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Restriction des importations : que cherche à faire le gouvernement ?
Publié dans Business News le 12 - 10 - 2022

A quoi joue le gouvernement ? A-t-il étudié les répercussions économiques de sa décision d'imposer un visa d'importation ? Que le chef de l'Etat ne comprenne rien à l'économie, cela tout le monde l'a compris, mais que le gouvernement s'y mette aussi est un peu trop dur à avaler. Retour sur une décision qui risque de coûter cher à la Tunisie.

La toile a été soulevée le weekend dernier par un document fuité. Le communiqué commun de trois ministères, ceux du Commerce, de l'Industrie et de la Santé, annonce de nouvelles mesures pour l'importation de certains produits, nécessitant un visa d'import pour les opérateurs et une panoplie de procédures à faire à priori. Ceci compliquerait les imports d'une liste très large de produits dans les fameux parfums cités par le chef de l'Etat dans l'un de ses discours prononcé il y a une quinzaine de jours.
Une copie de ce document est parvenue à Business News qui a décidé de ne pas le divulguer, ayant des doutes sur son authenticité. Ce document étant signé uniquement par l'un des trois ministères précités. Aujourd'hui, le vice-président de la Chambre syndicale des sociétés de commerce international relevant de l'Union tunisienne de l'Industrie, du Commerce et de l'Artisanat (Utica), Zied Jaouadi, a affirmé au micro de Myriam Belkadhi dans son émission La Matinale de Shems FM, que le document entrait en vigueur le 17 octobre courant, prouvant ainsi son authenticité.

Alors quel est le problème ? Pour M. Jaouadi, cette décision va entraver les importations causant un manque dans ces produits et une inflation, outre leur développement du marché parallèle.
« Nous sommes d'accord pour la rationalisation des importations, le problème est dans la méthodologie et la manière. Le secteur n'a pas été sollicité pour participer à cette décision importante l'impliquant. Pour moi, il s'agit d'une stratégie pour freiner les importateurs du circuit officiel et l'application est prévue pour le 17 octobre courant », a-t-il déclaré.
Il a, d'ailleurs, affirmé : « Nous avons appris l'information par les réseaux sociaux, via le document qui circulait sur la toile ! Un document, qui impose un visa d'importation et qui n'est jamais parvenu à l'Utica ».


Les nouvelles mesures imposeraient une paperasserie monstre à l'heure où on prône la digitalisation, avec un dossier qui comprend huit documents et tout autre document supplémentaire que réclamerait l'administration (factures de l'usine, certificat des autorités compétentes du pays d'origine pour vérifier que l'entreprise est légale, prouver que le fabriquant suit le système de suivi de la qualité, une liste des types de produits à importer, l'enregistrement de la marque dans le pays d'origine pour éviter la contrefaçon, le modèle du visa des produits qu'on veut importer, le certificat de vente libre délivré par les autorités du pays d'origine et les documents prouvant la qualité du produit). Outre le fait qu'aucun délai de réponse n'est spécifié à partir du dépôt de la demande de visas, donc aucune visibilité pour les importateurs. Et connaissant l'administration tunisienne, les réponses vont traîner en longueur et le fameux « reviens demain » sera de mise.
Bien sûr tout cela se fera au dépend du consommateur car le coût des produits concernés augmentera et des retards seront enregistrés dans l'arrivée de ces produits sur les marchés tunisiens, sachant que certains produits sont de la matière première, toujours selon le vice-président de la Chambre syndicale des sociétés de commerce international.
Donc, les produits disponibles sur les marchés vont diminuer, l'inflation va exploser et les recettes de l'Etat vont baisser.
Autre problématique de taille révélée par M. Jaouadi, l'exigence formulée d'importer directement des usines de fabrication est pratiquement impossible à satisfaire.
En effet, les fabricants ont plusieurs unités de fabrication éparpillées dans le monde, dont certaines installées en Tunisie et chaque usine fabrique certains produits. Le tout est, ensuite, regroupé dans des centrales de vente ou sur des plateformes logistiques, pour être renvoyé aux pays de destination.

Alors qui profitera de ces nouvelles mesures ? Le marché parallèle qui n'a aucune entrave et qui est totalement libre, qui ramène des produits non-conformes et parfois dangereux pour la santé et qui ne paye rien à l'Etat.
Les fraudeurs aussi pourront profiter de certaines failles comme le fait que les importations seront exemptées de ce visa sans contrepartie ou sans virement en devise.
Donc, tout est fait pour rendre la tâche difficile aux plus consciencieux. D'ailleurs, Zied Jaouadi pense que ces décisions décimeront les PME du secteur. Les entreprises de plus grande taille devront trouver facilement des solutions.

Ces nouvelles mesures bénéficieront par ailleurs aux fabricants locaux, auxquels le ministère devrait justement faire des contrôles de qualité. Plusieurs d'entre elles, produisent pour le marché tunisien de la qualité médiocre et parfois non-conforme aux spécifications ou carrément à leurs propres cahiers des charges alors que ces mêmes opérateurs exportent de la haute qualité à l'étranger. Ces opérateurs devraient apprendre d'abord à respecter le consommateur tunisien, car aucun ne recourt à l'achat d'un produit importé s'il trouve un équivalent de production nationale proposé à un prix moins cher.
Le tout sachant que les produits visés ne représentent que 1.600 MD rien par rapport au 50.000 MD d'importations du pays.
« Même si on interdit complètement l'importation des produits de la liste, cela ne va pas régler le problème du déficit, qui ne va baisser que de 2 ou 3% », a martelé Zied Jaouadi expliquant que le déficit vient de l'énergie.

En effet et en se référant aux chiffres publiés par l'Institut national de la statistique (INS) en août 2022, la part du lion du déficit commercial revient au déséquilibre entre importation et exportation de la matière première et semi-produits. Il représente 38,95% du déficit global. Ensuite, nous avons le déficit énergétique qui s'accapare 35,71% du déficit total puis le déficit alimentaire qui représente 12,74% du déficit total. Ces trois rubriques cumulent à elles seules 87,74% du déficit global.
Ainsi, il s'avère que l'impact de l'importation des produits de luxe n'est pas autant significatif que le prétend le chef de l'Etat ou qu'avancent les membres du Harak du 25-Juillet, en énonçant des chiffres qui paraissent importants mais sont négligeables en comparaison avec le déficit global et le budget de l'Etat.

Dans les faits, les nouvelles mesures vont avoir plus d'inconvénients que d'avantages. Outre les perturbations d'approvisionnement, les pénuries et l'inflation engendrée, la baisse d'activités de certains secteurs les poussera vers le chômage technique et le licenciement d'employés. Le tout sachant que le vrai problème est le manque de ressources extérieures et la non-conclusion de l'accord avec le Fonds monétaire international qui bloque tout autre apport de devise. A regarder la liste des produits, plusieurs pans de l'économie seront touchés et pour les PME, un arrêt d'activité équivaut à une mort certaine.

Autre point important, plusieurs marques tunisiennes ne produisent pas localement : elles importent leurs produits. Donc, les Tunisiens seront aussi étonnés de l'absence de plusieurs produits connus comme marques tunisiennes.
Rappelons, dans ce cadre, que plusieurs industriels avaient tiré la sonnette d'alarme il y a des années sur la disparition du tissu industriel tunisien. Un cri qui est passé sous silence et dont la Tunisie devra aujourd'hui payer le prix.

Des mesures qui peuvent être considérées comme révoltantes, lorsqu'on prend en considération le populisme de certaines décisions gouvernementales qui visent à faire avaler l'amère pilule aux Tunisiens. En ces temps difficiles et alors qu'on parle de restrictions et de rationalisation, le gouvernement a mobilisé des fonds en devises pour les rites de la Omra, qui rappelons-le ne sont pas considérés comme obligatoires dans la religion musulmane. Ainsi, cinquante millions de dinars y ont été mobilisés.
Certes le montant n'est pas très conséquent mais révèle la schizophrénie des autorités. Pas plus tard qu'il y a quelques semaines, le chef de l'Etat s'était élevé contre l'importation des produits de soin et de beauté, les jugeant non prioritaires...

Cela dit, rien n'est perdu. Le gouvernement peut œuvrer pour l'avenir et accélérer plusieurs projets dont en particulier celui des énergies renouvelables, notamment dont l'entrée en production est entravée outre les unités industrielles qui attendent depuis des mois le feu vert des autorités pour s'y lancer. Autre volet, celui de cultiver nous-mêmes une plus grande proportion de nos besoins en céréales, pour ne plus dépendre des autres. Chose que le gouvernement actuel a promis de faire cette année.
M. Jaouadi a aussi évoqué la nécessité d'encourager les exportations, qui est pour lui facile, ne nécessitant pas de fonds de la part de l'Etat mais juste une modification des lois notamment celle des changes. Outre le fait d'encourager la production nationale et surtout la protéger de la concurrence de produits étrangers, surtout ceux qui affluent par le marché parallèle, qui ne payent pas de taxes et concurrence illégalement les produits nationaux.

Rationaliser les importations est important mais cela ne doit pas se faire au détriment du consommateur et de manière à faire grimper l'inflation qui a déjà atteint un record jamais égalé depuis quarante ans. Le gouvernement devra commencer par dire la vérité aux Tunisiens sur la situation des finances publiques et les convaincre de la nécessité d'entreprendre les réformes structurelles. Il faut battre le fer tant qu'il est chaud. Jamais les Tunisiens n'ont été aussi conscients de la gravité de la situation, certains ayant dû passer la nuit dans leurs voitures pour s'approvisionner en carburant. Car le salut de la Tunisie est intimement lié à la mise en place de réformes qui permettront au pays d'avancer et d'investir dans les secteurs qui lui importent réellement et de ne pas se contenter à s'endetter pour payer ses emprunts et les salaires.


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