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L'INLUCC : 5% seulement des dossiers de corruption transférés à la justice ...
Publié dans Tunisie Numérique le 30 - 12 - 2020

La conseillère juridique auprès de l'instance nationale de lutte contre la corruption (INLUCC), Naïma Boulila a déclaré hier, mardi 29 décembre 2020, qu'elle regrette l'absence de volonté politique effective pour lutter contre les malversations et la corruption.
Elle a indiqué, également, que le travail de l'INLUCC est entravé par le fait qu'elle soit dépourvue d'un appareil d'investigations propre à elle et dont les membres assermentés soient habilités à enquêter et à opérer des saisies. Cet appareil permettrait à l'instance, d'après la conseillère, de mieux jouer son rôle dans la lutte contre des phénomènes qui prennent de l'ampleur d'un fléau national.
Sans revenir sur les détails ayant trait au fait que les enquêtes judiciaires ne peuvent être menées que dans le cadre de commissions rogatoires ordonnées par la justice, la proposition de la conseillère juridique de l'INLUCC n'est ni réaliste ni réalisable et est susceptible de créer une justice parallèle.
Il est à rappeler que l'ex-président de l'INLUCC, Chawki Tabib, limogé dans un contexte de tractations politiques suite à l'affaire du conflit d'intérêts impliquant l'ex-chef du gouvernement, a déclaré que le budget de l'instance pour l'année 2020 ne dépassait pas les 4 millions de dinars, soit la moitié de la somme qui lui a été allouée en 2019.
Mieux encore, plusieurs questions se posent quant à la capacité même de lutter contre la corruption avec 4 millions de dinars par an, soit l'équivalent à peine de 1.2 millions d'euros...quelques poussières comparées aux montants astronomiques de la corruption en Tunisie.
En outre, le membre de l'INLUCC, Olfa Chahbi a annoncé au cours du mois de septembre dernier, lors de son audition par la commission nationale pour la préparation et la mise en œuvre de la stratégie nationale de la bonne gouvernance que l'instance a reçu plus de 39 mille dossiers de corruption depuis dix ans et en a transféré environ 1800 à la justice, soit 180 dossiers par an en moyenne ou bien un taux de transmission de 4.6%.
Un taux si insignifiant qu'il dissuade n'importe quel lanceur d'alerte ou le commun des mortels qui veulent dénoncer des cas de corruption. D'ailleurs, Personne ne connaît la suite donnée à ces 4.6% de dossiers transférés à la justice.
Rappelons que les affaires de corruption qui ont défrayé la chronique sont pour la plupart l'œuvre de médias locaux à travers des programmes d'investigation notamment l'affaire des déchets toxiques italiens, le blé cancérigène, les cacahuètes et le sorgho avariés débarqués au port de Sousse, etc...des affaires qui démontrent l'incompétence, le manque de moyen de l'INLUCC et remettent en cause le sens même de son rôle.
Certains observateurs croient même que la création de l'INLUCC n'est apparemment qu'une exigence de certains bailleurs de fonds qui ont « proposé » aux autorités certaines réformes moyennant des crédits et des subventions.
Olfa Chahbi a reconnu que la population ne fait plus confiance à l'INLUCC ni à la lutte contre la corruption, ce qui nécessite une stratégie globale pour déterminer les responsabilités de chaque intervenant, selon elle.
Elle a précisé que l'instance évalue ses actions puisqu'elle est tenue, entre autres, de préparer un rapport à ses bailleurs de fonds...
Dans le contexte actuel, marqué par la prépondérance de la corruption, devenue l'institution la plus forte du pays, l'INLUCC ressemble plus à une boite aux lettres inutile qu'à une vraie instance qui lutte contre la corruption.
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