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Les migrations, une chance pour l'économie
Publié dans WMC actualités le 11 - 12 - 2006

Vous avez été délégué aux migrations internationales dans le gouvernement Jospin, puis député européen, proche de Jean-Pierre Chevènement. Les drames de Ceuta et Melilla, les noyades répétées d'immigrants aux portes de l'Europe ne traduisent-ils pas l'échec des politiques migratoires ?
SAMIR NAIR* : Cette situation signe l'échec d'une politique mise en oeuvre depuis les années 1970, qui se caractérise par une fermeture drastique des frontières, entraînant une augmentation à la fois de l'immigration familiale, de l'immigration clandestine et des demandes d'asile. Ce qui se passe aujourd'hui était à prévoir et il n'y a aucune raison pour que cela cesse tant que l'Europe comme la France continueront d'avoir une politique d'immigration instrumentale. Les inégalités de développement se sont considérablement creusées ces dernières années.
La soumission de l'Afrique aux plans d'ajustement structurel du FMI et la transformation des accords d'association économique que nous avions avec ces pays, n'ont rien arrangé. Les politiques qui existaient ont été remises en question alors qu'elles garantissaient à certains pays africains des franchises de douane pour vendre leurs produits et des tarifs préférentiels pour acheter des produits européens indispensables. Les pays africains se retrouvent dépossédés des moyens de répondre aux problèmes de développement. En même temps, la situation sociale de ces pays a été profondément désagrégée. Les investissements privés font défaut, les agriculteurs ne peuvent pas exporter, les pêcheurs sont étranglés par la politique européenne de la pêche. Une autre politique migratoire est possible à l'échelon de l'Union européenne.
Comment mettre en oeuvre cette politique dans une Europe affaiblie par le non au traité constitutionnel, que vous avez vous-même prôné ?
Le traité constitutionnel n'offrait aucune solution en termes de codéveloppement et de visas, or je considère que l'augmentation du nombre des visas est la seule façon d'éviter l'immigration clandestine. Le traité, de ce point de vue-là aussi, méritait d'être rejeté.
Quelle politique préconisez-vous, face à une opinion publique réticente ?
Dire la vérité aux gens. La vérité, c'est que les flux migratoires vont continuer, car les inégalités sont contraignantes. La vérité, c'est que les migrations sont une chance pour nos économies. Je ne parle pas seulement des exemples symboliques de réussite comme Zidane. L'immigration enrichit les sociétés d'accueil et contribue au développement des sociétés de départ. Les récents chiffres publiés en Espagne le confirment de façon éclatante. La vérité, c'est aussi que ces migrations doivent être contrôlées, organisées, et qu'une fois légalement installés, les migrants doivent accepter les contraintes qui s'imposent à tout citoyen, à savoir, en France, les devoirs de la loi et de la laïcité.
En quoi votre discours diffère-t-il de celui de la droite ?
Je voudrais lever une ambiguïté. L'obsession dominante en France est celle du retour. On fait tout pour faire expulser ces gens. Les lois qui ont été mises en place par M. Sarkozy ont pour objectif, entre autres, de déstabiliser l'immigration légalement installée. Or la condition pour que l'immigration puisse aider au développement des pays d'origine, c'est qu'elle soit intégrée en France. Le codéveloppement n'a de chance de réussir que s'il est fondé sur une politique d'intégration et non de retour. Mon expérience sous la gauche m'a montré qu'il y avait alors la même obsession de faire partir les gens, même si par ailleurs la loi de 1998 créait les conditions de l'intégration.
Vous prônez le "codéveloppement". Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy s'y réfèrent aussi. Cette piste n'a-t-elle pas montré son inefficacité depuis presque dix ans ?
Mais la politique de codéveloppement n'a pas été mise en place ! Nous avions promis aux Etats africains de construire avec eux une telle politique, fondée sur des mécanismes précis : le financement des microprojets, une relative liberté de circulation pour certaines catégories de population, l'augmentation du nombre de visas pour les étudiants et la possibilité pour eux de retourner dans leur pays d'origine sans perdre le droit de revenir en France.
Il s'agissait aussi de former des travailleurs dans des secteurs correspondant à l'intérêt de ces pays : l'hôtellerie, le tourisme... L'idée était de fixer, en concertation avec les pays d'origine, des contingents de personnes qui viendraient se former et qui repartiraient chez eux, mais en conservant la possibilité de revenir en France.
Pratiquement, aucune de ces idées n'a été mise en oeuvre. Pourquoi la gauche version 2007 agirait-elle différemment de la gauche version 1997 ?
Jean-Pierre Chevènement est le seul à avoir compris la problématique du codéveloppement. Mais pour d'autres ministres avec qui j'ai dû travailler, cette politique devait en réalité servir à masquer l'expulsion des illégaux. On retrouve la même conception chez Nicolas Sarkozy, mais pas chez Ségolène Royal quand elle parle de codéveloppement.
Je vais tout faire pour que la gauche prenne conscience de cet enjeu, car il n'y a pas d'autre solution. Aujourd'hui, l'Espagne met en oeuvre les mêmes mécanismes, la Belgique ou l'Allemagne ont des approches similaires et à la Commission européenne, ces idées progressent. Mais la politique du codéveloppement implique une immigration légalement installée, assurée de sa situation. Comment voulez-vous que des immigrés investissent dans leur pays s'ils ne sont pas sûrs d'avoir les papiers qui leur permettent de vivre normalement ici ? Il faut assouplir les migrations, réinjecter du sang, que ça circule. Nous avons cadavérisé notre relation avec les pays africains depuis 1975.

Que proposez-vous pour les étrangers en situation irrégulière qui n'ont aucune intention de partir ?
La loi votée en 1998 par la gauche prévoyait qu'au bout de dix ans un clandestin pouvait être régularisé automatiquement. C'était une bonne disposition, qui évitait les effets d'annonce d'une régularisation collective. Je ne crois pas à la possibilité d'expulsions massives. Il faut une bonne politique de contrôle aux frontières, étudier la situation des personnes au cas par cas, en appliquant des critères, et si un retour dans les pays d'origine est requis, négocier pour que cela se passe dignement. Car il n'est pas possible d'ouvrir simplement les frontières.
Si la gauche hérite de la situation actuelle, une nouvelle opération de régularisation s'imposera-t-elle ?
Il faudra changer de politique migratoire. On ne peut pas rester sur les lois Sarkozy qui ne permettent pas de répondre à cet immense défi. Une nouvelle politique reposerait sur trois piliers. D'abord un contrôle démocratique aux frontières, fondé sur une augmentation du nombre de visas. Actuellement, en Afrique, les visas sont accordés au compte-gouttes et à la tête du client, en fonction de ses moyens financiers. L'immigration ne doit pas devenir une nouvelle politique de classe.
Le second volet, essentiel, est l'intégration. Il s'agira de prendre en compte la diversité de la société française non pas avec une approche ethnique, mais avec un regard républicain. Le troisième pilier est la politique d'aide au développement marquée par l'ouverture des marchés européens aux produits africains et des investissements dans des domaines vitaux comme l'eau, la santé, les transports et l'éducation. Les cadres éduqués fuient l'Afrique. Ils doivent pouvoir rester et travailler chez eux. Ce troisième pilier n'a aucune chance de réussir si on ne desserre par l'étau de la dette. Aujourd'hui, l'Afrique est contributeur net aux finances de l'Europe par le mécanisme du remboursement de la dette !
Qui peut mettre en place une pareille politique ?
On ne peut pas laisser la politique d'immigration dépendre exclusivement du ministère de l'intérieur ou des affaires sociales. Je plaide pour la création d'un ministère de la coopération et du codéveloppement, comme il en existe un en Suède. Le prochain président de la République devrait très vite organiser une réunion avec les chefs d'Etat des pays concernés pour réfléchir à une gestion commune des flux migratoires. Ensuite, la France devra porter le problème au niveau européen. Il est temps que l'Europe comprenne qu'elle fait face à un immense défi historique.
La politique d'immigration est un attribut fondamental de la souveraineté nationale. Comment vous, souverainiste, pouvez-vous prôner son européanisation ?
Je ne suis pas souverainiste, sauf quand il s'agit de défendre le peuple contre une technocratie bruxelloise et une Banque centrale européenne sans contrôle. J'admets les délégations de souveraineté au niveau de l'Europe, à condition qu'elles soient contrôlées et puissent être remises en cause par les populations, par référendum. De toute façon, nous ne pouvons pas avoir une politique migratoire commune parce que les besoins des différents pays diffèrent : l'Espagne a besoin d'une immigration peu qualifiée, ce qui n'est pas le cas de la France. D'autre part, parce que l'immigration touche à l'identité d'un pays et pas seulement à l'économie. Intégrer des populations non autochtones est un travail long et lent, plein d'embûches. Il est donc normal que les pays veuillent continuer à gérer les migrations en fonction de leurs besoins et de leur propre identité.
Mais je crois à une grande politique migratoire européenne fondée sur la coopération avec les pays du Sud. Il faut convaincre l'UE que l'immigration n'est pas un vaste marché dans lequel on va puiser selon son bon vouloir.
Propos recueillis par Philippe Bernard et Sophie Gherardi
*conseiller d'Etat en service extraordinaire, professeur de sciences politiques à l'université Paris VIII.
Source : http://www.lemonde.fr


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