvoir que pour concrétiser les idéaux de la révolution, ne sont, somme toute, que les deux facettes de la même obscure monnaie.
En résumé, dans sa marche, l'histoire reprend toujours son sens et triomphe de ses détracteurs. Une citation de Talleyrand pour finir : »Agiter le peuple avant de s'en servir, sage maxime !«


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