Saïed, inflation, grève des pharmaciens grossistes… Les 5 infos de la journée    Les avocats et les experts comptables remontés contre la Loi de finances 2023    Kaïs Saïed au ministère de l'Intérieur    Photo du jour : Hajime Moriyasu s'incline pour remercier les supporters du Japon    Monde-Daily brief du 05 décembre 2022: Guerre en Ukraine : Des frappes russes provoquent de nouvelles coupures d'eau et d'électricité    La FIFA rejette la réclamation concernant le but de Griezmann contre la Tunisie    La ministre a cédé, les secrets des avocats et médecins seront bien gardés    Daghfous : « Le variant BQ1.1 n'est pas plus dangereux que les autres »    Tunisie: Découvrez notre nouvelle rubrique "Celebrities News" (Vidéo)    Panneaux solaires : Une technologie algérienne à renommée mondiale ?    L'Union Internationale de Banques : lauréate du Prix « Bank of the Year 2022 - Tunisia »    Fortnite Chapter 4 : Le trailer annonce du lourd    Cogiter le mal: l'expérience d'Augustin d'Hippone    Le film tunisien «Saffeh Nabel» remporte le prix du jury au Festival du film francophone du Caire    La vedette de Bollywood, Shahrukh Khan, a effectué la Omra    L'inflation...9.8% au mois de novembre    Soliman: Visite inopinée de Saied à l'usine de production de lait    Ces patrons qui n'ont pas de couilles    Mondial 2022 : Japon-Croatie, les compos    Envoi de jeunes aux foyers de tension : Audition de Abir Moussi en tant que témoin    Exclusif: Kais Saïed en visite inopinée à Nabeul    Béja: La Chambre régionale des boulangeries se prépare à la grève nationale    Hyundai Tunisie réélu pour la deuxième année consécutive « Service Client de l'année 2023 »    L'Ambassadeur de l'Ukraine à Tunis le confirme : Poutine a déjà perdu sa guerre…    Fraichement recruté dans une banque, il détourne de l'argent    Instrumentalisation des droits et des libertés | Manipulation des foules : Les armes pour déstabiliser les pays    Mondial Qatar 2022 : où regarder la match Brésil Corée du Sud de la coupe du monde?    Fatma Rekik, dirigeante d'un groupe de sociétés et reconnue parmi 100 jeunes leaders en Afrique par L'Institut Choiseul : « La Francophonie est une opportunité économique, mais aussi politique »    Imed Khemiri: Les élections du 17 décembre seront "drôles" (Vidéo)    Imed Khemiri: Saied impose son agenda politique et ne respecte pas l'autorité de la justice (Vidéo)    Mondial-2022: l'ombre de Pelé plane sur Brésil-Corée du Sud    Tunisie: 11 prix au concours international d'huile d'olive vierge extra Mario Solinas 2022    Les indiscrétions d'Elyssa    Arrêt de distribution de médicaments : Le CNOPT tire la sonnette d'alarme    Un mammifère carnivore au sein d'un lycée au Bardo    Journées théâtrales de Carthage 2022 : Une ouverture sobre et des hommages émouvants    Le Conseil de l'ordre des pharmaciens s'inquiète sur la suspension de la distribution des médicaments    Huitièmes de finale : France-Pologne (3-1) : Mbappé, bourreau des Polonais !    Huitièmes | Japon-Croatie (16H00) / Brésil-Cotée du sud (20H00) : La Seleção à l'assaut des Guerriers    Prévisions météo pour ce lundi 05 décembre    La donne a radicalement changé    41e championnat arabe de Golfe : Double consécration historique de la Tunisie    Le coup de gueule de Taoufik Jebali    L'Iran démantèle la police des mœurs    L'Iran exécute quatre individus accusés d'espionnage au profit d'Israël    Zarzis : Une initiative symbolique et louable    Exemption de visa Schengen pour les citoyens du Koweït, du Qatar, d'Oman et de l'Equateur    Israël fait tout pour éviter la comparution devant la cour internationale de justice de la Haye    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Qu'est-ce qu'il y a derrière l'absence des médias dans la campagne référendaire
Publié dans Business News le 20 - 07 - 2022

La campagne pour le référendum est lancée depuis le 3 juillet et, étrangement, elle n'est quasiment pas visible dans les médias tunisiens.

Le temps où l'ensemble des médias audiovisuels diffusait du matin au soir des émissions politiques semble révolu. Disparues aussi les polémiques et les échanges virulents entre les acteurs politiques.
A l'exception des réseaux sociaux, il n'y a quasiment pas de débat. L'enjeu est pourtant d'une importance capitale pour le pays, puisqu'on parle de la constitution d'une nouvelle république.
Les médias à forte audience ont déprogrammé les émissions politiques. Notamment celles qui font dans la polémique. Les journalistes et chroniqueurs les plus célèbres sont partis en congé, alors que, théoriquement, la période devrait être charnière pour eux. Des vedettes de la télé et de la radio publient des photos de vacances prises à l'étranger, comme pour montrer leur désintérêt total par rapport au référendum.
Comment expliquer cela ? Est-ce à ce point que les vacances sont devenues une chose sacrée pour les Tunisiens ?

Un chroniqueur vedette dans une télévision et une radio privées explique à Business News son départ en congé en cette période.
« Cela fait six mois que je n'ai pas été payé à la télé. Et mon cas n'est pas unique, dit-il, c'est la même chose pour les journalistes et les techniciens. A un certain moment, il faut dire stop.
Pour la radio, c'est le directeur qui a décidé d'arrêter les émissions politiques après l'avertissement donné par la Haica (Gendarme de l'audiovisuel) pour le strict respect du temps de parole et l'équité entre les promoteurs du « oui » et du « non ». Pour éviter toute erreur et toute amende, le meilleur moyen est de ne rien faire, a estimé le directeur ».

Cette peur de la sanction n'est pas exclusive à cette radio, elle concerne l'ensemble des médias tunisiens. En cette période de dictature rampante, où la justice militaire réagit au quart de tour pour mettre des journalistes en prison (il y a déjà eu deux cas), il vaut mieux être prudent.
Radio la plus écoutée du pays, Mosaïque FM a prétexté les vacances estivales pour envoyer en congé son journaliste vedette, Elyes Gharbi et ses deux chroniqueurs empêcheurs de tourner en rond, Zyed Krichen et Haythem El Mekki. C'est Amina Ben Doua, plus consensuelle et moins polémique qui tient le micro pour l'émission politique la plus écoutée Midi Show.
Idem pour IFM où l'on note l'absence (toujours pour congé) de son journaliste vedette Mourad Zeghidi. Son « bagage » manque terriblement aux auditeurs en cette période électorale.
Journaliste vedette de Radio Diwan, Mohamed Yousfi a quitté Diwan FM le 3 juin après six années de bons et loyaux services. Il était l'unique, dans cette radio, qui posait les questions dérangeantes et qui allait souvent au fond du sujet.

Ces départs ont-ils influencé pour autant les lignes éditoriales des radios et peut-on dire que la campagne est mal suivie dans les médias ?
Le code électoral est clair, il impose aux médias audiovisuels un équilibre parfait entre le « oui » et le « non » dans le référendum. Il n'aborde pas le sujet de la couverture de la campagne d'un point de vue qualitatif, mais quantitatif. Comme si le produit journalistique est devenu une marchandise qu'on peut quantifier. Ce n'est pas exclusif à la Tunisie, la France aussi met en place ce règlement aberrant où l'on impose aux médias ce qu'ils doivent diffuser.
Puisque c'est devenu quantitatif, c'est devenu mesurable indépendamment de la qualité des émissions.
D'après les chiffres à mi-parcours de la Haica, on constate un réel déséquilibre entre les camps du « oui » et du « non ».
Ainsi, Shems FM (radio contrôlée par l'Etat) a dévié de sa ligne éditoriale neutre prétendant qu'elle est la radio qui se met à équidistance de tous les acteurs politiques. D'après la Haica, Shems a consacré 69% de son antenne pour le « non ». Même tendance chez Radio Gafsa (également contrôlée par l'Etat) avec 57% en faveur du « non ».
Radio Kef et Radio Monastir (contrôlées par l'Etat) « militent » en revanche pour le « oui » avec 68% de temps d'antenne.
Du côté des radios privées, le « non » l'emporte majoritairement jusque-là. On trouve Mosaïque (61%), Express FM (66%), Jawhara (57%) et Radio Med (76%).
Trois radios uniquement respectent drastiquement la loi en équilibrant leur antenne entre le « oui » et le « non », à savoir la Radio Nationale, Diwan et IFM.
Interrogé par Business News sur le sujet, Hichem Snoussi membre de la Haica, indique que la publication de ces chiffres à mi-parcours vise à rappeler aux différents acteurs la nécessité de rééquilibrer leurs temps de parole avant la fin de la campagne. « L'essentiel, et pour être conforme à la loi, il faut atteindre le 50-50 sur l'ensemble de la période électorale », nous dit-il.

Du côté des télévisions, le déséquilibre et le désengagement sont nettement plus flagrants. Les télévisions les plus regardées du pays ont supprimé tout bonnement leurs émissions politiques. C'est le cas de la 9, d'El Hiwar Ettounsi et de Nessma.
Pour la première, aucune explication n'a été donnée quant à la suppression de l'émission politique quotidienne. La grille estivale ne peut justifier, à elle seule, cette déprogrammation puisque le référendum est un événement exceptionnel, voire même historique pour reprendre les propos du président de la République.
El Hiwar Ettounsi a choisi de quitter définitivement la politique pour se concentrer sur les émissions généralistes et de variétés. Les trois passages en prison de Sami El Fehri, fondateur de la chaîne, en sont pour quelque chose. M. El Fehri a fini par abdiquer pour s'éviter les problèmes.
Nessma qui a été la plus active lors des élections de 2019 a, également, abandonné les émissions politiques. Ses actionnaires de référence, les frères Karoui, ont été poussés dehors et c'est leur associé Tarak Ben Ammar qui a repris entièrement la chaîne. Résident en France, homme d'affaires et administrateur dans plusieurs grands groupes européens, dont certains cotés en bourse, M. Ben Ammar ne veut pas se mettre le pouvoir tunisien à dos. Mieux vaut être prudent et discret pour ne pas attirer les foudres d'un dictateur qui tire sur tout ce qui bouge.
Pour faire court, sur les douze chaînes composant le paysage médiatique télévisuel tunisien, il n'y a que trois qui parlent de la campagne à savoir Wataniya 1 (Média contrôlé par l'Etat), Hannibal TV (privé) et Zitouna (média islamiste pirate sans licence).
On ne parle pas de qualité, faute d'émissions politiques à grande audience, on ne peut que parler de quantité. D'après les mesures réalisées par la Haica, Wataniya 1 penche pour le « oui » avec 55% du temps d'antenne, à l'inverse de Hannibal qui penche pour le « non » avec 55% également.

Cette chape de plomb imposée sur l'ensemble du paysage médiatique tunisien menacerait-elle la liberté d'expression dans le pays ?
Dans les faits, on le voit déjà. Le désengagement des médias main stream et des vedettes de la radio et de la télé est flagrant.
En moins d'un an, Kaïs Saïed a réussi à mettre au pas médias publics et privés. Le principe même de la démocratie exige qu'ils soient tous mobilisés en cette période électorale. Leur absence flagrante démontre, si besoin est, que leur liberté a été remisée au placard en attendant de jours meilleurs.
Par l'intimidation directe et indirecte, par l'emprisonnement de journalistes islamistes ou par précaution, les médias audiovisuels tunisiens ont préféré abandonner leur mission journalistique.
Il n'en demeure, pour le moment, que quelques voix dans la presse écrite et rien ne garantit que ces journaux vont survivre longtemps.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.