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Qu'est-ce qu'il y a derrière l'absence des médias dans la campagne référendaire
Publié dans Business News le 20 - 07 - 2022

La campagne pour le référendum est lancée depuis le 3 juillet et, étrangement, elle n'est quasiment pas visible dans les médias tunisiens.

Le temps où l'ensemble des médias audiovisuels diffusait du matin au soir des émissions politiques semble révolu. Disparues aussi les polémiques et les échanges virulents entre les acteurs politiques.
A l'exception des réseaux sociaux, il n'y a quasiment pas de débat. L'enjeu est pourtant d'une importance capitale pour le pays, puisqu'on parle de la constitution d'une nouvelle république.
Les médias à forte audience ont déprogrammé les émissions politiques. Notamment celles qui font dans la polémique. Les journalistes et chroniqueurs les plus célèbres sont partis en congé, alors que, théoriquement, la période devrait être charnière pour eux. Des vedettes de la télé et de la radio publient des photos de vacances prises à l'étranger, comme pour montrer leur désintérêt total par rapport au référendum.
Comment expliquer cela ? Est-ce à ce point que les vacances sont devenues une chose sacrée pour les Tunisiens ?

Un chroniqueur vedette dans une télévision et une radio privées explique à Business News son départ en congé en cette période.
« Cela fait six mois que je n'ai pas été payé à la télé. Et mon cas n'est pas unique, dit-il, c'est la même chose pour les journalistes et les techniciens. A un certain moment, il faut dire stop.
Pour la radio, c'est le directeur qui a décidé d'arrêter les émissions politiques après l'avertissement donné par la Haica (Gendarme de l'audiovisuel) pour le strict respect du temps de parole et l'équité entre les promoteurs du « oui » et du « non ». Pour éviter toute erreur et toute amende, le meilleur moyen est de ne rien faire, a estimé le directeur ».

Cette peur de la sanction n'est pas exclusive à cette radio, elle concerne l'ensemble des médias tunisiens. En cette période de dictature rampante, où la justice militaire réagit au quart de tour pour mettre des journalistes en prison (il y a déjà eu deux cas), il vaut mieux être prudent.
Radio la plus écoutée du pays, Mosaïque FM a prétexté les vacances estivales pour envoyer en congé son journaliste vedette, Elyes Gharbi et ses deux chroniqueurs empêcheurs de tourner en rond, Zyed Krichen et Haythem El Mekki. C'est Amina Ben Doua, plus consensuelle et moins polémique qui tient le micro pour l'émission politique la plus écoutée Midi Show.
Idem pour IFM où l'on note l'absence (toujours pour congé) de son journaliste vedette Mourad Zeghidi. Son « bagage » manque terriblement aux auditeurs en cette période électorale.
Journaliste vedette de Radio Diwan, Mohamed Yousfi a quitté Diwan FM le 3 juin après six années de bons et loyaux services. Il était l'unique, dans cette radio, qui posait les questions dérangeantes et qui allait souvent au fond du sujet.

Ces départs ont-ils influencé pour autant les lignes éditoriales des radios et peut-on dire que la campagne est mal suivie dans les médias ?
Le code électoral est clair, il impose aux médias audiovisuels un équilibre parfait entre le « oui » et le « non » dans le référendum. Il n'aborde pas le sujet de la couverture de la campagne d'un point de vue qualitatif, mais quantitatif. Comme si le produit journalistique est devenu une marchandise qu'on peut quantifier. Ce n'est pas exclusif à la Tunisie, la France aussi met en place ce règlement aberrant où l'on impose aux médias ce qu'ils doivent diffuser.
Puisque c'est devenu quantitatif, c'est devenu mesurable indépendamment de la qualité des émissions.
D'après les chiffres à mi-parcours de la Haica, on constate un réel déséquilibre entre les camps du « oui » et du « non ».
Ainsi, Shems FM (radio contrôlée par l'Etat) a dévié de sa ligne éditoriale neutre prétendant qu'elle est la radio qui se met à équidistance de tous les acteurs politiques. D'après la Haica, Shems a consacré 69% de son antenne pour le « non ». Même tendance chez Radio Gafsa (également contrôlée par l'Etat) avec 57% en faveur du « non ».
Radio Kef et Radio Monastir (contrôlées par l'Etat) « militent » en revanche pour le « oui » avec 68% de temps d'antenne.
Du côté des radios privées, le « non » l'emporte majoritairement jusque-là. On trouve Mosaïque (61%), Express FM (66%), Jawhara (57%) et Radio Med (76%).
Trois radios uniquement respectent drastiquement la loi en équilibrant leur antenne entre le « oui » et le « non », à savoir la Radio Nationale, Diwan et IFM.
Interrogé par Business News sur le sujet, Hichem Snoussi membre de la Haica, indique que la publication de ces chiffres à mi-parcours vise à rappeler aux différents acteurs la nécessité de rééquilibrer leurs temps de parole avant la fin de la campagne. « L'essentiel, et pour être conforme à la loi, il faut atteindre le 50-50 sur l'ensemble de la période électorale », nous dit-il.

Du côté des télévisions, le déséquilibre et le désengagement sont nettement plus flagrants. Les télévisions les plus regardées du pays ont supprimé tout bonnement leurs émissions politiques. C'est le cas de la 9, d'El Hiwar Ettounsi et de Nessma.
Pour la première, aucune explication n'a été donnée quant à la suppression de l'émission politique quotidienne. La grille estivale ne peut justifier, à elle seule, cette déprogrammation puisque le référendum est un événement exceptionnel, voire même historique pour reprendre les propos du président de la République.
El Hiwar Ettounsi a choisi de quitter définitivement la politique pour se concentrer sur les émissions généralistes et de variétés. Les trois passages en prison de Sami El Fehri, fondateur de la chaîne, en sont pour quelque chose. M. El Fehri a fini par abdiquer pour s'éviter les problèmes.
Nessma qui a été la plus active lors des élections de 2019 a, également, abandonné les émissions politiques. Ses actionnaires de référence, les frères Karoui, ont été poussés dehors et c'est leur associé Tarak Ben Ammar qui a repris entièrement la chaîne. Résident en France, homme d'affaires et administrateur dans plusieurs grands groupes européens, dont certains cotés en bourse, M. Ben Ammar ne veut pas se mettre le pouvoir tunisien à dos. Mieux vaut être prudent et discret pour ne pas attirer les foudres d'un dictateur qui tire sur tout ce qui bouge.
Pour faire court, sur les douze chaînes composant le paysage médiatique télévisuel tunisien, il n'y a que trois qui parlent de la campagne à savoir Wataniya 1 (Média contrôlé par l'Etat), Hannibal TV (privé) et Zitouna (média islamiste pirate sans licence).
On ne parle pas de qualité, faute d'émissions politiques à grande audience, on ne peut que parler de quantité. D'après les mesures réalisées par la Haica, Wataniya 1 penche pour le « oui » avec 55% du temps d'antenne, à l'inverse de Hannibal qui penche pour le « non » avec 55% également.

Cette chape de plomb imposée sur l'ensemble du paysage médiatique tunisien menacerait-elle la liberté d'expression dans le pays ?
Dans les faits, on le voit déjà. Le désengagement des médias main stream et des vedettes de la radio et de la télé est flagrant.
En moins d'un an, Kaïs Saïed a réussi à mettre au pas médias publics et privés. Le principe même de la démocratie exige qu'ils soient tous mobilisés en cette période électorale. Leur absence flagrante démontre, si besoin est, que leur liberté a été remisée au placard en attendant de jours meilleurs.
Par l'intimidation directe et indirecte, par l'emprisonnement de journalistes islamistes ou par précaution, les médias audiovisuels tunisiens ont préféré abandonner leur mission journalistique.
Il n'en demeure, pour le moment, que quelques voix dans la presse écrite et rien ne garantit que ces journaux vont survivre longtemps.


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