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Austérité, mendicité, cécité
Publié dans Business News le 25 - 10 - 2021

Les réseaux sociaux se sont bien emballés, hier dimanche, à l'occasion de la visite de Najla Bouden en Arabie Saoudite où elle prend part au sommet de l'initiative verte du Moyen-Orient. Un sommet dont l'objectif est de définir une feuille de route qui protégera la planète et la nature. « Elle est belle Mme Bouden ! ; Elle est souriante notre cheffe du gouvernement ; C'est magnifique, elle ne porte pas le foulard ! ; Ah ce qu'elle est réactive, plus réactive encore que sa cellule de communication ! ; Elle est splendide, ravissante ! ». Cet emballement des réseaux sociaux pour Najla Bouden étonne à moitié quand on sait que la dame est appréciée par le peuple.
Mais comment peut-on accorder sa confiance à quelqu'un dont on ignorait l'existence, jusqu'il y a un mois et qui ne vous a jamais adressé la parole ?
Et comment peut-on s'attarder autant sur un foulard absent et un sourire joyeux sans s'occuper de l'essentiel, à savoir les véritables raisons de la visite de notre cheffe du gouvernement en Arabie Saoudite ?
Le « merveilleux » peuple tunisien, le plus intelligent sur terre, a ses raisons que la raison ignore. Avant de « donner » sa fille, il consulte la CIA, la NSA, le FSB et la DST. Mais quand il s'agit de donner son pays, un sourire lui suffit.
Le fait est là, Najla Bouden est super populaire, tout comme son président Kaïs Saïed et il est strictement interdit de les critiquer ou de remettre en doute leurs projets ou leur sincérité sous peine d'être lynché, sali, vilipendé. Il y en a même qui sont en prison pour cela, à l'instar du journaliste islamiste Ameur Ayed ou le blogueur Slim Jebali.

Najla Bouden est donc en Arabie Saoudite et on est priés de croire que c'est uniquement pour parler écologie.
Ainsi donc, la cheffe du gouvernement déroge à la règle non dite de consacrer à l'Algérie sa première visite internationale, juste pour des raisons environnementales.
Najla Bouden sait-elle que Sfax est en train d'étouffer sous les ordures et qu'elle n'est pas la seule à subir cela ?
Najla Bouden sait-elle que la Tunisie n'a aucun projet d'envergure pour produire de l'énergie renouvelable et que la Steg empêche l'éclosion de toute initiative du genre, parce qu'elle tient à garder le monopole de production et de distribution de l'électricité ?
N'est-il pas plus opportun de s'occuper d'environnement et d'écologie dans son propre pays, avant de s'occuper de celles du Golfe et de la planète ?
La vérité, non dite, est que Najla Bouden a prétexté ce sommet écologique pour aller en Arabie Saoudite et mendier, auprès de ses dirigeants de l'argent pour alimenter son budget, notamment les salaires des mois à venir.

Quelle est notre situation à ce jour ? Jeudi dernier, le parlement européen a publié une résolution sur la Tunisie et se dit inquiet quant à notre avenir. « La constitution et le cadre législatif doivent être préservés. Le pays a besoin d'un Parlement légitime et qui fonctionne bien. La stabilité institutionnelle doit être restaurée dès que possible et les droits fondamentaux et les libertés doivent être respectés », déclarent les députés appelant à un retour à la démocratie.
Même son de cloche du côté du Congrès américain qui s'est exprimé à notre sujet le jeudi 14 octobre. Du côté de l'agence de notation Moody's, on nous a collé notre bonnet d'âne (bien mérité) de Caa1 ce même jeudi 14 octobre tout en nous annonçant des perspectives négatives.
Ici et là, on nous dit que l'Etat n'a pas de quoi payer les salaires de ses fonctionnaires pour le mois de novembre.
La Banque centrale a lancé, au début du mois, un véritable signal d'alarme.
Même le président semble pessimiste quant à l'avenir. Jeudi dernier, il nous a parlé pour la première fois d'austérité.
Ces avertissements et ces inquiétudes ne semblent pas effrayer les premiers intéressés, c'est-à-dire nous autres Tunisiens. On continue encore à chanter les louanges du président et de ses décisions et nous émouvoir devant les cheveux au vent de Mme Bouden. On continue encore dans l'aveuglement. Chantez cigales, chantez !

Plutôt que de donner de véritables solutions à la crise, Kaïs Saïed continue à fantasmer sur sa planète.
Il parle de 13500 milliards dérobés oubliant que tout le PIB de la Tunisie (c'est-à-dire toutes les richesses que nous créons ensemble) n'est que de 100 milliards de dinars. Il parle d'un homme politique qui aurait placé, à l'étranger, quelque 500 millions de dollars sans s'interroger sur ce grand service que quelqu'un peut rendre pour recevoir un tel montant.
On a beau dire et répéter que le monsieur confond millions et milliards, que cet argent volé n'existe pas, rien à faire, les propos présidentiels sont considérés comme de l'argent comptant.
Il épingle les investisseurs et les chefs d'entreprise, oubliant que c'est grâce à eux que le pays tient encore debout et que, sans leur argent, il n'aurait pas de budget pour alimenter les caisses de l'Etat.
Il critique ceux qui roulent en voitures de luxe, pendant que d'autres meurent de faim, oubliant que lui-même touche un salaire à cinq chiffres et que son cortège comprend une bonne cinquantaine de voitures de luxe.
Il exclut, du débat national, tous ses contradicteurs ou qui, à ses yeux, sont des voleurs, oubliant que le dialogue ne se fait qu'avec l'adversaire et que la paix ne se conclut qu'avec l'ennemi.
Pour mettre de l'ordre dans tout cela, Kaïs Saïed propose un référendum d'initiative citoyenne et une gouvernance décentralisée en application stricte de sa promesse de campagne. Des tentes expliquant cette démarche des plus saugrenues ont déjà été implantées dans quelques patelins.
Pourquoi saugrenue ? Parce que le projet que propose le président n'existe nulle part au monde. Nulle part ! Il y a eu des expériences, ici et là, et toutes se sont soldées par des échecs.

Plutôt que d'appliquer les solutions qui marchent et qui ont prouvé leur efficacité, partout dans le monde, Kaïs Saïed veut refaire le monde et expérimenter, sur nos têtes, ses théories de coiffure.
Quelle est le système qui marche ailleurs ? « La démocratie est le pire des régimes à l'exception de tous les autres », répond Winston Churchill à cette très vieille question. Fermez le ban, il ne saurait y avoir de démocratie sans parlement avec des journalistes en prison !
Quelle est la recette pour alimenter le budget de l'Etat et obtenir de la croissance ? Le travail !
Comment réduire le déficit commercial et créer de l'emploi ? Favoriser l'investissement et encourager les entreprises à produire davantage en allégeant leurs impôts et en supprimant toute la bureaucratie qui les handicape.
Hélas, Kaïs Saïed refuse de voir ces recettes si simples et si expérimentées.

Pour rester dans le concret, et si l'on écoute ses discours, Kaïs Saïed balaie d'un revers toutes ces recettes qui ont marché ailleurs pour nous imposer la sienne.
Ainsi donc, le futur système politique sera choisi par une sorte de référendum après une consultation nationale sélective. Exit la constitution de 1959 et de 2014 et exit le parlement.
Pour alimenter le budget de l'Etat, Kaïs Saïed a deux pistes : récupérer l'argent dérobé et mendier quelques sous aux partenaires étrangers. Entre-temps, il nous invite à observer l'austérité.
En résumé, la stratégie de Kaïs Saïed pour l'avenir est d'expérimenter un système qui ne va pas marcher et de dépenser de l'argent qu'on ne va pas obtenir.
Aux théories messianiques de Kaïs Saïed, opposons cette phrase biblique de Jésus : « Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ».


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